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Histoire ecclésiastique.

ORIGINES DU CHRISTIANISME DANS LES GAULES

OU

DISSERTATION SUR L'ÉPISCOPAT DE SAINT GEORGES,

Premier évêque du Velay'.

Comme tous nos abonnés le savent, les Annales, sont spécialement destinées à rectifier les erreurs historiques, d'après les recherches nouvelles, et plus consciencieuses que celles du 17e et du 18e siècle, qui se font de toutes parts en France; c'est pour cela qu'elles tiennent surtout à mentionner, et autant que possible, à enregistrer dans leurs pages, le résultat de tous les travaux qui ont pour but de prouver que nos Eglises doivent leur origine aux Apôtres ou à leurs disciples immédiats. Dans notre précédent volume ?, nous avons fait connaître la dissertation de M. l'abbé Arbellot, ayant pour but de prouver que saint Martial, 1er évêque de Limoges, était bien un disciple de saint Pierre, et qu'il en avait reçu la mission d'évangéliser cette partie de notre Gaule ; et nous avons publié le texte du Monument nouveau découvert par cet infatigable investigateur de nos origines. Or, voilà que nous venons de recevoir la Dissertalion dont nous avons donné le titre, et dans laquelle nous trouvons des recherches nouvelles sur les origines des Eglises de France, et sur celle du Velay en particulier. Nous ne pouvons que féliciter M. de Fages de ce travail. La réfutation du passage où Grégoire de Tours renvoie au ze siècle l'évangélisation de la Gaule, est solide, et nous pouvons dire décisive; et l'épiscopat de saint Georges est entouré de preuves telles qu'il est difficile de ne pas croire à sa mission apostolique. C'est de l'érudition sobre, ferme, allant au

Par Gabriel de Fages de Chaulnes, de la Société académique du Puy, de celle de la Lozère, et de la Société française d'archéologie. Brochure in-12 de 49 pages; au Puy, imprimerie de Marcheson, 1861.

2 Voir le cahier de mars dernier, t. II, p. 165. ve SÉRIE. TONE IV. – No 22; 1861. (63€ vol. de la coll.) 20

but, et comprenant, dans un petit nombre de pages, la réfutation d'un grand nombre de gros volumes. C'est ce qui nous décide à la consigner dans nos Annales, en ayant soin de rectifier quelques citations et d'ajouter les textes des auteurs, qui ne sont le plus souvent qu'indiqués. Car on sait que les Annales sont destinées à remplacer les auteurs mêmes qui ne se trouvent que dans les grandes collections, et que les travailleurs ne peuvent consulter qu'avec de grands frais et de grandes peines.

La Dissertation se divise en deux parties bien distinctes : dans la 1re, l'auteur réfute Grégoire de Tours, et donne les preuves de la prédication apostolique dans les Gaules. Dans la 2*, il établit la mission de saint Georges dans le Velay. Nous donnons aujourd'hui la 1re partie.

Après un court préliminaire, l'auteur entre ainsi en matière:

I

« La question de l'évangélisation des Gaules a donné paissance à deux écoles principales; l'une que l'on est convenu d'appeler légendaire, parce qu'elle soutient les légendes et admet la fondation de quelques Eglises dans les Gaules par les envoyés des Apôtres; les principaux écrivains de cette école sont:

De Marca', Dom Lirom ?, Jean Bou- | Millet 6, André du Saussay ?, Dudin donnet 3, Chiflet “, René Ouvrard ®, d'Hauteserre , François Pagi", Jean

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Epistol. ad Henr. Valesium de tempore quo primum in Galliis suscepta Christi fides, 1658, in-8°. ? Singularités historiques, t. iv, p. 50.

Réfutation des trois dissertations de M. Launoy touchant la mission apostolique dans les Gaules.

Dissertatio de uno Dyonisio primum Areopagita et episcopo Atheniensi, deinde Parisiorum apostolo et martyre, 1676, in-8o.

Défense de l'ancienne tradition des Églises de France en la mission des premiers prédicateurs dans les Gaules du temps des Apôtres. 6 Vindicata Ecclesiæ Gallic. de suo Dionysio gloria, p. 34. 1638, in-4".

De Myster. Gall. scrip., p. 302. Rerum Aquitan. lib. 1x, cap. 9.

De temp. prædicat. primum in Gallis (act. SS. tomo v junii).

5

3

8

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Smith', Bossuet ’, l'abbé Nadaux 3, , Rorhbacher", l'abbé Faillon ", l'abbé
Oroux, le chanoine Devoyon ", Dom Arbelot 13, le Père Gaydon", l'abbé
Pioline, l'abbé Darras ’, l'abbé Blanc, Charbonnel.
l'abbé Chaussier 9, Ravenez '', l'abbé

L'autre école ne veut admettre la prédication de l'Évangile dans les Gaules que vers l'an 250, c'est-à-dire sous l'empire de Déce. A la tête de cette école, que l'on a surnommée historique, il faut placer le célèbre Launoy, surnommé le dénicheur de saints. Après Launoy on peut citer :

Descordes, Ruinart, Bosquet, Ellies | the, Moreri, l'abbé Vely, le cardinal du Pin, Baillet, Denys de Sainte-Mar- Orsi.

Pour être complet, nous devons dire qu'une troisième opinion a surgi entre ces deux écoles; elle a pris de l'école légendaire la prédication dans les Gaules au 1er siècle, et de l'école historique l'envoi des sept évêques sous Dèce; les principaux adeptes de cette opinion conciliatrice sont :

Abaddie, chanoine de Saint-Gau-| lemont, Fleury, l'abbé Lebeuf et le dens, de Comminges, Le Nain de Til- Père Longueval.

Ces préliminaires exposés, occupons-nous de l'école historique.

Les partisans de cette école fixent à l'année 250, sous l'empire de Dèce, l'époque de la venue des premiers missionnaires

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" Notes au Martyrologe de Bède. Patrol, latine, t. 94, p. 961.
? Sermon sur l'unité de l'Eglise.
3 Mém. MSS., t. jer, p. 228.

Légende sur le Bréviaire de 1783.
5 Rituel de 1774, Catalogue des évêques de Limoges.
6 Etudes sur le Mans.
: Histoire générale de l'Eglise.
* Histoire ecclésiastique.
9 Etudes sur Metz.
10 Etudes sur Reims.
" Histoire de l'Eglise.

12 Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Magdeleine, etc. 2 vol. in-4°, chez Migne.

Apostolat de saint Martial, etc.-Inséré presque en entier dans les Annales , t. Ili, p. 165 (5e série).

li Origine de l'Église de Mende et de ses premiers évêques et sur saint Séverin

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dans les Gaules; leurs grands arguments sont deux passages d'historiens anciens.

La première citation est de l'évèque saint Grégoire de Tours, qui vivait en 539.

La seconde est de Sulpice Sévère, qui vivait en 129.
L'évêque de Tours s'exprime en ces termes :

« Du temps de Dèce... sept personnages ordonnés évêques » furent envoyés pour prêcher dans les Gaules, comme le ra» conte l'histoire du martyre de saint Saturnin; car elle dit: » Sous le consulat de Déce et de Gratus, comme on s'en sou» vient par une tradition fidèle, la ville de Toulouse com» mença à avoir saint Saturnin pour premier évêque. Voici » donc ceux qui furent envoyés : aux habitants de Tours, » l'évêque Gatien; à ceux d'Arles, l'évègue Trophime; à Nar» bonne, l'évêque Paul; à Toulouse, l'évêque Saturnin; à » Paris, l'évêque Denys; aux Arvennes, l'évêque Austremoine; » à Limoges, l'évêque Martial 1. »

Nous regrettons ici d'être en contradiction avec un auteur de mérite, qui vient d'inaugurer sa bienvenue dans notre pays par un ouvrage de circonstance aussi élégamment écrit que bien pensé; je veux parler de M. Roselat, qui place l'épiscopat de saint Martial au 4. siècle 2. Il nous est encore plus pénible de ne pas adopter l'opinion d'un savant compatriote qui vient de rendre un service signalé à l'archéologie velaisienne en rééditant l'Histoire du Velay 3; mais, malgré les arguments de ces deux écrivains estimables, nous sommes forcé d'affirmer que le passage de Grégoire de Tours n'a pas l'autorité qu'on lui attribué, et ne doit être accepté que sous bénéfice d'inventaire, parce que:

Hujus tempore septem viri episcopi ordinati ad prædicandum in Gallias inissi sunt, sicut historia passionis sancti martyris Saturnini denarrat. Ait enim : Sub Decio et Grato consulibus, sicut fideli recordatione detinetur, primum ac summum Tolosana civitas sanctum Saturninum habere cæperat sacerdotem. Hi ergò missi sunt : Turronicis, Gatianus episcopus ; Arelatensibus, Trophimus episcopus; Narbonæ, Paulus episcopus; Tolosæ, Saturninus episcopus; Parisiacis, Dionysius episcopus ; Arvernis, Stremonius episcopus; Le. movicinis, Martialis est destinatus episcopus. (Hist. Francorum, 1. 1, c. 18; dans Patrol. latine, t. 71, p. 175). 2 Notre-Dame de France, p. 12. Mandet, Histoire du Velay, 24 vol. p. 55.

3

1° Grégoire de Tours est en contradiction avec lui-même;

2° Parce qu'il est contredit par des écrivains antérieurs ou contemporains, dont le témoignage a plus de valeur que le

sien;

3° Parce qu'il s'appuie sur une citation inexacte;

4° Parce qu'il se trouve dans ce passage des faits dont on démontre historiquement la fausseté;

8° Parce que les partisans de cet auteur reconnaissent euxmêmes que ce passage est défectueux.

Comme préliminaire de cette démonstration, il est bon de s'édifier de l'opinion de Dom Ruinart sur cette citation. L'avis de ce bénédictin est d'autant plus précieux qu'il appartient à un adversaire de notre opinion.

« En écrivant, dit Ruinart, que les sept évêques sont arri» vés sous l'empire de Dèce, saint Grégoire n'a pas prétendu » dire qu'avant ces prélats il n'est pas venu chez nous d'autres » prédicateurs de l'Evangile, et je ne crains pas de l'affirmer, » ceux qui lui supposent un sentiment contraire sont dans » l'erreur 1. »

Revenant sur les propositions énoncées, nous disons:

Que Grégoire de Tours, dans un autre de ses ouvrages, dément l'opinion de l'apostolat sous Dèce.

En effet, Grégoire de Tours, dans son livre De la gloire des Martyrs, dit, en parlant de saint Saturnin:

« Ordonné, dit-on, par les disciples des Apôtres, il fut » envoyé à Toulouse 2. »

Et ailleurs, dans le même livre, parlant de saint Eutrope, évêque de Saintes, il le fait ordonner évêque et envoyer dans les Gaules, par le pape saint Clément, vers la fin du premier siècle 3

Enfin parlant de saint Martial, dans son livre de la Gloire des Confesseurs, il dit : « Envoyé par les évêques de Rome, il vint

Ruinart, Préfac. no 61. lbid. p. 53. ? Saturninus verò martyr, ut fertur ab Apostolorum discipulis ordinatus, in urbem Tolosatium est directus (De glorid martyrum, c. 48; Patrol. lat., t. 71,

P. 749.

3

Eutropius quoque martyr Santonicæ urbis, a directus in Gallias. (Ibid., c. 56, p. 756.)

Clemente episcopo fertur

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