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commode à bien des savants, parce qu'il n'existe aucune collection qui comprenne ce qui a été réuni dans celle-ci. L'exécution typographique fait le plus grand honneur à l'Imprimerie impériale et à l'auteur, qui a lui-même composé les parties difficiles de l'ouvrage.

Jules Mohl, de l'Institut.

Biographie catholique.

NOTICE
SUR LA VIE, LES ÉCRITS ET LA MORT
DU R, P. VENTURA DE RAULICA,

Le vendredi 2 du mois d'août dernier, est mort à Versailles · le R. P. G. D. Joachim Ventura, baron de Raulica, l'un des hommes éminents de l'Italie, et nous pouvons dire celui qui, parmi ses compatriotes, comprenait le mieux le malaise de la société actuelle, en signalait les causes avec le plus de persévérance et en indiquait le remède avec le plus de précision. Le mal, disait-il avec raison, est dans l'enseignement tel qu'on le donne à la jeunesse; le remède dans un enseignement plus intelligent et plus chrétien. Les politiques, les philosopbes, les théologiens, auront beau chercher d'autres remèdes; aucun n'aboutira.

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Le P. Ventura naquit à Palerme, en Sicile, le 8 décembre 1792, de D. Paul Ventura, baron de Raulica, et de D. Catherine Gatinelli. C'est dans cette ville qu'il fit ses premières études qu'il termina à l'âge de 15 ans. Peu de temps après, par déférence pour le désir de sa mère, il entra chez les PP. Jésuites de Palerme, qui lui confièrent aussitôt leur chaire de rhétorique.

Cette maison ayant cessé d'exister, il entra, en 1817, dans la Congrégation des Clercs réguliers, appelés communément Théatins, alors qu'il était âgé de 25 ans.

Le 6 juillet 1818, il fut ordonné prêtre, et s'adonna tout d'abord à la prédication.

En 1819, ses supérieurs, qui avaient reconnu tout le mérite du jeune religieux, le firent passer de Palerme à Naples, où il continua à prêcher dans les différentes églises. C'est là qu'il

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composa son premier écrit qui a pour titre : La causa dei regulari al tribunale del buon senso, et où il révéla une grande aptitude pour la polémique.

2. - Le P. Ventura réforme la philosophie, qu'on lui a enseignée. C'est ici qu'il convient de placer le changement qui se fit dans son esprit et la voie nouvelle dans laquelle il entra, et qu'il suivit constamment toute sa vie. C'est lui-même qui va nous l'apprendre. Voici donc ce que nous lisons dans la Préface d'un ouvrage publié en 1828, et dédié à un apologiste nouveau, Châteaubriand :

« Quoique ayant éludié la Philosophie sous les maîtres les » plus pieux, cependant, sous leur conduite et leur autorité, » j'avais été imbu des axiomes de la philosophie de Locke et de » Condillac, avec une sorte de téméraire tranquillité, comme » cela arrive au premier âge. Pendant que je tenais à cette mé» thode avec opiniâtreté, avec sécurité et presque avec une » sorte de fureur, je lus par hasard, ou plutôt par une protec

tion toute divine, les écrits des récents philosophes français, » et principalement ceux du très-docte vicomte de Bonald. » Après les avoir étudiés avec le soin qu'ils méritent, je compris la cause de toutes les inepties, tromperies, délires, » crimes philosophiques du dernier siècle, et, effrayé du danv ger et de la difformité de si grandes erreurs, je compris » aussi qu'il me fallait renoncer aux principes que l'on m'avait » donnés. C'est alors que je me mis à passer en revue les der» niers siècles de la Philosophie et à examiner tous les sys» tèmes récents, et, ne trouvant aucun principe sur lequel je » pusse me reposer, je me réfugiai vers la méthode de l'école, Det je m'y reposai. J'entrepris d'expliquer et de perfectionner, » non les paroles et les mots, mais les principes et la théorie de » cette école 1.

Telle fut la conversion opérée dans l'esprit du P. Ventura. Ce inême changement se fera chez toutes les personnes qui, non aveuglées par un enseignement reçu de confiance, examineront attentivement la sociélé actuelle, et dans quel moule elle a été coulée. Le premier volume où se fit sentir l'influence de sa nouDe methodo philosophandi ; dedicatio, p. 111, Pars 1"; in-8°, Rome, 1828.

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velle philosophie fut un Essai sur l'influence du 16e siècle, vo lume qui n'a pas été traduit en français.

Plusieurs autres ouvrages sortirent alors de sa plume; il créa, encouragea et soutint diverses Revues, par des articles qui tous annonçaient un apologiste nouveau et solide des doctrines chrétiennes et sociales. Aussi fut-il nommé censeur de la presse et membre du conseil royal de l'instruction publique. On comprend que son influence dut être grande dans ces diverses fonctions.

Les nouveaux principes, exposés en chaire, avec l'éloquence et la force naturelle du prédicateur, durent impressionner les peuples et appeler sur lui l'attention du gouvernement et de ses supérieurs.

Aussi, dès la fin de 1824, ceux-ci l'envoyèrent Roine, comme Procurateur général de leur ordre. C'est ici que l'altendaient de nouveaux succès.

3.

- Le P. Ventura est appelé à Rome. Son influence. Pie VII venait de mourir le 22 août 1823, après un pontificat de 23 ans, 5 mois et 8 jours, et Léon XII était monté sur la chaire de saint Pierre, le 27 septembre suivant. Le nouveau pontife voulut faire célébrer un service pour son prédécesseur, et une oraison funèbre devait être prononcée. C'était un sujet délicat et difficile, à cause des diverses phases de la vie de Pie VII. Le P. Ventura fut choisi pour cette æuvre difficile. C'est là que, faisant l'application des vues nouvelles que ses études lui avaient données pour la compréhension des grands événements qui s'étaient passés sous le pontificat de Pie VII, il montra le doigt de la Providence guidant le saint pontife dans tous les actes de sa longue carrière.

Nos lecteurs aimeront à connaître ce discours par le jugement qu'en porte un homme qui, fidèle à toutes les bonnes causes, a aussi lui-même contribué à changer la direction funeste donnée trop longtemps à l'enseignement. Voici comment s'exprime M. Laurentie dans un hommage rendu à la mémoire du P. Ventura, son ami :

«Le Pape Pie VII venait de mourir : le P. Ventura fut appelé à prononcer son Oraison funèbre, magnifique sujet d'élo» quence, par la variété de fortunes qu'avait traversées le doux » Pontife; sujet délicat par quelques-unes des circonstances » dont les opinions du temps étaient encore tout émues. Le » P, Ventura traita avec liberté ce qui était grand, et avec

dextérité ce qui élait difficile; et ce n'est pas aujourd'hui un » médiocre sujet de méditation que d'étudier avec l'orateur ce » grand événement du Concordat, où l'on avait vu l'Eglise » gallicane, accoutumée à restreindre le pouvoir de la Pa» pauté, tomber tout entière et disparaître sous la décision » souveraine du Pape, mystérieux démenti donné à des théo►ries d'école, mais touchant exemple de soumission et éter» nel honneur du clergé de France. Ce n'était pas la seule » question qui s'offrait à l'apologiste; le couronnement de l'Em» pereur était une question plus délicate encore. Le P. Ventura > s'en fit une force philosophique pour mettre en relief la » puissance de l'Eglise, sans laquelle Napoléon semblait dou» ter de la sienne; et ainsi le jeune Théatin ramenait les » grandes révolutions de pouvoir que le siècle avait vues, aux » thèses catholiques que ces révolutions avaient voulu ren» verser pour tout soumettre aux lois de la force 1.

» Ce discours du P. Ventura est une de ses belles cuvres. » Il excita à Paris quelque plainte. L'abbé de la Neuville2, un » des rares prêtres restés rebelles au Concordat, le dénonça au » roi dans un écrit qui ne fut guère aperçu. Alors le bon sens

régnait dans la politique, et le regret du passé cédait à la » pratique des choses, ce qui n'empêchait pas les partis de » faire du regret le plus grand des crimes et un motif suffi» sant de révolte et de révolution nouvelle 3. )

Léon XII voulut s'attacher plus intimement l'homme émi nent dont les principes et l'éloquence faisaient une si profonde impression sur les esprits, et il le nomma, en octobre 1825,

· Cet éloge publié à part à un grand nombre d'exemplaires se trouve aussi dans le volume ayant pour titre : Elogi funebri del P. Ventura, teatino; Rome, 1827. On y voit de plus l'Eloge du mathématicien Nicolas Fergola.

2 Voir la Lettre à S. M. Charles X, roi de France, contre le couronnement de Buonaparte, par Lequien de la Neufville; in-8° de 40 p. Paris, 1827. C'était un prêtre rebelle au Pape, et grand adversaire de l'apparition de la croix de Migné.

3 Union, du 11 août 1861.

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