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successivement à une troisième, on ne doit pas conclure qu'elles peuvent lui convenir simultanément. Et résiproquement, de ce que deux choses conviennent simultanément à une troisième, on ne doit pas conclure qu'elles · peuvent lui convenir successivement. 5° Sophisme de la métaphore. Signalons enfin les sophismes qui proviennent de l'abus du sens métaphorique et de la tendance de l'esprit humain à substituer l'image à la chose, à prendre la figure pour la réalité. Que de sophismes commis en métaphysique, pour avoir prêté à Dieu des attributs humains et défini par exemple son éternité par le temps sans fin ! Le temps quel qu'il soit, n'est que l'image de l'éternité. De même, que de sophismes à propos des formes substantielles, parce qu'elles ont été confondues avec les formes extérieures, qui n'en sont que l'image ! Bref, à cause de leur ambiguïté, de leur sens figuré, de définitions fausses ou arbitraires qu'on y attache,les mots égarent et obscurcissent l'esprit, quelquefois plus qu'ils ne l'éclairent : nommons la liberté, la fraternité, le travail, la conscience, l'honneur, etc. On a pu dire que « les mots engendrent presque toutes les erreurs ».

182. Sophismes de choses. — Les sophismes suivants ne proviennent pas de l'expression, mais plutôt de la chose exprimée :

Sophisme de l'accident (fallacia accidentis). — Il consiste à prendre un simple attribut pour l'essence ou pour une qualité essentielle. Ex. : Judas est méchant ; donc tout homme est méchant. — Pierre a été faible dans cette occasion ; donc il est incapable de courage. .

Sophisme de l'affirmation relative prise pour une affirmation absolue et réciproquement (a dicto secundum quid ad dictum simpliciter). — Ex. du premier cas : Il faut rendre la chose à qui elle appartient ; or cette épée appartient à Pierre, qui est pris d'un accès de folie ; donc... Ou bien encore : Les nègres sont noirs ; donc leurs dents sont noires. Ex. du second cas : Pierre est bon ; donc il n'est répréhensible en rien. 3o Sophisme de l'ignorance de la question (ignorantia elenchi). — On peut dire que tous les sophismes se réduisent à celui-ci. Il a lieu lorsque de deux adversaires l'un n'entend pas l'autre et conteste ce qui ne fait pas l'objet du débat. Se tenir à côté de la question, la dépasser ou rester en deçà, s'en écarter tout à fait, la perdre même de vue sont choses communes à trop d'esprits. On tombe facilement dans ce défaut, lorsqu'on n'attend pas, pour répliquer, que l'adversaire ait expliqué sa pensée, lorsqu'on l'interrompt mal à propos, même au milieu d'une phrase, et qu'on lui prête ainsi des sentiments qu'il ne partage pas. De là des arguments qui ne frappent que l'air, des disputes de mots ou logomachies. 4o Pétition de principe et cercle vicieux. — La pétition de principe consiste à supposer ce qui en est question. Le cercle vicieux (demonstratio in orbem, circularis) est une pétition de principe plus grave encore, qui consiste à démontrer une proposition par une autre, puis celle-ci par la première. Descartes tombe dans un cercle vicieux quand il prouve la véracité divine par l'évidence, et qu'il se fie à celle-ci à cause de la véracité de Dieu. Autres exemples : Justifier la loi par le droit, et ensuite le droit par la loi. — Prouver l'autorité de l'Eglise par celle de l'Ecriture sainte, pour démontrer ensuite l'autorité de l'Ecriture par celle de l'Eglise. Seulement il faut bien remarquer qu'il n'y a plus de cercle vicieux, si la conclusion est prise pour principe en vertu d'une autre raison. Ainsi on peut prouver l'autorité de l'Eglise par l'Ecriture sainte en tant que celle-ci est un livre historique, et non pas en tant qu'elle est un livre donné par l'Eglise comme inspiré ; on prouvera ensuite l'inspiration de l'Ecriture par l'autorité de l'Eglise. De même on peut établir une loi sur un droit antérieur à cette loi, et ce droit lui-même sur une loi plus haute : on établira, par exemple, les lois civiles sur le droit naturel et celui-ci sur la loi éternelle et divine.

Prendre le conséquent pour l'antécédent. Ex. : Si Pierre parle, il vit ; or il vit ; donc il parle. On ne raisonnerait pas mieux en disant avec plusieurs : Si une religion est mauvaise, son apparition sera le signal de discordes sociales ; or l'apparition de la religion chrétienne a été le signal de discordes sociales ; donc elle est mauvaise. 6o Prendre pour cause ce qui ne l'est pas (non causa pro causa). — Ce sophisme consiste à prendre un fait antécédent ou quelque circonstance pour une vraie cause, par ex. de cette manière : L'absinthe abrutit ; donc elle est mauvaise. Elle n'abrutit que ceux qui en abusent. C'est le sophisme qu'on désigne dans l'école par ces mots : Post hoc ; ergo propter hoc. Interrogation captieuse. — Enfin il y a le sophisme de l'interrogation qui implique déjà une erreur. Ex. : Le vice et la vertu sont-ils bons ou mauvais ? Si vous dites qu'ils sont bons, on vous opposera la colère, l'avarice et les autres vices. Si vous dites qu'ils sont mauvais, on vous opposera la bienveillance, le dévouement et autres qualités incontestablement bonnes. Autre ex. : Tout ce que vous n'avez pas perdu vous l'avez ou vous ne l'avez pas. Direz-vous que vous l'avez ? Mais vous n'avez pas perdu des cornes, et cependant vous ne les avez pas. Direzvous que vous ne l'avez pas ? Mais vous n'avez pas perdu les yeux, et cependant vous les avez. Il y a telles antinomies, devenues fameuses avec Kant, qui ne sont pas mieux fondées que celle-ci. Ce sophisme est d'Eubulide de Milet et et on l'appelait le cornu. Le même sophiste en a laissé d'autres non moins célèbres en leur temps : le menteur, le voilé, le tas. Nous avons dit un mot de celui-ci en parlant du sorite. 8° Dénombrement imparfait. On commet ce sophisme surtout dans les dilemmes et autres raisonnements où l'on procède par disjonction, opposition, dénombrement. Descartes l'avait en vue quand il prescrivait de « faire des dénombrements si entiers et des revues si générales, que l'on fût assuré de ne rien omettre. »

Tels sont les principaux sophismes. Nous avons par là même classé de quelque manière les erreurs, puisque le sophisme n'est que la voie suivie par l'erreur, le voile dont elle s'enveloppe, le rempart où elle s'abrite.

183. Sophismes d'induction, de déduction. — En se plaçant à un autre point de vue, on pourrait distinguer, comme le font les modernes, les sophismes d'induction et de déduction, auxquels Stuart Mill ajoute les sophismes de première inspection. Mais il n'y a pas, à proprement parler, de sophisme de première inspection, puisque l'erreur n'est que dans le raisonnement. Et quant au sophisme lui-même, qu'importe qu'il soit donné dans une induction ou une déduction ?

Ce que nous dirons avec plus de raison, c'est que l'induction, en tant qu'elle procède par analogie, est une source très féconde de sophismes et d'erreurs. On conclut indûment de la partie au tout, d'un fait à un droit, d'un cas à une habitude, à une loi ; on généralise au gré de son imagination et de ses désirs : bref, l'analogie nous égare autant peut-être qu'elle nous instruit. C'est à la découvrir partout que s'exercent les arts et même les sciences ; c'est à en abuser que s'emploie le faux savoir : elle soutient tour à tour toutes les hypothèses ; on la rend complice de théories absurdes et subversives ; il n'est pas de sophiste qui n'en ait abusé.

On les réfutera tous, en distinguant ce qu'ils confondent, en démêlant les sens vrais et certains des sens douteux ou faux, bref, en ne tirant des prémisses que ce qu'elles permettent de conclure.

184. Causes du sophisme et de l'erreur. — L'erreur provient d'une vue insuffisante : « Celui qui se trompe ne comprend pas ce en quoi il se trompe. » C'est pourquoi l'intelligence, en tant que faculté des premiers principes et distincte de la raison, ne se trompe jamais. Il en résulte que l'intelligence laissée uniquement à l'action de son objet propre serait infaillible ; car il est de sa nature d'affirmer uniquement ce qu'elle comprend et dans la mesûre où elle le comprend, de douter quand c'est douteux, de nier quand c'est faux, de se mesurer toujours exactement sur ce qu'elle voit. Mais il n'y a pas d'intelligence sans volonté et sans quelque liberté. De plus, dans l'homme, l'intelligence est associée à la sensibilité, aux passions, à mille principes qui influent sur elle, qui tantôt l'appellent et tantôt la retiennent. De là l'erreur. Elle vient de la liberté, des passions, des intérêts, des circonstances, des désirs, quelquefois les plus respectables ; car il y a des erreurs qui honorent celui qui en est victime et il faudrait plaindre celui qui ne se serait jamais laissé tromper. L'erreur tient, comme les préjugés, à l'éducation, à la famille (préjugés de caste, d'école, de profession), au pays où l'on est né, au siècle où I'on vit (préjugés nationaux, préjugés du temps) ; il y a des préjuges politiques et des préjugés religieux ; les plus difficiles à démêler tiennent aux dispositions personnelles et à de secrets penchants. Un esprit soupçonneux se défie de tout le monde, il ne croit à personne, il prête de mauvaises intentions aux meilleurs des hommes et il se trompe. L'imprudent, au contraire, se livre facilement aux inconnus, il s'arrête aux apparences et se trompe également. Que de jugements téméraires, précipités et faux ne font pas porter l'égoïsme, l'orgueil, la cupidité, la colère, l'envie, le désir pharisaïque de trouver quelqu'un en défaut ! Ce sont les passions volontaires et les vices plus encore que l'organisnisme, qui privent l'esprit de ses meilleurs moyens d'information et le faussent même tout à fait. Entendez, par exemple, le raisonnement de l'avare qui se défend de donner l'aumCne, ou de la donner selon ses moyens. Il y aurait moins d'esprits faux, s'il y avait moins d'hommes épris d'eux-mêmes et de leurs opinions, passionnés pour leur bien-être, habitués à ne juger des choses que dans le rapport qu'elles ont avec ce qu'ils aiment injustement. Cet amour les aveugle, il inspire tous leurs faux raisonnements. Car toujours l'erreur provient de quelque ignorance

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