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Ajoutons avec lui, en faisant toutefois les réserves nécessaires, que le principe de tous les désordres est dans l'erreur. Si l'erreur n'est pas la cause unique du désordre moral, du moins elle en est la cause première et très efficacace. Les hommes seraient bien près du repentir et de la vertu, s'ils étaient tous désabusés. Or, la philosophie vraie désabuse l'homme de ses erreurs les plus graves et les plus chères ; elle lui fait connaître sa fin dernière, le vrai bonheur, l'empêche de s'arrêter à des félicités trompeuses, à de vaines apparences du juste et du bien, pour l'attacher aux biens supérieurs et permanents. Elle tend à le mettre en paix avec sa conscience et avec ses semblables, à le soumettre librement et joyeusement à toutes les lois justes comme aussi à toutes les exigences de la nature et de la société. Il ne tient qu'au philosophe de devenir un vrai sage ; la sagesse occupe toujours les loisirs de ceux qui la cultivent et qui l'aiment, elle ennoblit leurs joies, soulage leurs peines et leur fait attendre, quoi qu'il arrive, une meilleure vie (1).

17. Services mutuels que se rendent la foi et la philososophie (2). * En louant ainsi la philosophie, nous supposons qu'elle s'est alliée avec la foi et que la sagesse humaine est devenue chrétienne. La philosophie ne change pas de nature au contact de la foi : elle demeure une science

(1) On peut appliquer, et à plus forte raison, à la philosophie, ce que Cicéron dit des belles-lettres : « Haec studia adolescentiam alunt, senectutem oblectant, secundas res ornant, adversis perfugium ac solatium praebent, delectant domi, non impediunt foris, pernoctant nobiscum, peregrinantur, rusticantur » (Pro Archia).— A la philosophie convient aussi, toute proportion gardée, l'éloge sans réserve que † ture fait de la sagesse. — Voir encore sur l'excellence et l'utilité de la philosophie : Lacordaire, Discours à Sorèze sur la philosophie : Dupanloup : Conseils aux jeunes gens sur l'étude de la philosophie et aussi : De la haute éducation intellectuelle, T. II, presque en entier. -- N'oublions pas S. Th. qui, au début de la Somme Cg. (lib. I, cp. 2), développe cette pensée : « Inter omnia vero studia hominum, sapientiae studium est perfectius, sublimius et utilius et jucundius ».

(2) Cf. nos 279 et 1254.

humaine, ne s'appuyant en définitive que sur la raison et l'évidence ; mais elle tire de précieux avantages de l'alliance qu'elle contracte. Averti par la révélation, le philosophe qui embrassait une conclusion fausse et pernicieuse, reprend soigneusement le fil de ses déductions ; il s'aperçoit bientôt que ce fil subtil s'était rompu entre ses mains et qu'il allait offenser du même coup, par une affirmation précipitée, la raison et la foi. La philosophie est donc redevable à la théologie, ou plutôt à la foi, et elle en dépend en ce sens ; mais cette subordination, comme on le voit, est libre et raisonnable. D'autre part, la foi et la théologie reçoivent, à leur tour, de la philosophie les secours les plus utiles. La philosophie, en effet, démontre l'existence de Dieu, la véracité divine et le fait de la révélation : suivant le mot d'Origène, elle sert donc de prélude au christianisme. Elle seconde ensuite la théologie, qui s'appuie essentiellement sur la révélation : elle établit une foule de vérités qui sont à la fois révélées et susceptibles de démonstration (ainsi les perfections divines, la spiritualité et l'immortalité de l'âme) ; elle explique jusqu'à un certain point et par des analogies les mystères de la foi, la Trinité, l'Incarnation, etc. Enfin elle défend la foi, soit en convainquant d'erreur ses adversaires, soit en dissipant leurs objections (1). Quelque part que se porte la foi, la philosophie la suit, pour la défendre et s'en éclairer tour à tour : elle réalise ainsi pour sa part l'alliance si féconde de la nature et de la grâce. Ajoutons que la philosophie est de nos jours plus néces

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(1) Cf. S. Th. : « Tripliciter autem in sacra doctrina philosophia uti possumus. Primo ad demonstrandum ea quae sunt praeambula fidei... Secundo ad notificandum per aliquas similitudines ea quae sunt fidei... Tertio ad resistendum his quae contra fidem dicuntur, sive ostendendo esse falsa, sive ostendendo non esse necessaria. » (Super Boet. De Trinit., q. II, a. 3.)— S. Augustin exprime la même pensée dans ce passage bien connu : « Fides per scientiam gignitur, nutritur, defenditur, roboTatur. »

saire que jamais. Non contents de rompre avec l'Eglise, nos adversaires poussent d'ordinaire la négation jusqu'à l'incrédulité et même jusqu'à l'athéisme. Ou bien, en bouleversant les données de la philosophie traditionnelle, ils altèrent le sens des dogmes, les vident de leur contenu et substituent à la religion véritable un sentiment religieux, une « expérience religieuse », qui admet indifféremment le déisme et le panthéisme. De là, le « modernisme », condamné par Pie X dans l'Encyclique Pascendi. En face de ces adversaires, la théologie est impuissante. Seule la philosophie, qui n'invoque en définitive que la raison peut leur offrir le combat et les obliger à respecter nos croyances, alors même qu'ils ne les partagent pas.

Léon XIII a insisté sur ces rapports de la foi et de la philosophie dans l'Encyclique AEterni Patris (De instaurandis studiis philosophicis secundum D. Thomae doctrinam, 4 août 1879) qui est comme la charte de la philosophie chrétienne et scolastique. Mais y a-t-il une philosophie chrétienne ? et qu'est-ce que la philosophie scolastique ? •

17 bis. La philosophie chrétienne. — A ne considérer que les premiers principes sur lesquels elle s'appuie, la philosophie n'est ni chrétienne ni antichrétienne ; sous ce rapport, elle est étrangère à la théologie et à la religion,

· elle n'est ni hostile ni favorable à l'une et à l'autre. Mais

il est clair que si l'on considère la philosophie dans les conclusions qu'elle ne peut décliner, elle ne pourra garder la neutralité : elle s'accordera avec la religion ou la contredira. Car elle doit se prononcer sur des questions telles que celles-ci : l'existence de Dieu et ses perfections, l'origine et la nature de l'âme, le libre arbitre, les fondements de la morale, la possibilité du miracle et de la révélation. Or la foi nous éclaire déjà sur tous ces points. Si donc la philosophie se rencontre ici avec la foi ou du moins ne la contredit pas, elle sera chrétienne et même catholique. Elle ne le sera point dans le cas contraire.

On ne peut donc soutenir qu'il y a pas plus de philosophie catholique qu'il n'y a de chimie ou de physique, et, en général, de science catholique. Il est vrai que lorsqu'une science n'a pas d'objet commun avec la religion (telles s0nt, en général, les sciences mathématiques et physiques), elle ne peut revêtir par elle-même aucun caractère religieux. Mais ce n'est point le cas pour les sciences morales et pour la philosophie. Il y a donc une morale chrétienne ; il y a un droit chrétien, une politique chrétienne, une économie politique chrétienne et, plus généralement une philosophie chrétienne et catholique. Il serait étrange, par exemple, que la philosophie d'un saint Thomas, si étroitement alliée à la foi et à la théologie, ne fût pas chrétienne (1). — Reste la seconde question :

Qu'est-ce que la philosophie scolastique? — La première définition qui se présente est tout historique et extérieure : « La philosophie scolastique est celle qui fut enseignée dans les écoles du moyen âge ». On dit de même : « La philosophie grecque est celle qui fut enseignée dans les écoles grecques. — La philosophie arabe est celle qui fut enseignée dans les écoles arabes. — La philosophie du xvIIIe ou du xIxe siècle est celle qui fut enseignée au xvIIIe siècle ou au xIxe siècle, etc. Mais cette définition ne nous suffit pas et nous voulons savoir de quelle philosophie il s'agit quand on nous dit, par exemple, que la philosophie scolastique est indispensable à une théologie profonde et qu'elle a tous les suffrages de l'Eglise (2). Voici donc la réponse qui nous paraît la plus satisfaisante :

« La philosophie scolastique est d'abord un esprit, c'est-à-dire que les scolastiques, de même que les Pères,

(1) Voir La Pensée contemparaine, 1re année p. 268. Rapports de la philosophie et de la théologie, où l'on critique l'opinion contraire de M. de Wulf dans son Introduction à la philosophie néo-scolastique.

(2) Dans son Encyclique Pascendi (8 sept. 1907), Pie X a renouvelé les prescriptions de Léon XIII : « Nous voulons et ordonnons, dit-il, que la philosophie scolastique soit mise à la base des sciences sacrées ».

qui furent leurs prédécesseurs et leurs maîtres, se préoccupèrent justement de mettre leur raison d'accord avec leur foi, d'expliquer l'une par l'autre et de les unir ainsi intimement. De là cet usage fort légitime de désigner indifféremment par le nom de « scolastique » soit la théologie, soit la philosophie de l'Ecole (1). Elle est ensuite une méthode. Car cette application de la philosophie à la théologie, cette explication philosophique des dogmes et de leur enchaînement, exige une méthode sévère, qui va droit au but, sans se préoccuper des élégances de la forme. Or, cette méthode trouvait son modèle principal dans la logique d'Aristote et dans les autres œuvres de ce philosophe. De là cette dialectique qui a prévalu généralement au moyen âge, du moins lorsque les traités d'Aristote eurent été assez répandus ; de là ce langage qui se borne rigoureusement à exprimer des idées, à énoncer des jugements et à les enchaîner. Cette méthode est confondue souvent avec la scolastique elle-même. Mais cette méthode, avec l'esprit dont elle est l'instrument puissant, sert à des constructions scientifiques. De là les systèmes philosophiques du moyen âge, parmi lesquels se fait remarquer le plus homogène et le plus grand de tous, édifié par saint Thomas, qui mit à profit tout le savoir de ses prédécesseurs et de ses contemporains. La scolastique, qui est d'abord un esprit, puis une méthode, aboutit donc naturellement à quelque système, bien qu'elle ne soit pas précisément tel ou tel système particulier : le thomisme ou le scotisme par exemple. Encore moins pourra-t-on dire que la philosophie scolas

(1) Ainsi comprise à la fois comme théologie et comme philosophie, la scolastique est une science mixte. Ce n'est pas que la philosophie et la théologie confondent leurs objets formels ; mais elles combinent les lumières de leurs principes propres pour éclairer les mêmes objets dont elles s'occupent l'une et l'autre à différents points de vue. On nous a opposé qu'il n'y a pas de science mixte. Mais il y a, au contraire, de l'avis de tous une foule de sciences mixtes : la psycho-physiologie, l'anthropologie, la géographie, l'esthétique, etc.

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