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159. Polysyllogisme. — Du sorite nous rapprochons le polysyllogisme, sorte de raisonnement bien moins abrégé que le sorite. Il consiste en une série de syllogismes liés de de telle sorte que la conclusion du précédent serve de majeure au suivant. Celui-ci est dit épisyllogisme, par rapport au précédent, qui est dit prosyllogisme.

160. Dilemme (en grec, double proposition). — C'est une sorte de double syllogisme, où l'on tire la même conclusion de deux propositions contradictoires prises comme mineures. C'est ce qui l'a fait appeler argument à deux tranchants (utrinque feriens). Ex. : Tertullien écrivait à Trajan : Ou les chrétiens sont innocents ou ils sont coupables ; s'ils sont coupables, pourquoi défendez-vous de les rechercher ? et s'ils sont innocents, pourquoi punissez-vous ceux qu'on dénonce? La conclusion sous-entendue était celle-ci : Donc vous agissez injustement. Comme on le voit, il faut que les membres du dilemme soient opposés et n'admettent pas de milieu. F On ne confondra pas le dilemme avec le syllogisme disjonctif. La majeure de celui-ci est une proposition disjonctive dont il faut choisir un membre pour conclure, tandis que le dilemme arrive à la même conclusion par plusieurs mineures opposées.

CHAPITRE VIII

DE L'INDUCTION (1)

161. Induction et déduction., Comme l'étymologie l'indique (inductio : in ducere, par oppos. à deducere), l'induction est ce raisonnement qui va du particulier à l'universel, des parties au tout, des faits et des phénomènes aux lois, des effets aux causes, des images au type, des signes à la chose signifiée, du contingent au nécessaire,etc. L'induction est ce mouvement de l'esprit, cette marche de la raison que l'on conçoit comme opposée à la déduction et destinée à s'y associer. Si, par la déduction, la raison se concentre sur un champ d'investigation, par l'induction elle en franchit les limites et tente au dehors mille découvertes ; car l'induction se dirige dans tous les sens ; elle va où elle veut, selon une expression de Cicéron. Par la déduction nous connaissons mieux, mais par l'induction nous connaissons plus ; par celle-ci la science s'étend, par celle-là elle s'organise et s'approfondit.

162. L'induction est un raisonnement. — Pénétrons plus avant. L'induction dont nous parlons maintenant n'est pas une simple analogie ou comparaison, bien qu'elle se fonde sur l'analogie et procède par comparaison ; elle

*

(1) On peut consulter, sur ce chapitre, outre les meilleurs traités de Logique et l'ouvrage de J. Lachelier. Du fondement de l'induction : Mgr MERCIER, De l'induction scientifique (Revue néo-scolastique 1900 nov.) ; FoLGHERA, divers articles dans la Revue thomiste (1899, mars : 1900 juillet ; 1901 janvier) ; MANsIoN, L'Induction chez Albert le Grand (Revue néo-scol. mai) ; YssELMUIDEN, L'induction baconienne (même revue, 1906, février).

n'est pas non plus une simple généralisation, le passage d'une idée particulière à une idée générale ; mais elle est un véritable raisonnement, elle en a la nature. C'est un mouvement de l'esprit qui va du connu à l'inconnu, d'un jugement à un autre, d'une première vérité à une seconde, en s'appuyant sur un moyen terme. Plusieurs le contestent, mais à tort. Le « procédé dialectique » décrit par le P. Gratry dans sa Logique et qui serait sans moyen terme, n'a pas été enseigné par Aristote et c'est une impossibilité (v. n. 141, 142). L'esprit humain ne s'assimile la vérité que par le jugement ; mais pour joindre deux jugements il en faut absolument un troisième. On peut le saisir avec une extrême rapidité, dans une sorte d'intuition ; mais le moyen terme n'en existe pas moins : l'esprit s'avance et s'exerce comme le corps, sans bien se rendre compte de tous ses mouvements.

163. L'induction tend à la certitude. — Remarquons ensuite que l'induction, quoique souvent douteuse dans ses conclusions, n'en tend pas moins à la certitude. Si elle atteint moins souvent son but que la déduction, c'est à cause des difficultés spéciales qu'elle rencontre. En voici deux exemples. Il s'agit de prouver la chute originelle de l'homme. Si nous admettons cette chute, tous les malheurs et toutes les grandeurs de l'humanité présente s'expliquent parfaitement : ses malheurs, puisque la chute a été profonde ; ses grandeurs, car l'homme n'a pas perdu les ressources merveilleuses de sa raison ni l'espoir d'être pardonné. Donc, semble-t-il, la chute originelle est démontrée. Cependant cette conclusion, en tant qu'elle est induite, n'est pas absolument établie, car l'état présent de l'humanité pourrait s'expliquer à la rigueur par d'autres causes. Si nous ne pouvons douter de cette chute, c'est qu'une révélation formelle nous en a instruits. — Autre exemple. Le centre de la terre est-il en fusion ? Certains faits, comme l'augmentation de la chaleur à mesure que l'on descend dans les mines, permettent d'induire avec beaucoup de probabilité qu'il y a un feu central. Néanmoins plusieurs suspendent leur jugement : d'autres causes pourraient expliquer les phénomènes observés.

164. Rapports de l'induction et de la déduction. — Sous bien des rapports l'induction et la déduction se ressemblent : ce sont l'une et l'autre des raisonnements, elles résultent de trois termes, elles contiennent implicitement ou explicitement trois propositions, elles sont fondées sur le principe d'identité, loi fondamentale de tout raisonnement. Seulement, dans la déduction, l'esprit descend du général au particulier : dans l'induction, au contraire, il s'élève du particulier au général. C'est pourquoi, dans la déduction, nous voyons le petit terme dans le grand, tandis que dans l'induction nous voyons le grand dans le petit. Dans la déduction, nous voyons chaque partie dans le tout : dans l'induction nous voyons le tout par telle ou telle de ses parties, quelquefois par la moindre. C'est ainsi qu'une goutte d'eau nous révèle la nature de l'océan. Avec la déduction, nous voyons les faits par les lois, les effets par les causes : avec l'induction, nous voyons les lois par les phénomènes, les causes par les effets. Il n'y a pas de profondeur ni de détail que la déduction n'atteigne, et il n'y a pas de hauteur, de généralité où d'induction ne s'élève : celle-ci ne se lasse pas de monter ; l'autre ne se lasse pas de descendre. Ces deux mouvements de l'esprit, ces deux progrès partiels de son développement s'effectuent en sens inverse : le commencement de l'un s'appuie sur la fin de l'autre.

165. Syllogisme déductif et inductif. — C'est donc avec raison qu'on a assimilé l'induction à un syllogisme déductif dont l'ordre des propositions serait renversé.Soit par ex. ce syllogisme : Tout homme est mortel ; or nous sommes hommes ; donc nous sommes mortels. En le renversant, nous aurons l'induction suivante : Nous sommes mortels ; or nous sommes hommes (et, pour enlever toute équivoque : notre nature est la même que celle des autres hommes); donc tout homme est mortel.

On voit par là que, dans le syllogisme déductif, il faut avoir égard à l'extension des idées, mais que, dans le syllogisme inductif, il faut avoir égard à leur compréhension. Le syllogisme déductif conclut du général au particulier et légitimement, puisque le général s'étend au particulier ; mais le syllogisme inductif n'est pas moins légitime, puisque le particulier a la même nature et obéit aux mêmes lois que le général. Pour en revenir à l'exemple précédent, l'humanité et l'individu se comprennent mutuellement sous divers rapports : c'est pourquoi nous connaissons l'individu par l'humanité tout entière, et celle-ci par l'individu. On remarquera même que notre connaissance de l'homme serait bien imparfaite, si nous ne le connaissions que de l'une ou de l'autre manière : il n'y a pas de psychologie parfaite sans histoire, ni d'histoire parfaite sans psychologie. Ces deux connaissances, ces deux procédés d'investigation se complètent l'un l'autre, c'est-à-dire que toute connaissance parfaite résulte d'induction et de déduction.

On explique encore leur distinction, en disant que la déduction s'appuie particulièrement sur le principe : Dictum de omni, c'est-à-dire : ce qui convient à tous, convient à chacun, tandis que l'induction s'appuie sur ce principe qui n'est faux que lorsqu'il est mal appliqué : Ab uno disce omnes, c'est-à-dire : Il suffit de connaître l'un pour les connaître tous. Cette unité d'où part l'induction est tantôt l'individu d'une espèce, tantôt une partie d'un tout, tantôt l'effet particulier d'une cause, etc. : peu importe, c'est toujours l'induction, qui dans le particulier cherche à saisir la nature et les lois du général.

* 166. Observation, expérimentation. — On concoit que l'induction doive s'appuyer à cette fin sur des observations et des expérimentations nombreuses. Observer c'est considérer avec suite les phénomènes ou les individualités dont on veut trouver les causes ou pénétrer l'essence ; c'est se constituer le témoin, le spectateur attentif et

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