Obrazy na stronie
PDF
ePub

or cette idée ne contient qu'une existence et une perfection idéales. Donc affirmer l'existence de Dieu en vertu de l'analyse de l'idée de Dieu, c'est affirmer l'identité de l'idée et de la réalité, c'est aller contre la loi d'identité, fondement de tout jugement analytique.

121. La proposition : elle n'est que l'un des éléments du discours. — L'expression verbale du jugement s'appelle proposition. Avant d'en parler, faisons une remarque im· portante. Il serait injuste de ne voir dans le discours (en latin oratio) qu'un ensemble de jugements et de propositions. La parole est un signe excellent dont l'homme se sert pour manifester toutes ses idées, tous ses sentiments et toutes ses volontés. De là cette variété infinie dans l'expression et le style ; de là ces formes toujours nouvelles et flexibles comme les pensées qu'elles doivent revêtir exactement. La parole sert non seulement à énoncer un jugement, mais encore à nous mettre en rapport avec nos semblables, supérieurs, égaux ou inférieurs, et dans toutes les circonstances possibles : elle sert à prier, à menacer, à commander, à défendre, à interroger, à appeler, etc. (1). Il est donc impossible de retrouver toute la perfection de la parole dans les énonciations qu'elle contient. . Comment ramener à une pure énonciation cette simple parole : Allez ? Nous trouvons bien par l'analyse cette énonciation : Vous, soyez, allant. Mais comment traduire soyez ?

Toutefois, et on le voit par cet exemple même, l'énonciation est le squelette de la parole, elle supporte le reste ; elle en est la partie vraie ou la partie fausse. C'est pourquoi on ne trouve en définitive que des énonciations dans les ouvrages de pure science, comme aussi dans les documents, les traités, les actes judiciaires. Le langage scientifique et en particulier celui des mathématiques ne comporte pas autre chose. Le mathématicien ne prje pas, ne

(1) Cf. S. Th. In lib. I. Periherm., lect. VII.

menace pas : il énonce. Et parce que les mathématiques ne s'occupent en définitive que de la quantité, le verbe des mathématiques est peu étendu malgré ses ressources et ses formes : égaler, multiplier, diviser, etc. Or, le logicien s'occupe de l'être et de l'idée à la manière dont le mathématicien s'occupe de la quantité : la logique est la mathématique de l'être. Le verbe du logicien, à la différence de celui du mathématicien, est donc sans limite ; mais, de même que le mathématicien, le logicien ne parle que pour énoncer des jugements, c'est-à-dire formuler des propositions.

122. Matière et forme de la proposition. — La proposition est donc l'énonciation d'un jugement. Elle se compose du sujet, de l'attribut et du verbe. Le sujet et l'attribut, c'est-à-dire les deux termes qui expriment les deux idées dont se compose le jugement, sont la matière de la proposition ; le verbe qui réunit ces deux idées en une seule en est la forme, le lien (en latin copula). Le sujet est ce dont on affirme ou nie une chose ; l'attribut est ce qui est affirmé ou nié du sujet. L'attribut peut être affirmé ou nié directement (in sensu recto) ou indirectement (in sensu obliquo), c'est-à-dire au nominatif ou à un autre cas. Ex. : Dieu est bon.— Ce livre est de Pierre. Cette seconde proposition équivaut à celle-ci : Ce livre est le livre de Pierre, où l'attribution est directe.

123. Remarques : Le verbe est du côté de l'attribut. — Le verbe n'est pas à égale distance des termes, pour ainsi dire ; il se rapporte et se joint plutôt à l'attribut. Il ne faudrait pas écrire : Dieu est... juste, mais plutôt : Dieu... est juste. La raison en est que l'attribut est comme la forme et l'acte du sujet, il se rapporte à lui, il le détermine, il s'y ajoute ; le sujet le précède, le sujet l'attend. Mais l'attribut ne remplit bien ce rôle vis-à-vis du sujet qu'autant qu'il ne fait qu'un avec le verbe qui exprime l'acte et l'union. Il nous sera permis de voir un signe de cette vérité dans cette règle de la ponctuation qui permet de séparer le sujet du verbe par une virgule, lorsque le sujet est assez étendu et complexe, mais qui ne permet pas de séparer le verbe de l'attribut.

124. Le verbe être et le verbe avoir. — Remarquons ensuite que le verbe qui est ici le lien de toute proposition est le verbe substantiel être. Parmi les verbes accidentels, qui tous le contiennent implicitement et ajoutent à son rôle le leur propre, se fait remarquer en français le verbe avoir. Il est dit avec le verbe être, verbe auxiliaire, parce qu'il sert à conjuguer les autres ; mais il y a entre eux toute la différence que nous venons de dire. D'ailleurs le verbe avoir n'a pas en latin et dans les autres langues la même importance qu'en français, où il est le type des verbes accidentels. Le verbe être, au contraire, a partout le même rôle. Il est dit verbe substantiel, parce qu'il fait le fond de tous les autres et aussi parce qu'il désigne lui-même la substance ou l'essence ; par ex. : L'homme est une créature raisonnable. Le verbe avoir, au contraire, est un verbe accidentel, il signifie de lui-même un accident ou ce que l'on considère comme tel ; par ex. : L'homme a des pieds et des mains ; il a une âme et un corps. A parler rigoureusement, l'homme est une âme et un corps, et il a des pieds et des mains.

125. Termes explicites et termes implicites ; termes simples et termes complexes. — Nous observerons en troisième lieu que les termes de la proposition ne sont pas toujours formellement exprimés. Par ex., il sont tous impliqués dans cet impératif : Allez, et dans ces mots de César : Veni, vidi, vici, qui contiennent chacun une proposition (1). Quelquefois, c'est l'attribut seul qui fait corps avec le verbe : par ex. : Dieu créa. D'autres fois c'est le

(1) Ces propositions sont dites de primo adjacente. Si la proposition renferme un terme explicite avec le verbe, elle est dite de secundo adjacente ; si les deux termes sont explicites avec le verbe, elle est dite de tertio adjacente. .

sujet ; par ex. en latin : Creavit mundum. — Ajoutons que les termes peuvent être simples, comme dans les exemples précédents, ou complexes, c'est-à-dire formés de plusieurs mots. Ex. : La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse.

- 126. Espèces de propositions (1) : proposition naturelle, forcée, etc. —Au point de vue de la disposition et du rapport des termes, la proposition est plus ou moins naturelle et même forcée. De sa nature le sujet a moins d'extension que l'attribut et se place en premier lieu, du moins en français. Lorsqu'il en est ainsi, la proposition est parfaitement naturelle. Ex. : La prudence est une vertu. Mais il peut se faire que les termes soient renversés et que le sujet devienne l'attribut. Nous ne parlons pas ici de l'inversion si habituelle en latin et permise si souvent en poésie française ; car l'inversion, tout en plaçant le sujet au lieu de l'attribut, n'enlève pas à ces deux termes leur | caractère dans l'esprit. Ainsi dans ces termes : Juste est Dieu — Aimable est la vertu, Dieu et la vertu sont toujours sujets. Mais il peut se faire, disons-nous, que le sujet prenne réellement dans l'esprit la place de l'attribut.Alors nous aurons les propositions suivantes : Certain être spirituel est l'âme humaine. — Certaine vertu est la prudence, etc. La proposition est dite alors indirecte, forcée. Enfin, en troisième lieu, il peut se faire que le sujet et l'attribut soient pris dans leur sens matériel et non pas dans leur sens formel, ce qui permet d'affirmer l'un de l'autre sans avoir égard à leur extension. Ex. : Quelque chose de froid est blanc (savoir la neige).Cette proposition est vraie; mais il est évident que si la neige est blanche, ce n'est pas parce qu'elle est froide. Ces sortes de propositions sont dites accidentelles (per accidens, prœter naturam). Elles exposent à de nombreuses équivoques qu'on ne saurait dissiper avec trop de soin.

(1) Signalons ici une opinion de M. J. Lachelier, qui propose de distinguer les propositions d'inhérence et les propositions de relation. La proposition d'inhérence est celle où l'attribut est donné comme inhérent ou appliqué au sujet ; ex. : Augustin est éloquent. La proposition. de relation est celle qui marque une relation entre les deux termes ; ex.: Augustin est fils de Monique. — Mais cette distinction ne fait qu'obscurcir la théorie de la proposition et du jugement, en nous ra-. menant mal à propos à l'ordre ontologique. Dans la proposition, en effet, de même que dans le jugement, dont elle est l'expression, tous les rapports des termes sont ramenés uniformément aux rapports de sujet et d'attribut analogues à ceux de substance et d'accident dans l'ordre ontologique. Et de même que l'accident comprend non seulement la qualité (le qualificatif, l'attribut), mais tous les autres modes accidentels (quantité, relations quelconques), de même, dans la proposition, l'attribution s'étend indifféremment aux rapports d'inhérence et aux simples relations. C'est ce qu'a mieux compris M. Rabier, quand il dit : « Ici le langage... opère une simplification, qui n'a pas été assez remarquée, et qui est pourtant de très grande conséquence. Le langage réduit à l'unité tous les rapports saisis par le jugement. Dans le langage, en effet, tous les rapports deviennent des rapports de qualification ou d'attribution, c'est-à-dire des rapports d'inhérence d'un attribut à un sujet. » Et il ajoute un peu plus loin : « Le langage opère donc ici pour les jugements une simplification analogue à celle qu'on opère sur des fractions ordinaires par la réduction au même dénominateur. Et de même que cette réduction rend seules possibles les opérations à exécuter sur les fractions, de même cette réduction des jugements à l'unité de forme permet seule de manier commodément les propositions et d'exécuter les diverses opérations logiques ». (Logique 1re éd., p. 18 et 20). — M. J. Lachelier propose de distinguer de même les syllogismes d'inhérence et les syllogismes de relation. Mais cette

distinction nouvelle est ruinée avec l'autre (V. ses Etudes sur le syllogisme, 1907.)

127. Proposition simple ; proposition composée, etc. — Au point de vue de l'unité, la proposition est simple ou composée. La proposition simple ne contient qu'une seule énonciation ; la proposition composée en contient plusieurs. La première ne contient qu'un seul sujet et un seul attribut ; la seconde contient plusieurs sujets ou plusieurs attributs ou même plusieurs propositions tout à fait distinctes, jointes ensemble par des pronoms relatifs ou des particules. Si toutes ces propositions se rapportent à une principale ou sont comprises les unes dans les autres, la proposition est une, quoique complexe ; sinon, elle est multiple, l'union de ses parties étant tout accidentelle.

[ocr errors]
« PoprzedniaDalej »