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de Tours, dans son passage, a rapproché la légende de saint Saturnin de celle de saint Ursin, mais cette dernière, que l'on peut lire dans l'abbé Faillon 4, ne se contente pas de citer le nom des évêques, elle ajoule ce qu'a omis de faire Grégoire de Tours, « qu'ils avaient été envoyés par les Apôtres. » Voici en quels termes s'exprime le légendaire :

« Sanctissimus igitur ac de septuaginta Domini Jesu Christi discipulis Ursi• nus, Biturigæ urbis primus fuit episcopus, qui a sanctis Apostolis ab urbe » Roma, cum pretiosissimo protomartyris Christi Stephani sanguine, comiti

busque, qui sunt sanctus Dionysius, Parisiacensis ; sanctus Saturninus, Tho» losensis ; Trophimus, Arelatensis ; Paulus, Narbonensis. »

Le nom de saint Martial avait été raturé dans le manuscrit, ajoute l'abbé Faillon 2.

Il peut paraître extraordinaire à nos lecteurs que nous accusions saint Grégoire d’inexactitude, mais qu'on nous pardonne cette hardiesse par les explications suivantes.

Saint Grégoire de Tours raconte 3 que les martyrs d'Anay, à Lyon, souffrirent après saint Irénée; Ruinart prétend, au contraire, que saint Irénée fut martyrisé sous Sévère (160), et que les martyrs périrent sous saint Pothin. Grégoire de Tours prétend que sous Dèce parut l'hérésie de Valentin; mais Valentin fut réfuté par saint Irénée et Tertullien qui vécurent longtemps avant Dèce.

Le même historien rapporle à l'empire de Dèce les martyres de saint Sixte, saint Laurent et saint Hippolyte; mais saint Sixte, contemporain de saint Laurent et de saint Hippolyte, succéda à saint Étienne en 257, et Dèce était mort en 255.

4° Nous affirmons que dans le passage de saint Grégoire de Tours on trouve des faits dont on démontre historiquement la fausseté.

Voici nos preuves :

Grégoire de Tours raconte que, sous Dèce, Trophime fut envoyé à Arles. Erreur; sous Dèce il y avait à Arles un évêque hérétique nommé Marcien, qui fut dénoncé au pape saint Étienne et à saint Cyprien de Carthage par les évêques de la province de Lyon. « Il faut, dit le grand évêque d'Afrique, » s'adressant au Pape, que vous écriviez à nos collègues dans » l'épiscopat qui sont établis dans les Gaules, de ne plus » souffrir les insultes de cet orgueilleux et opiniâtre Mar» cien 1.)

1 Histoire de sainte Magdeleine, tome 1, p. 423. ? Id., t. II, p. 419. 3 Hist. Franc. liv. 1", C. 27. Patrol. lat., t. 71, p. 174.

Du reste, une lettre écrite au pape saint Léon (420) vient encore corroborer cette opinion; il faut, écrivent dix-neuf évêques de la province d'Arles « que l'on sache que toutes les » provinces de la Gaule reconnaissent que la cité d'Arles est » la première qui ait mérité de recevoir saint Trophime pour

pontife, envoyé par le bienheureux apôtre saint Pierre ? »

5° Enfin, nous sommes obligé d'affirmer que plusieurs partisans de Grégoire de Tours reconnaissent que ce passage est fectueux.

Longueval et Denys de Sainte-Marthe sont forcés d'avouer que Grégoire de Tours s'est trompé à l'égard de saint Trophime 3. Fleury soutient que saint Trophime et saint Paul de Narbonne sont venus dans les Gaules au 1er siècle.

Tillemont soutient que les sept évêques ont pu évangéliser la Gaule sous le règne de Philippe.

Longueval est du même avis.

Bosquet, dans son Histoire ecclésiastique des Gaules, croit que les sept évêques ont pu être envoyés séparément et à diverses reprises.

La conclusion finale à tirer de toutes ces démonstrations, c'est que saint Grégoire de Tours a pu se tromper. Dieu nous garde cependant de vouloir attaquer la bonne foi, les admirables qualités et les vertus de ce grand évêque. N'oublions pas le courage qu'il a montré dans de graves circonstances;

1

Quapropter facere te oportet plenissimas litteras ad episcopos nostros in Galliis constitutos, ne ultra Marcianum pervicacem et superbum... collegio nostro insultare patiantur. (Epist. 67, dont le texte est parmi celles du pape Etienne. Patrol, lat., t. II, p. 993).

- Omnibus etenim regionibus Gallicanis notum est, sed nec sacrosanctæ Ecciesiæ Romanæ habetur incognitum, quod prima intra Gallias Arelatensis civi. tas, missum à beatissimo Petro apostolo sanctum Trophimum habere meruit sacerdotem. (S. Leonis Epist. 65, dans Patrol. lat., t. 54, p. 880).

: Histoire de l'église Gal ne. Dissert. prélim. 1re propos.

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n'oublions pas non plus cependant, que s'il est le père de notre histoire de France, il n'en est pas le modèle, ajoute un biographe; il n'a mis de choix ni dans les faits, ni dans les expressions. Et d'ailleurs, à l'époque où il vivait, la critique historique était une science inconnue. Aussi répéterons-nous avec l'abbé Faillon « qu'on ne doit point être étonné si saint » Grégoire de Tours n'a pas connu l'histoire des fondateurs de » nos Eglises, dans un temps surtout où il n'y avait encore > rien d'écrit là-dessus et où les communicalions étaient » bien plus difficiles et bien plus rares qu'elles ne sont aujourd'hui 1. »

»

II

L'opinion de Grégoire de Tours réfutée, examinous si celle de Sulpice Sévère a plus de valeur.

Cet historien s'exprime ainsi :

« Sub Aurelio deinde Antonini filio persecutio quinta agi». tata. Ac tum primum intra Gallias martyria visa, seriùs » trans Alpes Dei religione suscepta ?. »

Le passage de cet écrivain a besoin d'être commenté dans ses moindres expressions :

1° Il dit que sous Marc Aurèle, en 177, on vit pour la première fois des martyres dans les Gaules. Nous voilà déjà bien loin de l'empire de Dèce et de l'année 250;

2° Remarquons l'expression martyria au lieu de martyres, c'est-à-dire des perséculions en masse, au lieu d'exécutions isolées;

3. L'expression suscepta veut dire que l'Évangile fut embrassé, accepté et non prêché ; c'est ce que nous explique très-bien Orose, contemporain de Grégoire de Tours. Pour en finir avec cet auteur, nous citerons l'opinion qu'en avait le célèbre Baronius, un des plus grands critiques dont s'bonore l'Eglise:

a Cet auteur, dit-il, était peu exact et contrariait sans fonde>> ment Tertullien et Eusébe; on voit dans la bibliothèque des

'Abbé Faillon, tome it, p. 382.
? Histor. sac., 1. 11, c. 32. Patrol. lat., t. 20, p. 147.

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» Pères qu'une partie de ses euvres a été rejetée comme apo» cryphe. »

Nous avons traité l'évêque de Tours et Sulpice Sévère un peu rudement. Que faut-il en conclure? Les partisans quand même de ces deux historiens crieront au scandale , et allégueront comme circonstances atténuantes : la sainteté de l'évêque de Tours, son caractère épiscopal , ses connaissances variées et extraordinaires dans le siècle tout barbare où il a vécu. Mais toutes ces raisons sont déplacées dans la thèse historique que nous traitons. Dieu nous garde de contester à l'évêque de Tours le caractère de sainteté que lui reconnaît l'Eglise catholique. Nous savons, tout aussi bien que ses admirateurs, que plusieurs fois il fit entendre aux rois de la terre un langage qui n'était pas précisément celui du courtisan. Mais on peut être un savant et un saint prélat, et n'être qu'un médiocre historien : « Sum sine litteris rhetoricis et sine arte grammatica, » s'écrie le grand évêque en mauvais latin. Si le style défectueux était son seul défaut, nous adopterions ses opinions; mais dans ses ouvrages on ne trouve ni choix de malières, ni arrangement; c'est une confusion perpétuelle entre l'histoire ecclésiastique et l'histoire profane; les faits de peu d'importance y sont relevés avec une attention puérile; la science des dates, la chronologie, était, du reste, dans l'enfance au 6 siècle. Quant à la géographie, M. Jacobs, dans sa dissertation sur la géographie des ouvrages de Grégoire de Tours, nous prouve que ce saint évêque est tombé souvent dans des erreurs notoires. A qui la faute? aux temps barbares où a vécu notre historien, à la difficulté de contrôler les manuscrits les uns par les autres. La part faite aux défauts de l'auteur, l'Histoire des Francs de l'évêque de Tours n'en restera pas moins comme le plus précieux monument que nous ayons sur nos origines; l'auteur nous initie à une foule d'usages que nous aurions ignorés : parfois, lorsqu'il déplore les malheurs du temps et de son pays, son style acquiert une vigueur extraordinaire, et sa voix devient éloquente. Voilà Grégoire de Tours tel qu'il doit être jugé. Il est aussi imprudent d'admettre sans contrôle ses appréciations que de les rejeter avec dédain. Du reste, nous renvoyons les hommes

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désireux de s'édifier sur cet écrivain à la préface de Dom Ruinart, et au troisième volume de l'Histoire littéraire de la France; on trouvera les Bénédictins beaucoup plus rigides que nous, après avoir fait toutefois des réserves auxquelles nous nous associons entièrement.

Grégoire de Tours et Sulpice Sévère sont jugés : leur autorité est suspecte. Passons à la seconde partie de notre travail. »

Telle est la première partie du travail de M. de Fages; dans un prochain cahier, nous citerons les preuves qu'il donne à l'appui de l'épiscopat de saint Georges dans le Velay.

A. BONNETTY.

NOUVELLES ET MÉLANGES.

ITALIE. ROME. - Ouvrages condamnés par la Congrégation

de l'Index.

(De la

Par décrets en date des 12 juin, 24 juillet, 7 août et 9 octobre derniers, approuvés par le Saint-Père le 9 du mois d'octobre, la S. Congrégation de l'Index a condamné les ouvrages suivants :

Défense des principales propositions de la thèse soutenue dans l'Université de Gênes, le 19 juillet 1860, par VOUTHIER. Gênes (décret du 9 octobre).

Della Costituzione civile del clero, e dell'incameramento de' beni ecclesiastici, Discorso di Francesco DINI. - Firenze, tipografia delle Murate. Constitution civile du clergé, el de l'incamération des biens ecclésiastiques, Discours de François Dini). – Florence, (même décret). Pro caussa italica ad episcopos catholicos, actore (sic) PRESBYTERO CATHOLICO.

Florentiæ, typis Felicis Lemonnier, 1861. (Aux évêques catholiques, pour la cause italienne, par un PRÊTRE CATHOLIQUE (le père Passaglia). - Florence'.

Il Pontifice e le armi temporali a difesa dello spirituale, come pretende la Civiltà cattolica di Roma, Lettere politico-morali d'un parroco piemontese ad un Monsignore romano. – Tipografia Guglielmini, 1861. (Le Pape et les armes temporelles d la défense du spirituel, comme le prétend la Civiltà cattolica de Rome, Lettres politico-morales d'un curé piémontais (décret du 12 juin).

Apologia dell opusculo intitolato : Il Pontifice e le armi temporali a difesa

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Nous ne savons pourquoi cet ouvrage du P. Passaglia ne figure pas dans la liste des livres condamnés donnée par la Civiltà cattolica, no 279, p. 363.

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