Obrazy na stronie
PDF
ePub

Conditions de la souscription.

Les Annales paraissent à la fin de chaque mois par cahiers de 80 pages, avec Gravures ou Caractères étrangers. Le prix d'abonnement est de 20 francs par an.

S'adresser au Directeur, rue de Babylone, n° 10.

CONCORDANCE ET PRIX
Des Séries et de la Collection des Annales.

pre série. 2e série. ze série. 4e serie. 5e série,

12 volumes.

7 vol. 20 vol. 20 vol. 3 vol.

tome 1 à 12. Prix : 4 fr. le vol. t. 13 à 19.

4 fr. le vol. t. 20 à 39.

4 fr. le vol. t. 40 à 59. divers prix. t. 60 à 62.

10 fr. le vol.

Chacune de ces séries et terminée par une table générale des matières, de la série.

Chaque volume se vend séparément, et l'on donne des facilités pour le payement.

7 ANNALES PHILOSOPHIE CHRÉTIEN N E.

Numéro 19. Duillet 1861.

DE

Morale Philosophique.

LES PHILOSOPHES AVANT LE CHRISTIANISME.

CINQUIÈME ARTICLE 1. Systèmes de Platon et d'Epicure. La création niée par la philosophie. -ri

gine phi.osophique du monde et du genre humain. Le poëte Lucrèce; Cicéron; Horace.

Formation du langage.

« Je ne sais, écrit Cicéron, comment il ne se peut rien dire » de si absurde, qui ne soit dit par quelque pbilosophie?. » Cet étonnement d'un si bean génie et cette naïveté, qui nous font sourire, ne sont pas moins d'un grand sens. Comment, en effet, accorder la merveille de la raison humaine avec tant d'ineptie dans l'investigation de la sagesse, le plus digne objet de la raison ? Ce que Cicéron ne pouvail comprendre, le simple Catholique, mais le catholique senil le comprend aisément; c'est que la sagesse veut être cherchée pour elle-même, en toute simplicité. Autrement on s'y ingénie en vain; l'esprit le plus capable alors risque le plus de s'abuser par son gré superbe de tout pénétrer et de tout adapter à sa conception. Les vérités les plus hautes, les plus salutaires, n'intéressant que sa curiosité, au lieu de les admettre et de les suivre docilemeni, il en contemple le riflei en lui-même avec une oisive et indépendante complaisance; et ce subtil pirage, qui ne fait que l'en éloigner, le laisse toujours dans une plus grande incertitude et une plus grande présomplion. Que sera-ce, lorsque rompant avec tout enseignement de la tradition et fermant les yeux à la magnifique révélation des choses visibles, une intelligence, que les plus hardies épreuves devraient convaincre de son ignorance, se jette de propos délibéré, dans le vague obscur de l'imagination pour y découvrir l'essence et l'origine des ètres, la possibilité d'une cause première, ce qu'elle doit être, ou plutôt, ce qu'on veut qu'elle soit?

1 Voir le 4e article dans les Annales, t. xiv, p. 7 (4e série) : Les philosophes avant le chri-tianisme, systèmes de Platon et d'Epicure.

2 De Divinot., 11, 54. Nescio quomodo nihil tam absurdè dici potest, quod non dicatur ab aliquo philosophorum.

Un Rationaliste allemand disait à ses disciples en terminant une leçon : « Demain, messieurs, nous ferons Dieu. » Le mot est très-moderne, mais non l'idée, si l'on peut appeler cela une idée. La Philosophie a débuté par là; ce sera jusqu'à la fin sa manie d'en faire une question à discuter et de nous montrer comment elle s'y entend, c'est-à-dire comment elle ne s'y entend pas. Tout ce que le plus habile philosophe a pu concevoir de mieux a été un amalgame incompréhensible de deux principes, l'un actif, l'autre passif; Dieu et la matière, un Dieu éternel ordonnateur d'une matière éternelle. Or, si le langage a une signification, qui dit éternel, dit une existence absolue, immuable, puisque le moindre changement de contrainte dénoterait faiblesse, et le moindre désir de mieux, défectuosité; et pour quiconque admet un pur esprit rien ne pouvant être plus dissemblable que l'esprit et la matière, l’esprii devra éternellement dédaigner la matière, qui lui est inutile, tandis que la matière ayant sa perfection dans son inertie même, devra éternellement résister, sedet æternumque sedebil?, sans laisser jamais aucune prise sur elle; mole suå stats.

Mais la philosophie n'y regarde pas de si près; son art et sa gloire étant d'harmoniser les contraires, selon son expression, elle veut que le principe actif, arbitre universel de l'espace, de la forme et du mouvement, habite la matière avec tout pouvoir de l'animer, mais non de s'en dégager jamais. En sorte que l'intelligence ordonnatrice, le principe supérieur, manquerait de la plus noble faculté, la plus précieuse aux

'S. Aug. (De civitate Dei, viii, 4) admet Platon pour celui qui a surpassé tous les autres, et il en expose le système « autant qu'il est possible de le saisir, ► attendu qu'il n'est pas aisé de distinguer dans les écrits du grand philosophe a ses propres opinions. »

· Virg., Eneid., ix, 617. 3 Ibid., x, 771.

philosophes, celle de l'indépendance; et que la matière passive, le principe inférieur, dont nous senlons si tristement les pesantes et variables entraves dans nos corps, tiendrait son moteur captif, comme un pauvre animal, encagé dans une roue de treillis pour la mettre en branle et faire agir un soufflet de forge. En un mot la matière dominerait en réalité, quoique très-innocemment, sans le vouloir ni le savoir, ce qu'il faut bien noter, au grand contentement de la philosophie; car pour elle tout est là. Elle ferait bon marché du reste de sa doctrine, pourvu qu'on lui laissât ce point secret et cher.

La Philosophie ne conçoit pas autrement l'infini, qu'elle compose de deux éternités adverses. L'Eclectisme moderne, qui ne veut pas s'avouer Panthéisme, donne, il est vrai, du système platonique, une explication destinée à le parfaire lumineusement, en rendant évidente l'absurdité de la croyance chrétienne touchant la création. On nous avertit donc avec un sourire de superlative perspicacité, que le néant n'étant rien, on n'en peut rien tirer, et équivoquant sur le sens figuré du mot, on redresse tout ensemble, l'argument du poëte Lucrèce et la croyance chrétienne par cet expédient mitoyen, savoir, que Dieu tire tout de lui-même, y compris la matière.

Je ne sais si cela est bien neuf; du moins, saint Thomas l'aurait prévu, quand il définit avec sa netteté habituelle que créer veut dire faire de rien quelque chose1; mais plus on a d'intelligence, plus on est à plaindre de préférer, comme une idée plus sensée, l'émanation à la création de la matière. O prodigieux penseurs, qui avez trouvé le secret divin, faites mieux encore; qui vous em êche d'ajouter à l'affirmation l'irrésistible démonstration du fait! Mettez-vous à l'æuvre, produisez à nos yeux, tirez de vous-mêmes par un seul acte de votre intelligence, je ne dis pas, un diamant, un lis, donneznous seulement un grain de sable, une goutte de rosée. Car si vous avez deviné juste, si la matière est un produit de l'esprit, si elle en a été tirée, toute intelligence individuelle étant, selon vous encore, une émanation de l'intelligence universelle, que vous déclarez nécessairement productive, la votre doit avoir la même faculté de produire, en proportion; vous devez, à

Summa, 1 pars, q. 45, art. 1, 2, ʻou nos 238, 239.

votre gré, inventer de la matière, la multiplier au moins et l'étendre. Cela aurait dû même se voir depuis longtemps, sinon de tout lemps. Les Fouriéristes l'ont espéré comme un progrès indubitable de la perfectibilité humaine, et en déduisant cette conclusion très-logiquement folle de votre système, ils en ont dévoilé l'inanilé ridicule. Car qui pourrait, avec son intelligence, ajouter à sa taille la hauteur d'une coudée '? mot si divinement simple, qni tout en nous convaincant si bien de notre débile nalure, nous fait une condition autrement baute que les rêves puérils d'une insolente raison.

Au reste, le système platonique a bien pu enlever l'admiration, non l'adhésion de ses partisans ni de son auteur luimême. L'auteur ne savait à quoi se fixer?; les plus grands admirateurs n'ont jamais adopté son système que comme une hypothèse, dont on prend et on laisse ce qu'on veut; et qui pis est, quand il semblerait que tous les hommes d'esprit auraient dû s'y rallier, le système d'Epicure prit beaucoup plus de faveur. Le plus grand, le plus fameux génie de la Grèce fut vaincu par un des hommes les plus médiocres et les plus obscurs. Car Epicure et ses premiers disciples n'ont pas eu la moindre renommée de leur vivant. Quoiqu'ils babitassent en commun aux environs d'Athènes, ils n'étaient pas connus à la ville. Métrodore, qui mourut le premier, disait dans une lettre, dont Sénèque a extrait cette particularité remarquable, que leurs noms deviendraient célèbres par ceux qui suivraient leurs traces

Quelle humiliante concurrence! Quoi de plus opposé au platonisme que le système épicurien, qui fait sortir la vie de ce qui ne l'a pas“, attribuant un résultat intelligent à une combinaison fortuite d'atomes? - Ce qui suppose nécessairement de deux choses l'une, ou que l'intelligence est dans la matière, et alors elle y serait toujours et partout; on l'y verrait

'S. Matth , vi, 27, et 25, 26: Nonne anima plus est quàm esca?... Nonne vos magis pluris estis ? Qu'on relise tout ce passage de l'Evangile et qu'on se demande si jamais on a rencontré ailleurs une idée aussi haute, aussi aimable de la toute-puissance créatrice et de la dignité humaine ? 2 S. Aug., De civitate, vini, 4, 8, 10.

Sen., Epist. 79. * S. Aug., De civ. viii, 5: à rebus pon vivis, res vivas fieri posse credunt.

3

« PoprzedniaDalej »