Obrazy na stronie
PDF
ePub

|

et toutes les espèces de l'histoire naturelle ; d'autres sont abstraites non seulement de la matière individuelle mais encore de la matière sensible et corruptible : ainsi les idées de quantité, de nombre, de grandeur; d'autres enfin sont abstraites même de la matière intelligible : ainsi les idées de substance, de cause. Cè sont là les trois degrés d'abstraction propres aux sciences physiques, mathématiques, métaphysiques. Il en sera de nouveau question dans la classification des sciences (v. n° 347 et aussi Vocab. : Abstraction).

49. Idée concrète; idée abstraite. — Nous venons de voir que toujours l'idée est plus ou moins abstraite; mais elle est dite concrète, si elle exprime un être déterminé, un sujet avec sa qualité,sa forme, son caractère : ainsi Dieu, l'homme, le vaillant, le héros. L'idée est dite abstraite, si elle exprime une qualité séparée de son sujet ou une essence, par manière de qualité : ainsi l'humanité, la divinité, la vaillance, l'héroisme. On voit par ces exemples que l'abstrait est le formel du concret. En général tous les adjectifs, les participes, les noms formés de participes ou d'adjectifs ou à leur manière (ex. : le vainqueur, le vaincu, le bienfaisant, l'innocent) expriment 'une idée concrète.

Ajoutons que l'on peut distinguer trois espèces de concrets : métaphysique, physique, logique. Dans la première, la qualité ou la forme est essentielle au sujet ; ex. : l'homme. Dans la deuxième, elle est accidentelle, bien qu'intrinsèque ; ex. : le savant. Il est accidentel, en effet, au savant, d'être tel. Dans la troisième elle est accidentelle et extrinsèque ; ex . l'illustre.

50. Idée réelle ; idée logique. — Toute idée est logique, puisqu'elle est subjective à certains égards, et toute idée est réelle de quelque manière, puisqu'elle exprime autre chose qu'elle-même. Mais une idée est dite réelle, si elle exprime d'abord l'objet ; elle est dite logique, si elle exprime surtout la manière dont cet objet est connu de nous. Ex. d'idées réelles : l'homme, Dieu, l'arbre. Ex. d'idées

logiques : l'humanité, en tant que genre, tous les genres et toutes les espèces, l'animalité, etc. Toutes les idées métaphysiques sont réelles ; toutes les idées logiques ont un autre caractère : les premières expriment des êtres réels ; les secondes, des êtres de raison. Mais il ne faut pas outrer eette division ; car les mêmes idées sont subjectives ou objectives selon leur aspect, elles sont discutées en logique et en métaphysique.

51. Idée singulière ; idée universelle ; idée particulière ; idée collective. — Mais la division la plus importante des idées est celle qui est tirée de l'étendue de leur objet. Toute idée est universelle ou singulière. Elle est singulière, si elle ne s'applique qu'à un seul objet ; par ex., l'idée de Pierre, l'idée de Dieu, Dieu seul réalise l'idée que nous avons de lui ; Pierre seul réalise l'idée complexe que nous avons de sa nature, de ses qualités physiques et morales. Toute idée singulière, du moins lorsqu'elle s'applique à un objet sensible, n'est telle que par la réunion de certaines notes qui ne peuvent convenir à plusieurs et qui sont dites pour cela notes individuantes. (V. vocab. : Individuantes.)

Bien que toute idée soit générale de sa nature, il nous est permis de parler ici de l'idée singulière. Car l'idée singulière est complexe, et l'on peut dire que chacune des idées dont elle se compose est générale. De plus, l'idée générale peut être particularisée lorsque nous l'appliquons à quelque objet sensible : par exemple, lorsque nous appliquons l'idée d'animal ou de plante à tel être vivant que nous voyons.

Venons maintenant à l'idée universelle, qui est toujours l'idée proprement dite. Nous avons vu comment elle se distingue de l'idée singulière et comment elle l'explique. Elle se distingue aussi de l'idée plus ou moins particulière et de l'idée collective. L'idée particulière, c'est l'idée universelle dont l'extension a été limitée ; par exemple, dans cette phrase : Quelques soldats sont tombés ; l'un est mort, les autres sont blessés. L'idée particulière se rapproche, on

le voit, de l'idée singulière, et arrive même à se confondre avec elle. Elle peut être déterminée, comme dans les exemples précédents, ou indéterminée, comme dans ce cas : Quelques hommes mourront cette année. A son tour l'idée collective est une idée universelle, mais qui ne se vérifie que d'une collection : par ex., l'idée d'académie, d'armée, de famille. Il va sans dire que si l'on ne parlait que de telle armée, telle famille, telle académie, l'idée collective ne serait pas universelle, mais singulière. En tant que singulière, l'idée collective est opposée à l'idée distributive. (V. vocab. : Collectif.)

52. Idée univoque ; idée analogue. Analogie de proportion, d'attribution, etc. — Revenons maintenant à l'idée qui est simplement universelle ou distributive, c'est-à-dire

- qui s'applique à tous les individus désignés par un même

nom, comme les idées d'homme, de substance, d'être. Ou bien cette idée s'applique de la même manière, avec la même définition (secundum eamdem rationem) à tous les individus qu'elle comprend, et alors elle est dite univoque(1): par ex., l'idée d'homme, d'animal, de substance.Ou bien elle s'applique de diverses manières et seulement par analogie à divers sujets. Ainsi on dira d'un corps qu'il est sain; on le dira aussi de la nourriture, de la boisson, de l'air qu'on respire, des lectures que l'on fait, etc. Dans cet exemple, c'est le corps tout le premier qui est sain, et c'est par rapport à lui que les autres choses sont dites saines. Cette analogie est dite analogie de propor- tion ou d'habitude. Mais, si au lieu de comparer le corps sain avec la nourriture saine ou l'air sain, etc., nous comparons entre eux la nourriture saine et l'air sain, l'analogie est dite analogie d'attribution, parce que nous attribuons une même qualité à la nourriture et à l'air par rapport à une troisième chose, qui est la principale (summum

(1) Nous ne parlons pas des idées équivoques, car l'équivoque n'est ronrement que dans les termes.

analogatum), savoir : le corps sain. Pour la même raison, il y a analogie de proportion entre la substance et l'accident, entre l'être divin et l'être humain ; car l'accident tient tout son être de la substance, et la créature tient tout le sien du Créateur, quoique d'une autre manière que l'accident.Mais il y a analogie d'attribution entre la quantité et la qualité, parce qu'elles tiennent l'être l'une et l'autre de la substance.

Revenant maintenant à l'analogie de proportion, nous en distinguerons deux : celle de proportion simplement et celle de proportionnalité. Il y a analogie de proportion simplement, quand il y a rapport effectif d'un terme secondaire à un principal, quand il y a action de l'un sur l'autre ou bien commune mesure entre eux : par ex., entre la nourriture saine et le corps sain, entre le nombre 3 et le nombre 6, qui en est le double. Il y a analogie de proportionnalité, quand il n'y a pas précisément rapport de terme à terme, mais plutôt de proportion à proportion : par ex. entre la lumière sensible et la lumière intellectuelle. En effet, ces deux lumières n'ont rien de commun précisément ; mais da seconde éclaire le monde intelligible comme la première le monde sensible. En d'autres termes, la lumière intellectuelle est aux vérités ce que la lumière sensible est aux corps. On dirait de même, pour employer un exemple tiré des mathématiques : 2 est à 4 ce que 7 est à 14. Il y a ici égalité de rapports : c'est ce qui constitue la proportionnalité. Ces considérations seront très utiles lorsque nous traiterons de la connaissance que l'homme peut avoir de Dieu. (Chap. LxIx).

Mais on voit déjà, par ces exemples, que l'analogie embrasse toutes les comparaisons, toutes les métaphores, elle enrichit le langage après avoir enrichi la pensée : c'est elle qui permet à nos idées, quelle que soit la vulgarité de leur origine, de s'élever et de s'étendre dans toutes les directions et à l'infini.

53. Principales idées analogues. — Les principales idées analogues sont les idées transcendantales, qui dépassent tout genre : l'être, l'un, le vrai, le bon ou le bien, etc. (V. métaphysique). A ces notions supérieures se ramènent quelques autres, comme l'essence et l'existence, la puissance et l'acte, la nature, etc.Une foule d'autres mots (p.e. la relation, le rapport et le mode)sont employés d'une manière transcendantale, si on leur donne leur plus haute signification. Pour ne parler que de quelques idées transcendantales, toute chose est, et toute chose est une, vraie, bonne. Mais l'être, l'unité, la vérité, la bonté sont dits de toutes choses par voie d'analogie seulement, c'est-à-dire que les choses ne possèdent pas toujours l'être, l'unité, etc., de la même manière et suivant la même définition.

Nous devons nous borner ici aux analogies supérieures et négliger les analogies innombrables dont la connaissance et le sage emploi font le bon style et même l'art tout entier : car les beaux-arts, comme la littérature, ne s'appliquent, en définitive, qu'à saisir les analogies et à les exprimer.

54. Principales idées univoques. Universaux : genre, espèce, etc. — Les principales idées univoques sont les universaux proprement dits, ou prédicables des scolastiques. Il y en a cinq : le genre, l'espèce, la différence, le propre et l'accident. Le genre est ce qui convient de la même manière, suivant la même définition, à plusieurs espèces ; par ex. : l'animalité, la sensibilité. — L'espèce est l'essence commune à plusieurs individus : par exemple l'humanité ou la nature d'homme. — La différence est ce par quoi les espèces diffèrent entre elles : par ex. : la raison (ou plutôt l'âme en tant que raisonnable), qui est ce par quoi l'homme diffère de la brute. — Le propre est ce qui découle de l'espèce ou l'essence sans la constituer : la faculté d'abstraire, de rire, de parler, d'adorer Dieu, de pratiquer la vertu, sont propres à l'homme entre tous les animaux. — L'accident est ce qui s'ajoute à la nature, à l'espèce, et peut manquer sans que l'espèce ou la nature disparaisse : ainsi

-

« PoprzedniaDalej »