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les a presque égalés dans l'art de gâter un sujet par l'emploi des métaphores les plus ridicules, et par un style continuellement tendu et emphatique. Les religieuses capucines, devant lesquelles cette oraison funèbre fut prononcée, furent sans doute émerveillées des traits tantôt fulgurants, tantôt éroticomystiques de cette éloquence d'un autre siècle. Mais la cour, qui ne voit pas toujours tout en beau, ne partagea pas leur enthousiasme; car, aussitôt que l'Oraison funèbre eut été livrée à l'impression, l'édition presque entière fut saisie par ordre supérieur, malgré l'approbation du censeur royal Marin, et le permis d'imprimer bien et dûment signé de Sartine. « Cette Oraison funèbre a fait tant de bruit dans ce pays où « on rit de tout (disent les Mémoires secrets de Bachaumont, « tom. 3, p. 8), qu'il a fallu l'arrêter, et la police vient de la «, défendre, au moyen de quoi elle est très chère. On a saisi « 200 exemplaires dans la chambre de l'auteur. » Les mêmes Mémoires observent, avec une espèce de raison, « qu'à tra, « vers tout le galimatias et le ridicule dont elle est pleine ; « on découvre une imagination vive et ardente, un génie « hardi et fécond ». Nous trouvons dans la Correspondance littéraire de Grimm (tom. V, p. 58-61), quelques détails sur la personne de l'auteur et sur son ouvrage : « On ne s'attendoit « guère, dit le critique, à rire dans une occasion si lugubre. « Le R. P. Fidèle de Pau, capucin, a cependant trouvé le secret « de divertir Paris avec son Oraison funèbre. A peine avoit-elle « amusé la capitale pendant trois jours, qu'elle fut supprimée « par ordre supérieur. Après quoi l'archevêque de Paris ôta « au pauvre Père Fidèle ses pouvoirs de prêcher et de con« fesser. » Le P. Fidèle, doublement blessé, comme écrivain et comme prêtre, réclama vainement contre la décision qui le frappoit; Christophe de Beaumont resta inflexible. Le bon capucin crut suffisamment venger son honneur en décochant au prélat le trait suivant : « Convenez, Monsei« gneur, qu'il y a là dedans un peu de jalousie de la part de « M. l'archevêque de Toulouse. » Pour l'intelligence du bon

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mot , il faut savoir que M. de Brienne avoit prononcé et publié aussi une Oraison funèbre du Dauphin, qui avoit été« « fort peu goûtée. « Le R. P. Fidèle étoit d'ailleurs un ardent « défenseur de l'Église contre la philosophie de nos jours. Il « avoit fait, il y a quelque temps, un gros livre sous le titre « de Philosophe dithyrambique. Personne ne l'avoit lu : mais « l'auteur étant devenu célèbre par son Oraison funèbre, on « l'a cherché et on a trouvé de quoi s'y amuser. Cela est plein « de chaleur et plaisant à force d'injures. » Ce passage de Grimm nous inspira le désir de connoître l'ouvrage dont il parle. Quoiqu'un pareil livre ne puisse être, tout au plus, rangé que dans la catégorie des curiosités, et non parmi les raretés bibliographiques, nos recherches pour le découvrir furent d'abord infructueuses. Ayant parlé de leur inutilité devant M. l'abbé L. F., chanoine, nous fûmes fort étonné de rece*voir le jour même un exemplaire bien conditionné du Philosophe dithyrambique (1), que nous dûmes à l'obligeance discrète de ce respectable ecclésiastique. On saisiroit difficilement la signification du titre de l'ouvrage, si le facétieux disciple de saint François n'avoit pris soin d'expliquer lui-même le sens qu'il attachoit à ces expressions. « Les dithyrambes, « nous apprend-il, étoient des ouvrages obscènes faits en « l'honneur de Bacchus, productions d'ailleurs d'un style em« phatique, obscur, vrai galimatias. » Après une désinition aussi sensée, on doit conclure que ce n'est pas à lui-même que l'auteur applique le titre de son livre, mais aux philosophes dont il combat les doctrines. Il qualifie de libelles tous leurs écrits, quel qu'en soit le sujet ou le caractère, et confond dans le même anathème ceux qui les ont composés et ceux qui les lisent. Une certaine verve acrimonieuse anime ces véhémentes déclamations; mais les formes grotesques du style doivent en atténuer l'effet, et sont plus propres à exciter l'hilarité du lecteur qu'à le convertir. * -- , - rt 1 ,

(1) Paris, de Lormel, 1765, in-12, de XLVIII, 12, 4 et379 pag

Une ode intitulée le Déisme confondu , placée à la tête de l'ouvrage, ne nous laisse pas ignorer que le R. P. Fidèle aspiroit aussi au titre de poëte; mais ses succès dans ce genre ne nous paroissent pas devoir égaler ceux qu'il a obtenus comme orateur. Tout déiste est, à ses yeux, bien plus coupable que l'incrédule : - - # ,! .. , , Il n'est plus de règne payen : .. .. , Déiste ! toi seul tu t'égares ; | | | Moins éclairé que les Bulgares . · '. | Tu n'es ni Grec, Juif, ni chrétien. : o - | Tout ceci nous a éloigné de l'Oraison funèbre du Dauphin, à laquelle nous devons revenir pour achever de faire connoître une composition oratoire extraordinaire de tout point. La citation d'un seul passage, pris pour ainsi dire au hasard parmi tant d'autres qui ne lui cèdent en rien pour la singularité des pensées et du style, suffira pour donner une idée de la manière transcendantale de l'auteur : , « Et vous (madame la Dauphine), qui puisâtes dans son « sein la gloire et les plaisirs de vos jours ! vous, qui voyez t « les caractères de sa tendresse gravés sur le front de vos « enfants ! Vous, l'amour de son âme, dont le cœur est pour« suivi nuit et jour par son ombre encore votre amante ! dites«- nous, ô princesse de douleur ! si le DAUPHIN fut pour vous « un prince du bel amour ? Les seules larmes de l'épouse font « ici l'éloge du mérite de l'époux , les pleurs d'Artémise ont « immortalisé Mausole; mais pour ne rien donner aux vivants " « aux dépens des morts; ce fut à Fontainebleau la pieuse ten« dresse qui déplorait le sort de l'amour vertueux, l'incor« ruptible pudeur qui s'épuisoit en soupirs sur la perte de son « intime compagne, l'inviolable fidélité; ce furent les Grâces « plongées dans un océan de douleurs par le commerce à « jamais interrompu de leurs innocents et délicieux plaisirs ; « et aujourd'hui encore, c'est la DAUPHINE dans son veuvage

« trop accablée de langueur pour 'avoir été tant aimée d'un · DAUPHIN'trop aimable : ô horreur ! quel crime de la nature ! que la séparation de ces deux cœurs à qui la sympathie des plus nobles penchants ne faisoit pousser qu'un même « soupir ? cœurs bienheureux, dont l'union retraçoit l'image « dés félicités éternelles ! » * ! • Nous ne terminerons point cet article sans observer que M. Peignot a omis de comprendre le P. Fidèle parmi les orateurs bizarres dont il donne le dénombrement dans son Prédicatoriana, et que M. Quérard, lui-même, ordinairement si exact, n'a pas fait mention de l'Oraison funèbre du Dauphin dans sa France littéraire; nous ajouterons que les auteurs des Mémoires de Trévoux, si indulgents d'habitude pour les écrivains religieux, n'ont pu s'empêcher de convenir que le R. P. Fidèle s'étoit rendu très célèbre par la singularité de son style (1). • • • • " • • ' ' J. L. : o !

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Le Diable bossu. Nancy, chez Dominique Gaydon, , imprimeur et marchand libraire, sur la place de la Ville Neuve; 1708, pet. in-12 de XVI, 4 ff. de table et 274 p. avec frontispice gravé. " " • " #

De tous les ouurages qui ont été faits à l'imitation du Diable boîteux, ce volume presque elzévirien est un de ceux qui ont conservé le plus de prix aux yeux des bibliophiles. Est-ce son mérite intrinsèque, ou bien sa rareté, qui lui ont valu cette espèce de vogue qui se soutient encore ? L'examen rapide que nous allons en faire aidera peut-être à la solution Cette

question. · o · . o ' , ' ! »', " # , . Le frontispice gravé, dans le genre d'Harrewyn, donne une première idée du sujet de l'ouvrage. Il représente le Diable

(1) Mémoires pour servir à l'Histoire des Sciences et des Beaux-Arts, juillet 1767, pag. 155.

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boîteux qui enfonce d'un coup de béquille le dos du Diable bossu et en fait sortir une quantité de rapports que celui-ci avoit l'intention de soumettre au consistoire de Lucifer, comme preuves authentiques de son heureuse activité pour conduire à mal l'espèce humaine. Mercure, qui les observoit l'un et l'autre, relève et recueille ces rapports qui étoient tombés à terre, et les sème adroitement en diverses contrées de l'Europe, afin qu'ils puissent servir de leçon aux personnages de toute condition auxquels il les destine. « C'est, dit l'éditeur, un recueil de cinquante histoires plus « propres à remettre les hommes dans le bon chemin que la « simple morale du Diable boîteux; elles sont tirées principa« lement de Théophile Raynaud, si connu, et de Jean-Victor « Le Roux, insigne Romain, qui a déguisé son nom en grec , « et se qualifie de Janus Nicias Erysthneus. » La plupart de ces histoires si édifiantes consistent en récits de miracles opérés par l'intercession des saints ou de la Vierge ; chaque histoire porte un titre particulier qui se réfère à son objet, et qui a presque toujours pour dénouement la confusion de l'Ange des ténèbres. Ainsi on voit défiler successivement sous ses yeux le Diable pendu et dépendu, le Diable fustigé, le Diable dans son trosne, etc. Le héros de l'ouvrage appelé Montgibel, par allusion à sa gibbosité, accompagne chacune de ces historiettes de réflexions, par lesquelles il se plaint de la résistance des justes et se félicite de la chute des pécheurs. Sous une apparence de crédulité, l'auteur rapporte les légendes les plus absurdes. A la contexture même de la narration, il n'est guère permis de douter qu'il n'ait eu l'intention de les tourner en ridicule. Nous ne pouvons donc partager, sous ce rapport, l'opinion de Jacques Bernard qui, rendant compte de ce petit roman dans les Nouvelles de la République des Lettres, a pris au sérieux toute cette fantasmagorie. « C'est une pîèce « sansart et sansgénie, dans laquelle on ne trouve que visions, « apparitions, esprits, gens coupés en morceaux par des « diables avec un grand couteau ; âmes sorties du purgatoire,

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