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déduction et de l'induction, qui correspondent assez bien, la première à la logique formelle, et la seconde à la logique matérielle. C'est par la déduction que la science se forme ; mais, d'autre part, elle n'a du corps et des matériaux qu'autant que l'expérience et l'induction les lui fournissent. Nous convenons de cette seconde vérité, mais il faut convenir aussi de la première. C'est ce que ne font pas les partisans outrés de la logique matérielle : Stuart Mill, Spencer, etc. Non seulement ils rejettent le syllogisme comme moyen de découverte, ce qu'avait fait Bacon, mais encore ils le rejettent comme argument. D'après Stuart Mill tout syllogisme est une pétition de principe, parce que la conclusion, dit-il, est supposée dans la majeure. Celle-ci ne serait que l'enregistrement de cas particuliers. Lorsque nous disons par ex. : Tous les hommes sont mortels, nous entendons seulement que tel et tel homme, Pierre, Paul, etc., sont mortels. Donc cette majeure : Tous les hommes sont mortels, et cette conclusion : Pierre est mortel, sont une tautologie et nous prouvons la conclusion par elle-même. Critique. — Mais Stuart Mill méconnaît complètement les idées générales. Lorsque nous disons : Tous les hommes sont mortels, nous entendons moins la collection des hommes que la nature ou l'homme en tant qu'homme. Cela est si vrai que la vraie forme de cette majeure est celle-ci : Tout homme est mortel. Or cette affirmation universelle est bien différente des affirmations particulières et même des affirmations collectives (v. idées universelle, particulière, collective, n° 51). Telle affirmation particulière est renfermée dans cette affirmation universelle, c'est vrai ; mais nous pouvons ne pas le savoir. Dans l'exemple qui a été choisi, il peut sembler, il est vrai, que l'esprit connaît par un seul acte le général et le particulier ; mais que de majeures ou de principes évidents dans lesquels nous sommes loin d'apercevoir telles ou telles conséquences ! Il faut alors qu'une autre vérité, exprimée par la mineure, nous permette de les dégager. En vérité, dans le syllogisme, notre esprit fait trois actes de connaissance distincts, dont chacun est une affirmation ou une négation.

175. H. Spencer reproduit au fond les mêmes prétentions et les mêmes erreurs. Il essaie d'abord d'établir que la logique n'a pas pour objet les lois de la pensée, mais les choses elles-mêmes : le dedans, dit-il, dépend uniquement du dehors. Il rejette donc absolument la syllogistique. Le syllogisme lui paraît inutile et arbitraire. Car, dit-il, 10 nous ne raisonnons pas naturellement en syllogisme ; 2° le syllogisme n'apprend rien ; 3° tout raisonnement est une inférence du particulier au particulier ; on le trouve déjà chez les enfants comme aussi chez les animaux supérieurs : ainsi l'enfant et l'animal se méfient également du feu qui les a brûlés une première fois; 4° enfin le syllogisme n'est qu'une proportion avec quatre termes, et on ne le comprend qu'à la condition de voir cette proportion. Soit par ex. ce syllogisme : Tous les animaux à cornes sont des ruminants ; or cet animal est un animal à corne ; donc cet animal est un animal ruminant. Ce syllogisme se réduirait à cette proportion : Les attributs (car Spencer, en vrai phénoméniste, ignore les substances) constituant un animal à corne sont aux attributs constituant un ruminant, comme les attributs constituant cet animal à corne sont aux attributs constituant cet animal ruminant. Et, en parlant non plus des attributs mais des substances : Un animal à corne est à un ruminant, comme cet animal à corne est à ce ruminant. En d'autres termes, le sujet de la majeure serait à l'attribut comme la mineure à la conclusion.

Critique. Cette théorie est la conclusion d'une psychologie sensualiste et fausse. Le dedans ne dépend pas exclusivement du dehors ; les choses concrètes nous sont connues sous une forme universelle qui n'existe qu'au dedans : or ce sont précisément ces idées universelles, les jugements où elles entrent et nos raisonnements, et par

tant les lois de la pensée, que la logique doit considérer. Elle a donc un objet distinct et la syllogistique n'est pas inutile. Maintenant, de ce que nous ne raisonnons pas d'ordinaire en syllogisme, il ne s'ensuit rien contre la théorie du syllogisme : les exercices de la gymnastique ont leur utilité, bien que dans la vie réelle on ne fasse aucun exercice de ce genre. Il est faux ensuite que le syllogisme n'apprenne rien : tous les jours nous voyons les hommes tomber d'accord sur les mêmes principes, tandis qu'ils sont en désaccord sur les conséquences. Il est faux également, et nous l'avons déjà prouvé, que le raisonnement soit une simple inférence du particulier au particulier. Cette inférence n'est qu'une association d'idées particulières, disons même d'impressions et d'images ; elle a lieu chez l'animal, chez l'enfant avant l'âge de raison, et aussi chez l'homme en tant qu'il obéit aux pures lois de l'instinct et de la sensibilité. Au contraire, tout raisonnement proprement dit est fait d'idées générales et de jugements généraux. Quant aux exemples invoqués, ils ne prouvent rien. L'animal fuit le danger en vertu d'une association d'idées ou d'impressions ; il en est de même de l'enfant qui ne raisonne pas encore et de l'homme qui n'a pas eu le temps de raisonner. Mais, pour nous servir du même exemple, qui ne voit qu'il y a deux manières essentiellement différentes d'éviter le feu : par instinct et par raisonnement ? Ayant éprouvé la douleur d'une brûlure, nous évitons le feu comme d'instinct et avant toute réflexion : nous pourrions aussi bien l'affronter. Enfin Spencer compte quatre termes au lieu de trois dans le syllogisme ; mais avant de discuter sérieusement cette prétention, nous attendrons que les sensualistes aient prouvé qu'il n'y a pas d'idée universelle. Nous ne saurions voir non plus une simple proportion dans le syllogisme. Spencer brouille ici les choses les plus simples. Pourquoi, après avoir décomposé la majeure pour y trouver les deux premiers termes de sa proportion, n'accordet-il à la mineure et à la conclusion qu'un seul terme ? Il fait violence au langage et à la nature même des choses pour ne voir partout que des inférences particulières et des associations d'idées (1).

(1) Outre les ouvrages cités, V. T. RICHARD, De la nature et du rôle de l'induction d'après les anciens (Revue Thomiste, 1908, juillet-août, p. 301-310 et suiv.) .

CHAPITRE IX

LES ÉTATS DE L'ESPRIT PAR RAPPORT A LA VÉRITÉ ET EN PARTICULIER DE L'ERREUR ET DEs soPHISMEs (1)

Avant de parler de l'erreur et des sophismes dont elle se couvre, il faut signaler brièvement les divers états de l'esprit.par rapport à la vérité. Ce sont d'abord la science et la foi ; puis, à un autre point de vue, la certitude, l'ignorance, l'erreur, l'opinion et le doute.

176. La science et la foi. — En considérant les moyens généraux d'arriver à la vérité, l'homme peut se trouver dans deux états bien différents : il sait ou il croit. Il sait quand il possède la vérité par ses propres lumières ; il croit quand il y adhère sur l'autorité d'autrui. La foi est divine ou humaine. Nous en parlerons en traitant du critérium d'autorité. —A la foi humaine se rapportent les simples croyances, qui ne diffèrent pas, au fond, de l'opinion. On s'en aperçoit bien vite quand, pour soutenir ces croyances, que l'on confond momentanément avec la certitude, il faut s'exposer à quelque dommage sensible et immédiat. Le mot croire est donc bien souvent synonyme de penser, d'opiner, et non pas d'être certain.

| 177. La certitude et ses degrés. — La certitude est cet

(1) Outre les meilleurs traités de logique, Voir : DE LA BARRE, Certitudes scientifiques et certitudes philosophiques, 1897 ; FARGEs, La crise de la certitude, 1907 ; BREMOND, Newman, Psychologie de la foi ; BROCHARD, De l'erreur. Critiqué dans nos Mélanges ; C. Bos : Psychologie de la croyance, 1902. L'auteur est néo-criticiste. V. aussi dans nos langes : De la philosophie et de ses rapports avec la théologie. Science et croyance. -

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