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117. Espèces de jugements. Rapports des deux termes. — Le jugement est prudent ou téméraire, suivant que les motifs sur lesquels il se fonde sont suffisants ou non. Il est évident immédiatement (per se notum) ou médiatement, suivant que l'esprit en saisit la vérité du premier coup ou après raisonnement. Toute conclusion est donc un jugement médiatement évident. Mais ce qui est une conclusion aujourd'hui peut devenir un principe demain, s'il y a progrès dans l'évidence. Et puis tous les esprits n'ont pas la même pénétration et ne partent pas rigoureusement des mêmes points. En général, plus un esprit est puissant, plus il embrasse de vérités immédiatement, à la manière des principes. Le jugement ou plutôt le rapport de ses deux termes, peut être considéré à deux points de vue : au point de vue de la compréhension et au point de vue de l'extension. Nous ne parlons pas ici des jugements à termes singuliers et qui sont de véritables équations. Au point de vue de la compréhension, le sujet qui est le premier terme, peut être regardé comme le tout par rapport à l'attribut. Celui-ci est alors une partie du sujet. Au point de vue de ' l'extension, au contraire, le sujet peut être regardé comme une partie qui rentre dans l'attribut comme dans un tout. Soit par ex. cette proposition : La vertu est aimable. Il est évident que la vertu peut être considérée comme contenant l'amabilité ou comme contenue elle-même parmi les choses aimables. On s'explique très bien tout ceci par ce qui a été dit de la compréhension et de l'extension, et de la manière dont l'espèce contient le genre et se trouve contenue par lui. Mais nous ne serions pas fondés à en conclure avec M Rabier, que : « règle générale, dans les jugements, la pensée vise exclusivement les rapports de compréhension et nullement les rapports d'extension. » Ce qu'on peut dire de plus juste en cette matière, c'est que l'analyse et la synthèse s'accompagnent toujours de quelque manière ; c'est que l'esprit commence ses opérations tantôt par l'une et tantôt par l'autre. S'il compare une idée ou la chose qu'elle exprime avec ses éléments ou les qualités qu'elle possède, il forme un jugement par voie de compréhension,il saisit l'identité du tout avec telle de ses parties. Au contraire, s'il compare une idée, ou la chose qu'elle exprime, avec une autre idée ou une autre chose, où elle est contenue, et saisit une identité, celle de la partie avec le tout, il forme un jugement par voie d'extension. Mais par l'une et l'autre voie il arrive au même but. Il peut même se faire souvent qu'un jugement obtenu par voie d'extension (ou de synthèse, d'expérience) soit analytique en lui-même et reconnu comme tel plus tard ; et réciproquement il peut se faire qu'un jugement obtenu par voie d'analyse d'un sujet réel soit vérifié plus tard par l'expérience.

118. Jugement analytique ; jugement synthétique. — Maintenant on comprendra facilement la division suivante. Le jugement est analytique ou synthétique. Le premier résulte de la pure analyse ou décomposition d'une idée. Ex. : Dieu est bon.Le tout est plus grand que sa partie. Tous les principes de métaphysique sont des jugements de ce genre ; pour les vérifier, il suffit d'analyser le sujet.

Le jugement synthétique, au contraire, résulte en définitive d'une expérience. Tels sont tous les jugements de fait : J'existe. — Le soleil se lève. C'est pourquoi les jugements synthétiques sont dits à posteriori, contingents, en matière contingente, empiriques, physiques. Les autres sont dits à priori, nécessaires, en matière nécessaire, absolus, purs, métaphysiques.

Cette division est adéquate, car les deux membres sont opposés d'une manière contradictoire. Dans le jugement analytique l'attribut fait partie du sujet, il est impliqué logiquement et nécessairement dans le sujet ; dans les jugements synthétiques, au contraire, le prédicat est comme surajouté au sujet ; il s'y joint, mais n'en sort pas. Cependant, Kant a refusé d'admettre cette doctrine et Voici la sienne.

119. Les jugements synthétiques à priori. — Il reconnaît d'abord comme nous les jugements analytiques, qu'il nomme explicatifs (ils le sont, en effet), et les jugements synthétiques, qu'il nomme extensifs (ce qui peut se dire également). Il remarque ensuite que les jugements analytiques offrent trois propriétés, qui ne conviennent pas aux jugements synthétiques : 19 leur attribut est contenu dans la nature du sujet ; 29 ils sont nécessaires ; 39 ils sont universels. Mais, ajoute-t-il, certains jugements, qui ont la seconde et la troisième propriété, noont pas la première. Il y aurait donc des jugements nécessaires et universels, mais dont l'attribut ne serait pas contenu dans le sujet, et qui auraient par conséquent quelque chose de commun, d'une part avec les jugements analytiques et, d'autre part, avec les jugements synthétiques. Ces jugements intermédiaires et mixtes, Kant propose de les appeler synthétiques à priori. Comme exemples, il donne ceux-ci : Tout effet a une cause. — Cinq plus sept égale douze. — Le plus court chemin d'un point à l'autre c'est la ligne droite.

Critique. — Il n'y a pas de milieu entre deux contradictoires, et par conséquent entre le jugement analytique et le jugement synthétique. Les trois propriétés que Kant reconnaît aux jugements analytiques sont inséparables ; la deuxième et la troisième découlent essentiellement de la première. Pourquoi ces jugements sont-ils universels et nécessaires? — Parce que leur attribut est contenu dans le sujet, et que par conséquent ils se vérifient toutes les fois que le sujet est posé.

Pour ce qui est des exemples allégués,ils sont mal choisis et répudiés quelquefois, du moins les deux derniers, par ceux-là mêmes qui admettent les jugements synthétiques à priori. Que l'on considère sous toutes ses faces le nombre 5+7, on s'aperçoit bientôt qu'il équivaut à 12. On s'apercevrait de la même manière qu'il équivaut à 6 x 2, ou à 4 x 3, etc. Si l'on analyse l'idée d'une ligne droite, on s'aperçoit également qu'on ne peut rien concevoir de plus direct, de plus court entre deux points donnés. Le principe de causalité mérite d'être étudié plus longuement, mais il n'est pas moins analytique que les précédents. L'effet, c'est-à-dire plutôt ce qui arrive à exister, a une cause, implique une cause. Un commencement d'existence exige un principe extrinsèque de cette existence, car l'être ne peut provenir du non-être, lui répondre positivement, ou lui succéder. Sans doute, l'effet ne contient pas réellement, physiquement la cause, comme le tout contient sa partie : ce serait plutôt la cause qui contiendrait l'effet de cette manière ; mais l'effet contient la cause logiquement (1), c'est-à-dire qu'il la livre à notre connaissance (V. encore n° 325). On nous oppose (2) que toutes les preuves alléguées par les scolastiques pour prouver que ce principe est analytique supposent précisément ce qui est en question, savoir que tout ce qui arrive a une cause, que toute chose a sa raison d'être. Mais nous convenons sans peine que le principe de causalité ne peut pas être démontré à celui qui le nie formellement : c'est un premier principe, il se suffit à lui-même. Nous prétendons démontrer seulement qu'il est analytique. De Margerie lui-même paraît en convenir, puisqu'il reconnaît que la raison de notre assentiment au principe de causalité est le lien des idées. Ce lien absolu des idées est aussi le lien nécessaire des choses. Seulement

(1) M. l'abbé Piat le dit, en termes équivalents : Dans les jugements hétérologiques (tels que le principe de causalité) on passe du même à l'autre... par une indigence de nature qui se trouve dans le même : ce qu'on peut appeler une exigence essentielle... La marque qui appelle le prédicat, y réside dans le sujet. Et cela, Platon, Aristote, et, après eux, saint Thomas d'Aquin l'avaient déjà vu : nous ne disons rien de nouveau ; nous ne faisons que préciser une pensée antique. Par suite, il n'y a pas de propositions synthétiques, au sens de Kant. Tous nos jugements nécessaires se ramènent d'une manière ou de l'autre à l'évidence ; tous nos jugements nécessaires sont analytiques. L'idée de Kant est un rêve d'où l'on sort, en poussant son œuvre un peu plus loin. » (Valeur de la raison humaine, dans la Revue néo-scolastique de février 1907.)

(2) Am. DE MARGERIE, par ex. (Annales de phil. chr. sept. 1888).

de Margerie commet une pétition de principe, quand il essaie d'assigner pour fondement métaphysique du principe de causalité l'existence de Dieu. En effet, quand nous démontrons l'existence de Dieu, c'est précisément en vertu du principe de causalité. Et qu'on n'essaie pas ici de soutenir que si toute chose qui commence a sa cause, c'est en définitive parce que Dieu ne serait pas Dieu si une chose pouvait commencer sans lui. Car si toute chose qui commence a sa cause, c'est d'abord et surtout parce qu'elle ne peut pas commencer par elle-même.

120. Règles des jugements. —Les jugements analytitiques et synthétiques sont soumis à certaines règles qui dérivent de leur nature même. Et d'abord les jugements synthétiques, étant fondés sur l'expérience, ne sont vrais que dans la mesure où celle-ci est suffisante. Si l'expérience est immédiate et échappe à toute méprise, comme l'expérience de notre propre existence, le jugement est au-dessus de toute contestation. — Et remarquons ici que le jugement sur notre propre existence peut et doit être regardé c0mme synthétique, bien que nous ayons dit plus haut qu'il résultait de l'analyse de l'idée du moi. Car le moi dont l'analyse donne le jugement : Je suis, n'est pas le moi abstrait, dépouillé de ses propriétés et de ses modes ; c'est le moi concret, existant, senti, dont l'idée est particulière et très complexe. Or, par jugements analytiques, n0us entendons ceux dont le sujet est un abstrait, une essence, et qui résultent d'une pure analyse de ce sujet, indépendamment de toute expérience.

Les règles de ces jugements ne sauraient être contestées. ll peut paraître superflu de les donner. Les voici : 1° Si l'attribut est contenu dans le sujet, le jugement sera vrai ; * s'il n'y est pas contenu, le jugement pourra être vrai, mais non point comme analytique. Soit ce jugement : Dieu est. Il est vrai en soi, mais non point en vertu de l'analyse du sujet (c'est du moins l'opinion de beaucoup de scolastiques) ; car le sujet n'est ici que l'idée de Dieu ;

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