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assidu de la nature. Quand l'observation prend pour objet la conscience ou l'homme intérieur, elle est dite interne : c'est l'introspection. Elle est dite externe dans les autres cas. Expérimenter c'est faire plus encore, c'est tenter la nature, c'est l'interroger sur la vérité d'une hypothèse, c'est la mettre dans certaines conditions d'agir et de dévoiler ses secrets. Les sciences astronomiques et météorologiques comportent surtout des observations ; les sciences physiques, des expériences de toute sorte, par lesquelles on provoque certains effets dans les conditions les plus diverses de manière à prévenir toute méprise, à éloigner toute cause d'erreur.

L'homme observe et expérimente au moyen de ses sens; il emploie aussi à la même fin une foule d'instruments, délicats et précis. qui secondent merveilleusement ses sens, si souvent débiles et insuffisants : le télescope, le microscope, les appareils photographiques, enregistreurs, etc.

167. Pas d'induction sans déduction. — Malgré tous ces moyens, l'induction sera infructueuse, si elle n'est associée à beaucoup de raisonnements d'un caractère purement déductif. C'est par déduction que l'on prononce que telles expériences sont concluantes ou ne le sont pas et que tels effets ne peuvent avoir que telles causes : bref, il n'y a pas d'induction qui ne suppose quelque déduction. La réciproque ne paraît pas moins vraie, au moins dans bien des cas, lorsque la déduction se prolonge.

168. L'induction n'a pas été inventée. Socrate,Aristote, Bacon. — L'induction n'a donc pas été inventée. C'est elle que Socrate employait de préférence, lorsqu'il pressait de questions ses interlocuteurs ; fort de leurs aveux particuliers, il s'élevait aux lois générales, aux principes et aux théories. L'induction a été également pratiquée par Aristote, bien qu'il ne l'ait pas analysée avec le même soin que le syllogisme déductif. N'a-t-il connu que l'induction imparfaite qui procède parsimple énumération des parties, comme le prétend Bacon, etc.? On ne peut l'accuser d'une pareille ignorance. Ce qu'il faut accorder à Bacon, c'est que l'induction n'a été appliquée avec méthode aux sciences physiques et naturelles que dans les derniers temps. Bacon en particulier n'a pas démérité de cette logique inductive ; mais lorsqu'il écrivait le Novum Organum, elle était déjà fort bien pratiquée : il n'a pas été le seul ni le premier à imprimer ce mouvement scientifique qui nous emporte aujourd'hui. Il aurait été mieux inspiré, s'il n'avait pas opposé la nouvelle logique à l'ancienne, comme si l'homme pouvait changer radicalement de méthode et de raisonnement (1).

169. Espèces d'inductions. — On peut distinguer deux espèces d'inductions. L'une procède par énumération complète des parties. Ex. : Chaque planète en particulier : Mercure, Vénus, la Terre, etc., tourne autour du soleil ; donc toutes les planètes tournent autour du soleil. On se demande si ce raisonnement mérite le nom d'induction. Ce n'est pas d'elle que nous nous sommes préoccupés jusqu'ici. L'induction par énumération incomplète, la seule qui demande à être justifiée, conclut vraiment de la partie au tout, du particulier au général. Elle est parfaite ou imparfaite, suivant qu'elle conclut certainement ou probablement. Mais il s'agit précisément de savoir ici comment en définitive, en s'appuyant sur une énumération incomplète, on peut arriver à une conclusion générale et certaine.

170. Principe fondamental de l'induction. — Nous répondons qu'on y arrive en s'appuyant sur quelque principe général qu'on peut traduire de diverses manières, suivant le genre d'induction. En voici les principales for

(1) Cf. J. DE MAISTRE, Examen de la philosophie de Bacon. C'est un pamphlet, nous dira-t-on. — Mais il contient néanmoins bien des vérités. On les retrouvera sous une forme irréprochable dans l'article de M. l'abbé Piat, De l'expérience avant Bacon (Revue pratique d'apologétique, 15 juillet 1908, p. 577-595).

mules : L'essence ou la nature des choses ne change pas. Les lois de la nature sont constantes. Tout effet a sa cause proportionnée. Par exemple, si nous affirmons que tous les hommes sont mortels, après en avoir vu mourir un certain nombre, c'est parce que nous voyons que la mort tient à la nature même de l'homme et qu'il est évident que la nature ne change pas d'un homme à l'autre. Si nous nous élevons de quelques faits observés à une loi et si nous affirmons que dans les mêmes conditions les mêmes effets se produiront, c'est que nous nous appuyons sur la constance des Hois de la nature, qui est évidente. Enfin, si nous assignons telle cause à un effet, c'est parce que nous savons que tout effet a une cause et que l'effet dont il s'agit ne peut avoir d'autre cause que celle que nous assignons. Comme nous l'avons dit, en décrivant l'induction, si elle va du particulier au général, c'est qu'elle pénêtre assez l'individu pour y voir la nature universelle, et le phénomène ou l'effet, pour en déterminer la cause ou la loi.

171. Règles générales de l'induction. — Après avoir déterminé la loi fondamentale de l'induction, il resterait à donner ses règles. En attendant que nous les exposions dans la logique matérielle ou appliquée, nous les indiquerons ici en quelques mots. Il faut que les observations soient complètes, que rien ne soit négligé de tout ce qui peut contribuer à dévoiler la nature de l'objet observé ou l'origine des phénomènes dont on cherche la loi ou la cause. Avant de s'arrêter à une hypothèse et de l'ériger en théorie, il faut établir qu'elle est possible et que toute autre hypothèse répugne (v. n. 369). On ne se hâtera pas de tirer les conclusions. Certaines ressemblances frappantes, certaines analogies induisent en erreur. Ainsi la ressemblance qui existe entre l'homme et l'animal au point de vue de la sensibilité n'autorise point à les confondre dans un même règne. Rien n'est moins scientifique que les généralisations hâtives. De là ces contradictions des savants, qui reviennent sur leurs pas et nient aujourd'hui ce qu'ils affirmaient hier. La vraie science progresse, mais ne change pas ; elle sait douter, se borner et attendre, mais elle ne se dément jamais.

172. Opinions sur la distinction de l'induction et du syllogisme. — Pour compléter cette théorie de l'induction, jetons un coup d'œil sur les principales opinions des philosophes en cette matière délicate. Et d'abord jusqu'à quel point l'induction est-elle différente du syllogisme ou se ramène-t-elle à lui ? Plusieurs ont pensé que l'induction n'est au fond qu'un enthymème dont la majeure est sousentendue. Cette majeure peut se résumer ainsi : Tout ce qui convient ou ne convient pas à chacun des individus, à chacune des parties, convient ou ne convient pas à l'espèce, au tout. — Mais nous ferons observer que cette formule n'est que l'une de celles qui peuvent exprimer le principe d'identité. Ensuite elle ne s'applique pas à l'induction par énumération incomplète, qui est l'induction proprement dite, la seule qu'il soit difficile d'expliquer. Et puis, même en ramenant l'induction à la forme syllogistique, enthymème ou autre, elle reste toujours distincte de la , déduction, car elle conclut du particulier au général ; et si l'on veut absorber tout raisonnement dans le syllogisme, nous dirons qu'il y a deux syllogismes : le déductif et l'inductif.

D'autres philosophes, Barthélemy-Saint-Hilaire en particulier, ont pensé qu'on pouvait ramener l'induction à un syllogisme de la 3e figure, où le moyen terme est sujet dans les deux prémisses. Le P. Tongiorgi pense qu'on peut ramener l'induction à plusieurs syllogismes. — Mais nous ferons toujours observer qu'en admettant la forme syllogistique l'induction demeure une espèce de raisonnement distincte. Ensuite elle ne peut être ramenée à un syllogisme de la 3e figure ; car la conclusion de l'induction est générale, tandis que la conclusion des syllogismes de la 3° figure est particulière.

Enfin, d'après une troisième opinion, que nous partageons, l'induction ne se ramène au syllogisme que matériellement. Telle paraît avoir été la pensée d'Aristote, au dire de ses meilleurs interprètes et notamment d'Albert le Grand.

173. L'induction n'a-t-elle aucune force sans le syllogisme ? — Une dernière question nous permettra de pousser plus loin le débat : Est-il vrai que l'induction n'a aucune force probante sans le syllogisme déductif ? Quelques-uns l'affirment. Toute induction, disent-ils, repose en définitive sur ce principe général : Les lois de la nature sont constantes, ou quelque autre équivalent. — C'est vrai, répondrons-nous ; mais ce principe lui-même est-il déduit ou induit ? Au fond, il faut en venir à une réflexion d'Aristote, qui, certes n'a pas sacrifié la déduction à l'induction, c'est que les majeures (1) des syllogismes sont fournies par l'induction. Mais, s'il en est ainsi, on serait mieux fondé à soutenir que tout syllogisme suppose l'induction. En réalité, ces deux procédés de l'esprit, toujours distincts, sont toujours associés de près ou de loin : l'esprit va toujours du particulier au général pour revenir ensuite au particulier. Mais s'il faut regarder l'un des deux procédés comme absolument le premier, c'est à l'induction qu'il faut donner la préférence : c'est par elle que la science se prépare, assemble les faits et trouve ses principes propres; c'est par la déduction ensuite que la science se forme, s'organise et s'achève.

174. Conclusions contre St Mill. — Ces considérations nous permettent de juger de l'importance relative de la

(1) Nous ne parlons pas ici des principes immédiatement évidents ni des principes analytiques, qui sont plutôt des maximes ou des axiomes que des majeures. Le P. Gratry ne fait pas cette distinction, qui est si nécessaire, quand il écrit : « L'induction est donc ce qui nous donne les majeures, les propositions primitives, celles où ne mène aucun intermédiaire logique ». (Op. cit. Liv. IV. Induction, chap. I, Platon et Aristote, p. 17.)

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