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Leibniz, en tant que symbolique, n'échappe pas à cet inconvénient (1). Logique des sentiments. — Quant à la Logique des senti| ments, comme on l'a fait observer à M. Th. Ribot, elle n'est pas une logique. Le livre qu'il a écrit sous ce titre n'est qu'un chapitre de psychologie ou une explication qui s'ajoute à celles des causes des sophismes. Cette logique consiste, en effet, à partir non pas d'une vérité ou d'un fait dont on tire ensuite de légitimes conséquences, mais d'une conclusion posée d'avance, qu'on veut justifier par toutes sortes de raisons. Ce procédé est l'inverse de l'autre. Il ne constitue pas une logique distincte, mais un cas particulier et d'ordinaire un abus. Car c'est pécher contre la méthode morale (v. n° 185) et ainsi contre la logique elle-même, que de chercher de parti pris à établir une conclusion, alors qu'on ne voit encore aucune bonne raison de l'adopter (2). .

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(1) V. Pensée contemporaine, 1re année. Travaux de Leibniz sur la logique p. 387, à propos de l'ouvrage de M. Couturat, La logique de Leibniz. V. aussi 3e année, p. 566. M. Couturat s'est fait le défenseur de la logistique, par ex. dans l'Algèbre et la logique, 1905. V. aussi Revue de métaphysique, 1906 mars et mai.

(2) V. Pensée contemporaine, 3e année, p. 534 et 191. V. aussi Couturat, ibid, p. 566.

CHAPITRE III

DE LA DIALECTIQUE ET EN PARTICULIER DES IDÉES

34. La Dialectique. Division : les trois opérations de l'esprit. — Dans la terminologie d'Aristote, la dialectique est l'art de faire valoir les probabilités en faveur d'une opinion ; dans celle de Platon, elle est plutôt l'art de questionner et de répondre, de pratiquer la méthode socratique, en un mot de raisonner. La dialectique de Platon ne diffère donc pas de la logique formelle, et comprend, comme la nôtre, les opérations de l'esprit à la recherche de la vérité. (V. vocab. : Dialectique).

Or, ces opérationsseramènent àtrois : 1°les appréhensions Ou perceptions, qui se font par les idées ; 2° les jugements ; 3°lesraisonnements. Les idées sont exprimées par les termes; les jugements, par les propositions; les raisonnements, par les syllogismes et autres arguments. Ces expressions sont entre elles ce que sont les choses qu'elles représentent. Les idées sont les éléments des jugements, et ceux-ci les éléments du raisonnement : de même, les termes sont les éléments des propositions, et celles-ci les éléments du syllogisme. De plus, comme l'expression se conforme à la chose exprimée et acquiert les mêmes propriétés, tout ce que nous dirons des idées conviendra, toute proportion gardée, aux termes ; tout ce que nous dirons des jugements conviendra aux propositions, et tout ce que nous dirons des raisonnements s'appliquera à leurs expressions.

- Parlons d'abord des idées et des termes qui les expriment.

35. L'idée. — Il ne s'agit pas ici de l'origine des idées. Cette question, que plusieurs ont agitée au seuil de la philosophie, appartient à la psychologie. Avant de chercher l'origine des idées, il faut, dans la logique, les étudier en elles-mêmes, déterminer leurs caractères et leur nature. Qu'est-ce donc que l'idée ? Idée vient du grec tôéz, image, forme, espèce : de esôery, voir. Il est plus facile de la décrire que de la définir (1). On peut dire qu'elle est une représentation de quelque chose à l'esprit : c'est une forme, une similitude reçue dans l'esprit et qui lui manifeste une chose distincte d'elle (2). L'idée est donc un principe de connaissance : elle est ce qui nous détermine formellement à connaître et ce en quoi nous connaissons. Sans entrer ici dans la distinction des idées impresses et expresses, il est facile de constater par expérience cette vérité. C'est par l'idée de Dieu que nous le connaissons ; c'est par l'idée que nous avons du monde et de chacun des objets qui nous entourent, que le monde nous est révélé et que tous ces objets divers sont présents à notre esprit. On reçoit ou l'on se fait des idées de tout. C'est dans l'idée d'homme que nous connaissons la nature humaine, le corps -(1) On ne peut définir l'idée comme connaissance, puisqu'elle est le premier élément, le principe de toute connaissance. C'est pourquoi l'auteur de la Logique de Port-Royal a pu écrire avec quelque raison : « Le mot d'idée est du nombre de ceux qui sont si clairs qu'on ne les peut expliquer par d'autres. » Après avoir renoncé également à la définir, Ad. Franck ajoute : « L'idée est donc ce fait de l'intelligence par lequel les choses se rendent présentes à notre esprit. » (Dictionn. aes sciences phil., v. Idée.) (2) « Per ideas intelliguntur formae aliquarum rerum praeter ipsas ros existentes. Forma autem alicujus rei praeter ipsam existens, ad duo esse potest : vel ut sit exemplar ejus cujus dicitur forma, vel ut sit principium cognitionis ipsius. » (S. Th., 1* q. xv, a. 1.). — Plusieurs auteurs, Paul Janet par exemple, disent que l'idée est un acte de l'esprit. Mais ils s'expriment incorrectement. C'est l'appréhension qui est un acte : l'idée est le principe ou le terme de cet acte. Janet s'exet l'âme, la raison et la sensibilité, tout ce qui appartient à l'homme et le distingue.

prime mieux quand il dit : « L'idée est ce qui représente la vérité de l'objet entendu, » Cela est vrai, en ce sens qu'il n'y a pas d'idée fausse.

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36. Compréhension et extension de l'idée. — Toute idée renferme une ou plusieurs notes qui sont comme ses éléments ou ses traits. Prises ensemble, ces notes sont ce qu'on appelle la compréhension de l'idée. Quant à l'extension, c'est le nombre d'individus ou d'espèces auxquels l'idée s'applique. Ainsi la compréhension de l'idée d'homme nous donne les idées élémentaires d'animalité, de sensibilité, de raison, etc. L'extension de cette même idée nous donne tous les peuples. L'idée d'animal nous donnerait plus comme extension, mais nous donnerait moins comme compréhension. On voit facilement que la compréhension et l'extension doivent toujours être ainsi en raison inverse l'une de l'autre.

Nous reviendrons sur ce point important en parlant du genre et de l'espèce (v. n° 59). L'idée d'être, qui est la plus étendue, est aussi la plus simple, c'est-à-dire la moins compréhensive ; elle s'étend à tout, mais à condition précisément de ne renfermer qu'un élément, une note, l'être.

37. L'idée n'est pas l'image sensible. — On voit déjà par ce qui précède que l'idée, bien qu'elle soit décrite comme une image, ne se confond point avec elle. (V. vocab. : Idée, · Image). L'idée est dans l'esprit, tandis que l'image, avec l'imagination, est dans le sens. Nous établirons plus tard, en psychologie, la distinction profonde des sens et de l'intelligence et partant des imaginations et des idées proprement dites ; mais dès maintenant cette distinction s'impose. Autre chose par exemple est d'avoir l'idée . d'homme ou de Dieu, et autre chose d'imaginer un homme ou de prêter à Dieu une forme humaine. Autre chose est de concevoir un triangle ou un polygone de mille côtés, et autre chose de les imaginer : on ne peut même imaginer ce polygone, bien qu'on puisse le concevoir nettement, et cette impossibilité prouve à elle . seule la distinction de l'idée et de l'image.

Même les images qu'on a qualifiées de génériques (1), parce qu'elles retiennent les traits communs à plusieurs choses individuelles, sont particulières, concrètes, sensibles, au lieu que l'idée est universelle, abstraite. Ces images sont indûment appelées génériques : ce sont des extraits et non pas des abstraits.

Remarquons, en outre, qu'on peut changer d'image sans changer d'idée, et réciproquement changer d'idée sans changer d'image. C'est ce qui arrive constamment dans les explications, les entretiens, et surtout dans les traductions où l'on change nécessairement tous les mots et souvent les métaphores. Mais l'idée ne change pas pour autant : elle peut passer, sans être altérée, dans toutes les

langues.

| Or, ce que nous disons des images dites génériques s'applique de même aux images composites, schématiques, aux résultantes, aux moyennes, en un mot, à toutes les données sensibles.

38. Analogie des actes sensibles et des actes spirituels. — Cependant, comme l'esprit est lié à la sensibilité, il s'ensuit que l'image sensible accompagne toujours l'idée, elle la fixe et la manifeste. Tous les actes spirituels sont ainsi désignés par des actes sensibles. Nous venons de voir que l'idée est décrite comme une image. En vertu de la même loi, penser, c'est peser dans son esprit (pensare) ; avoir l'intelligence, c'est lire entre, au travers, c'est pénétrer (inter legere) ; comprendre, c'est renfermer en soi (comprehendere). Les mots voir, entendre, saisir, concevoir, etc., se disent, au figuré ou même absolument, de l'es· prit aussi bien que des sens et des corps. Mais on conviendra que ces mots, suivant qu'ils s'appliquent aux sens ou à l'esprit, ont des significations diverses, quoique liées étroitement par l'analogie.

(1) Ainsi M. Ribot dans son livre : L'évolution des udées générales. Réfuté dans les Mélanges philosophiques.

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