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état de l'esprit qui porte un jugement sans aucune crainte · de se tromper. Elle est objective ou subjective, c'est-à-dire qu'elle provient de l'évidence de l'objet ou de quelque autre cause. On peut, en effet être certain, ou plutôt être convaincu, sans avoir l'évidence et, avec elle, la vérité. Nous verrons plus loin, en traitant de l'évidence, les rapports que la certitude soutient avec elle ; tout ce que nous dirons alors de l'évidence devra s'appliquer à la certitude objective. | La certitude, consistant dans un jugement, peut se distinguer comme celui-ci : elle est donc médiate ou immédiate ; elle porte sur des principes ou sur des conclusions, etc. Remarquons surtout qu'elle peut être métaphysique, physique ou morale, selon que le jugement certain est fondé sur des lois absolues, ou des lois physiques, ou des lois morales (1). Nous sommes certains métaphysiquement que le tout est plus grand que sa partie ; nous sommes certains physiquement que le soleil se lèvera demain ; nous sommes certains moralement de n'être pas trahi par notre meilleur ami. # Cette distinction nous permet d'accorder que la certitude a des degrés. Non certes que la certitude puisse se confondre avec une très grande probabilité : elle est essentiellement une affirmation sans aucun doute. Considérée ainsi en elle-même, la certitude est indivisible, elle est ou elle n'est pas (2). Mais, considérée dans ses motifs, elle

(1) Plusieurs entendent par certitude morale celle qui a pour objet quelque vérité morale (Voir, par ex. la thèse d'OLLÉ-LAPRUNE, La cer titude morale). Mais on ouvre ainsi la porte à des équivoques. On pourrait aussi bien appeler certitude métaphysique, celle qui porte sur des vérités métaphysiques, et certitude physique celle qui porte sur des vérités d'ordre physique. Or, sans parler d'autre difficulté, il y a nombre de vérités métaphysiques qui sont des principes de morale. Quelle certitude faudra-t-il leur accorder ?

(2) La probabilité. — Si la certitude est indivisible, rien ne l'est moins que la probabilité, qui s'en rapproche indéfiniment comme d'un centre. Certaines probabilités, telles que les chances, admettent pour

admet certains degrés, selon que les motifs ou les lois sur lesquels elle s'appuie sont plus ou moins nombreux, plus ou moins nécessaires, selon que l'évidence qui la fonde est plus ou moins éclatante, rapide, irrésistible.

178. L'ignorance. — L'ignorance est le manque de connaissance. Ce manque est une simple nescience ou bien une privation. Par exemple, l'ignorance de l'enfant au berceau n'est pas une privation, elle n'est pas comparable à l'ignorance de celui qui par état devrait savoir ce qu'il ignore. Au point de vue moral, l'ignorance est donc coupable ôu non. En elle-même elle est totale ou partielle, plus ou moins grave, selon l'objet ignoré. Remarquons bien que l'ignorance provient en définitive de deux sources : de la faiblesse de notre esprit ou de l'obscurité, disons plutôt de la difficulté de l'objet. Que de choses nous ignorons parce qu'elles sont mystérieuses ! De cette ignorance il ne faut point se plaindre. Mais que de choses aussi on ignore parce que personne ne les a enseignées ou ne l'a fait convenablement ! Cette ignorance, quand elle porte sur des vérités nécessaires et de l'ordre moral, est déplorable : c'est l'un des plus tristes effets de la chute originelle.

179. L'erreur, l'opinion, le doute. — L'erreur est opposée à la vérité positivement. Elle consiste, en effet, dans un jugement faux, c'est-à-dire non conforme à son objet. Toute erreur est fondée sur quelque ignorance ; mais elle s'en distingue nettement. L'ignorant ne sait pas, il ne juge pas : celui qui se trompe affirme sans savoir, ou du moins sans savoir assez (1).

Entre l'ignorance et la certitude se tient l'opinion. Elle consiste, comme la certitude, à affirmer ; mais elle affirme avec la crainte de se tromper. De deux contradictoires elle choisit l'une ; mais elle pencherait vers l'autre. L'opinion est vraie ou fausse en elle-même ; mais elle ne donne pas précisément la vérité à celui qui l'a heureusement choisie (v. le chap. XI). Tout près de l'opinion se tient le doute. Il n'affirme pas, mais se réserve entre deux affirmations contradictoires. Le doute est de sa nature moins éclairé encore que l'opinion ; mais il arrive souvent que tels esprits se font des opinions, alors qu'ils ont peu de lumières, et que d'autres restent dans le doute, alors qu'ils pourraient affirmer avec une grande probabilité, et arriver même, avec moins de scepticisme, à la certitude. Le plus sage est de douter, quand il faut douter, d'opiner quand il y a des probabilités suffisantes, et d'affirmer quand les preuves sont péremptoires : en un mot il faut que l'esprit se conforme à son objet. Le doute est négatif ou positif : négatif, s'il n'y a pas de raison de juger ; positif, si les raisons pour et contre se détruisent dans l'esprit. On voit par là que tout doute délibéré suppose un jugement porté sur la valeur des raisons opposées. Ce jugement, bien qu'il ne porte pas sur l'objet même, peut être erroné et imprudent, comme tout autre jugement. Tels sont les états de l'esprit par rapport à la vérité. Si on les range dans l'ordre où l'esprit s'éloigne de celle-ci, l'on a, après la certitude : l'opinion, le doute, l'ignorance et l'erreur. Parlons de l'erreur et de ses causes, des retraites où elle s'enferme et des formes par lesquelles elle s'exprime et séduit : en un mot parlons du sophisme.

ainsi dire autant de degrés et de combinaisons que les nombres. C'est même sur cette considération que repose le calcul des probabilités, avec toutes ses applications : assurances contre l'incendie, rentes viagères, etc., etC.

(1) « Omnis qui fallitur, dit S. Augustin, id in quo fallitur non intelligit. » — Cf. S. Th. Ia, q. 17, a. 3. ad I. - -

180. Le sophisme ; ses espèces. — Le sophisme est un abus du raisonnement, comme le philosophisme est un abus de la philosophie ; c'est un raisonnement faux, un syllogisme menteur. Comme le menteur, en effet, s'il dit la vérité, c'est par hasard, ce n'est pas de lui-même, c'està-dire que la pure vérité n'est pas dans les prémisses du s0phisme et partant ne peut en découler.

Le sophisme ne se confond pas avec le paralogisme. Celui-ci, en effet, n'a du syllogisme que l'apparence. Le s0phisme, au contraire, est un véritable syllogisme : il ne pèche pas quant à la forme, mais quant à la matière, il s'appuie sur le faux. Le sophisme suppose, en outre, ou du moins trop souvent, l'intention de tromper ou de se tromper soi-même, c'est du sophisme ainsi considéré au point de vue moral que l'Esprit-Saint a dit : Qui sophislice loquitur odibilis est. -

A considérer leurs principes extrinsèques, leurs circonstances et aussi leur manière, les sophismes sont innombrables. On déraisonne, en effet, à tout propos et sur toutes sortes de sujets : en religion, en politique, en matière de conscience, etc. ; il y a les sophismes de l'ambition, de l'amour-propre, de la sensualité, de l'avarice ; ceux qui viennent d'un esprit plus ou moins faussé, d'une mauVaise volonté, d'une mauvaise éducation, etc. ; il y a les Sophismes du peuple et les sophismes des savants : bref, il y en a autant que de causes et d'objets de préjugés et d'erreurs,

181. Sophismes de mots. — Mais la division principale des sophismes est tirée de leur nature même. Aristote les ramène tous aux sophismes de mots et aux sophismes de choses. Ils sont fondés sur une identité apparente entre certains mots ou certaines choses. Voici les principaux S0phismes de mots :

L'équivoque. Le sophisme par équivoque provient de ce qu'un même mot est pris en différents sens. Par ex. Baïus disait : Selon l'Apôtre, tout ce qui ne vient pas de la foi est péché ; or les œuvres des infidèles ne sont pas inspirées par la foi ; donc..... L'Apôtre a seulement voulu dire que tout ce qui n'est pas fait de bonne foi est péché.

L'amphibologie. — Lorsque l'équivoque affecte non plus seulement un mot, mais la proposition tout entière elle prend le nom d'amphibologie ; de là un nouveau sophisme. On en trouve un exemple dans cette réponse de l'oracle à Pyrrhus : « Aio te, AEacida, Romanos vincere posse. » Elle comporte deux sens : « Je dis, ô fils d'Eaque, que vous pouvez vaincre les Romains » — : « Je dis que les Romains peuvent vous vaincre. » 3o Sophisme de l'accent. D'autres fois l'équivoque, et partant le sophisme, provient de l'accentuation, comme il arrive pour ces deux mots pécheur et pêcheur. En latin, langue où la quantité doit être bien observée, cette proposition : Sol occidit, peut offrir deux sens différents, selon que la seconde syllabe est brève ou longue : Le soleil se couche, et : Le soleil tue. En chinois, les mêmes mots admettent souvent, selon le ton, les sens les plus divers. D'autres fois, les mots se prononcent de même, mais s'écrivent différemment, comme cervus et servus en latin, chêne et chaîne en français. Et puis, en s'ajoutant les uns aux autres, avec ou sans liaison, certains mots ressemblent à d'autres, qui d'ailleurs n'ont rien de commun avec eux : de là de nouvelles méprises et de nouveaux jeux de mots, véritables sophismes, auxquels la langue française se prête particulièrement. 4° Sophisme du sens composé et du sens divisé. — Un autre sophisme provient de ce qu'on réunit dans le discours ce qui est divisé en réalité ou de ce qu'on divise dans le discours ce qui, en réalité, ne fait qu'un. Lorsque nous disons par ex. : L'homme travaille et se repose, il est évident que le sens est divisé. Mais le sens est composé ou du moins il peut l'être dans cette proposition : L'homme travaille et se dévoue ; car l'on peut se dévouer par son travail même. Soit encore cet exemple : 7 résulte de 5 et de 2. Il est évident que le sens est composé, car il faut unir 5 à 2 pour qu'il en résulte 7. Il en serait autrement dans cette proposition : La mort peut résulter de mille maladies ; car chacune de ces maladies peut causer la mort. En d'autre termes, de ce que deux choses conviennent

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