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tique est « le système commun à tous les grands philosophes du moyen âge ». Car, si on ne conserve de tous les systèmes philosophiques orthodoxes de cette époque que leurs affirmations communes, on n'obtiendra rien de précis et de vraiment systématique, qui puisse par exemple se distinguer d'une philosophie chrétienne quelconque. Ce qui constitue un système, ce n'est pas tant l'ensemble de ses affirmations ou thèses que leur enchaînement, leur

agencement organique, leur forme en un mot (1). | Tout ceci montre assez que la théologie, sans être liée à tel ou tel système philosophique, ne peut néanmoins se développer sans un système. Elle ne vaut elle-même qu'autant que vaut ce système, d'où elle tire son caractère de science (2). Car la théologie n'est, au fond, que la philosophie appliquée aux vérités de la foi.

La théologie ne peut donc s'accommoder de n'importe quel système philosophique : cartésianisme, kantisme, etc. Il arrive même que tels et tels systèmes sont incompatibles avec la foi et ruinent ainsi par la base toute théologie : et si tels philosophes adhérent néanmoins à ces systèmes, tout en se flattant de rester chrétiens et de garder la foi, c'est par une inconséquence heureuse, mais pleine de dangers.

(1) V. Pensée contemporaine, 1re année, p. 237. Définition de la philosophie scolastique. V. aussi 2e année p. 90-91.

(2) « Perpetuus et multiplex adhuc requiritur philosophiae usus, ut sacra theologia naturam, habitum, ingeniumque verae scientiae suscipiat atque induat » (Enc. AEterni Patris). — C'est la même vérité que l'abbé Hogan exprime en ces termes : « Bref, la théologie est si bien, dans toutes ses parties, une science philosophique, qu'on ne peut sans philosophie ni l'enseigner, ni l'apprendre, ni même en avoir une notion distincte et détaillée » (Les études du clergé, chap. III. Philosophie).

LOGIQUE

CHAPITRE II

DE LA LOGIQUE EN GÉNÉRAL

18. La logique. Son objet : ce n'est pas la réalité. — Par son nom même la logique nous fait connaître son objet. Logique vient de )é(cç, qui signifie la parole, surtout la parole intérieure et la faculté qui la prononce, c'est-à-dire la raison. Le mot )éYc;, signifie encore discours, science, raisonnement, etc. Or la logique traite de toutes ces choses, et voici comment.

Elle est la philosophie rationnelle (1), c'est-à-dire cette partie de la philosopphie qui s'occupe de la raison ellemême, considérée dans ses actes et ses conceptions, qui sont les êtres de raison (entia rationis) ou les objets réflexes de l'esprit (secundœ mentis intentiones), les idées prises comme telles (ens ideale). Ces êtres de raison, qui tombent sous la logique, n'existent pas tels que nous les concevons (ainsi les genres, les espèces, tous les universaux), mais ils ne sont pas néanmoins des êtres imaginaires (comme le Griffon et la Chimère) (2) ; ces objets réflexes

(1) « Logica est scientia rationalis, écrit saint Thomas, non solum ex eo quod est secundum rationem, sed etiam ex eo quod est circa ipsum actum rationis, sicut circa propriam materiam » (In libr. IV Metaph. lect. Iv).

(2) L'Académie a donc tort de confondre les êtres de raison avec les êtres fictifs ou de pure imagination. (V. Etre.)

ou secondes intentions de l'esprit, sont les objets sur lesquels se porte l'esprit lorsqu'il s'applique non plus à ce qui le frappe, mais plutôt à la manière dont il est frappé, non plus à ce que l'idée exprime et fait connaître, mais plutôt à l'idée elle-même et au mode de la connaissance. L'idée en tant qu'idée et opposée à la réalité est donc l'objet de la logique (1). Aux autres sciences le soin de s'occuper des réalités de toute sorte : l'homme, l'âme, Dieu, la nature, la société, etc. Elles embrassent tout et l'on ne voit pas ce qui pourrait rester à la logique dans le monde des réalités proprement ditès. Mais la logique considère le monde des idées : monde réel, sans doute, à certains égards, et qui est l'image de l'autre ; monde qui exprime plus de réalité, de perfection que le monde sensible n'en contient ; monde qui exprime l'absolu, suprême réalité, que la nature ne nous offre pas, mais monde idéal cependant, parce qu'il n'est pas réalisé au dehors de la manière que nous le concevons ; monde subjectif sous ce rapport ; ce qui fait que la logique, bien qu'elle soit universelle, se distingue profondément des autres sciences qui ont la réalité pour objet direct : Logica est omnia et nihil. On sent déjà les rapports étroits de la logique avec la réalité, qu'elle ne prend pas cependant pour objet. Puisqu'elle est la science de l'idée, elle est aussi la science du possible; car la marque du possible c'est de pouvoir être pensé. Or le possible est souvent bien près du réel qu'il enveloppe de toutes parts. De plus la logique, étant la science de la conséquence, est aussi la science du réel conditionnel. Si donc les principes, les prémisses, les hypothèses sur lesquels elle se fonde sont donnés, elle jugera de

(1) « Ens est duplex, scilicet ens rationis et ens naturae. Ens autem rationis proprie dicitur de illis intentionibus quas ratio adinvenit in rebus consideratis, sicut intentio generis et speciei et similium ; quae quidem non inveniuntur in rerum natura, sed considerationem rationis consequuntur ; et hujusmodi scilicet ens rationis est proprie subjectum logicae » (ib.).

la réalité elle-même. Bref, la logique n'est pas par ellemême la science de la réalité, mais, ajoutée à la connaissance de quelques réalités, elle donne toutes les sciences possibles. 19. Le logicien s'applique à s'entendre lui-même. — L'ordre des idées est donc l'objet de la logique, plutôt que l'ordre même des choses. Organiser ses concepts, ses jugements, ses raisonnements, telle est la préoccupation du logicien. La vérité qu'il cherche est d'abord subjective, c'est-à-dire qu'il s'applique surtout à s'entendre lui-même. Comme logicien, il se préoccupe de savoir si les conclusions sont bien tirées, avant que de se demander si elles sont vraies en elles-mêmes ; il s'étudie à mettre d'accord ses pensées, avant que de les accorder avec leurs objets. Ce n'est pas qu'il puisse se désintéresser du vrai. Mais il sait bien qu'il lui suffira ensuite de partir de principes certains pour le trouver et l'acquérir. Sans la logique, au contraire, il pourrait partir du vrai pour tomber dans le faux ou rencontrer le vrai par hasard, sans le reconnaître, et partant sans le retenir et se l'approprier.

20. Définition de la logique. — En déterminant ainsi l'objet et le but de la logique, nous avons justifié la définition suivante : La logique est la science ou l'art de diriger sa raison, de l'exercer avec méthode et facilité, en évitant l'erreur (1). La logique est l'art de chercher la vérité et de la trouver, c'est l'art de savoir et la science des sciences : Ars artium, ont dit les scolastiques, avant Bacon; Scientia scientiarum, a dit S. Augustin (2).

· 21. Autres définitions. — Or l'esprit cherche la vérité

(1) « Scientia quae est directiva ipsius actus rationis, per quam scilicet homo in ipso actu rationis ordinate et faciliter, et sine errore procedat » (S. Th. In libr. I Poster. lect. 1-2).

(2) Haec (disciplina disciplinarum, quam dialecticam vocant) docet docere, haec docet discere : in hac seipsa ratio demonstrat atque aperit quae sit, quid velit, quid valeat. Scit scire : sola scientes facere non solum vult, sed etiam potest » (De Ordine, lect. II, cp. 13).

par tous ses actes : pensées, jugements, raisonnements. De là diverses définitions de la logique, qui toutes sont Vraies pourvu qu'elles ne soient pas entendues d'une manière exclusive. Ainsi la logique est vraiment l'art de penser, comme le dit le logicien de Port-Royal. Seulement la pensée ne se développe et n'entre dans la vérité qu'autant qu'elle juge. On dira donc, avec d'autres auteurs, que la logique est l'art de bien juger. Mais les jugements scientifiques, ceux qui nous mettent en possession de vérités importantes et difficiles, sont le fruit de longs raisonnements. On doit donc ajouter, avec beaucoup d'autres, que la logique est la science du raisonnement, ou mieux encore la science de la démonstration.

Cette dernière définition, qui coïncide avec la nôtre, en la résumant, est la définition même d'Aristote (1). Elle est la meilleure ; car la démonstration est la fin de tout raisonnement et de tout exercice de logique. Celle-ci ne s'applique pas seulement à bien penser, à bien juger, à bien raisonner : elle s'applique aussi et surtout à bien conclure et à bien démontrer.

22. La logique et l'erreur. — Il arrive souvent que ces divers actes sont opposés les uns aux autres : on peut mal penser, mal juger et bien raisonner, c'est-à-dire tirer de légitimes conséquences. Ainsi font certains esprits, qui méconnaissent nombre de vérités essentielles, mais qui

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(1) « D'abord nous dirons le sujet et le but de cette étude : le sujet C'est la démonstration ; le but, c'est la science de la démonstration. » (I Analyt. c. I $ 1. — Trad. de Barth.-St-Hil.). — Ces définitions regardent surtout la logique formelle. Mais, à considérer tout l'objet de la logique, qui est le monde intelligible lui-même, par lequel nous connaissons ou nous expliquons le monde sensible, peut-être peuton la définir ainsi que nous le proposions dans la Revue de philosophie 1o année, oct. 1901 : « La logique est la science des idées, de leur nature, de leur valeur objective, de leur accord entre elles et avec les choses, de leur mutuelle dépendance et de leur harmonie, de leur emploi méthodique dans toutes sortes de démonstrations et de recherches » (p. 788).

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