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lement exact. Les sépultures éthiopiennes en forme de pyramides, construites avec art, vastes, coûteuses par conséquent, n'étaient pas seulement un luxe royal. A Méroé seulement (à Assour) M. Lepsius a compté 147 monuments funèbres de celte nature 1; à Napata, il a trouvé un nombre considérable de tumulus, ronds et pyramidaux, qu'il regarde comme la nécropole de cette ville, tandis que la nécropole de Nuri, sur la rive gauche, lui signalait l'existence d'une autre ville ancienne sur ce point 2. A Tanquassi il a vu une vingtaine d'assez grosses pyramides et un champ de pyramides à Kurru, sur la rive opposée, là où ne se trouvent que de faibles débris de la ville des vivants 3.

L'écriture des inscriptions se déchiffre par la connaissance de l'écriture égyptienne et les noms propres se reconnaissent assez facilement 4; mais ce qui contredit assez duremeni les insinuations adroites des Ethiopiens du premier siècle, c'est que les copistes se montraient, à Méroé même, fort novices dans l'intelligence et la reproduction des caractères qu'ils empruntaient à leurs voisins du Nord 5. Quant à l'écriture démotique, elle était, chez les Ethiopiens, « semblable à celle de » l'Egypte, mais beaucoup moins variée dans ses signes. » C'était donc un choix fait parmi les caractères égyptiens; or comme ceux-ci dérivaient de l'écriture hiéroglyphique dont l'origine est étroitement liée à la langue des Pharaons, supposer l'une et l'autre créées par un peuple qui parlait une autre langue, comme les mêmes monuments l'attestent, serait tout simplement une absurdité 6.

Les divinités éthiopiennes sur les monuments des différentes époques, sont presque uniquement celles que l'on adorait en

· Briefe, p. 225. ? Ibid., p. 236. 3 Ibid., p. 247. * Ibid., passim. Lettres, 20-24. Cf. Rev. archéok., vol. 1 et 5. 5 lbid. p. 204-5, 218, Cf. Abeken, Revue archéol., vol. 5. 6 Diodore, d'ailleurs, montre un peu plus loin qu'il avait lui-même des idées très-peu exactes sur l'écriture égyptienne, et qu'il était hors d'état d'en lire une seule inscription, puisqu'il nie l'existence de l'élément phonetique : la chose est curieuse pour l'histoire de la science, quand on songe que c'était un Grec érudit voyageant en Égypte sous le règne des derniers Piolémées. Cependant il paraît avoir eu quelque notions des déterminatifs quand il dit que certains symboles se rapportaient à toute une classe d'idées ou d'objets.

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Egypte depuis bien des siècles 1. Les costumes des personnages humains se ressemblent assez, sans être toujours absolument les mêmes, et dans les ornements royaux dont parle Diodore on reconnait sans peine ceux qui figurent partout sur les monuments égyptiens. Diodore nous apprend ensuite 2 que les rois étaient à peu près électifs chez les Ethiopiens; un certain nombre de candidats étaient désignés aux prêtres et une épreuve superstitieuse décidait entre eux du choix d'un souverain, qui était alors adoré comme un dieu. Les rois d'ailleurs étaient tenus à l'observation de certaines coutumes, même dans leur vie privée, ce qui nous rappelle les anciennes meurs de l’Egypte, telles que les décrit Hérodote; ils ne pouvaient ni récompenser ni punir arbitrairement. Leur subordination envers l'ordre sacerdotal avait même été poussée beancoup plus loin qu'elle ne le fut jamais en Egypte, puisque Diodore raconte comme un fait constant à une époque encore peu éloignée de la sienne, que les prêtres de Méroé pouvaient envoyer au souverain l'ordre de mourir, en vertu d'un oracle, et que celui-ci, abattu par la superstition, s'y soumettait sans résistance. Ce fut seulement au temps de Ptolémée Philadelphe que le roi Ergamène (celui dont Evergète continua les constructions à Pselcis) étant instruit dans la philosophie des Grecs, se révolta contre la condition qui était faite à la monarchie, et, pénétrant avec des soldats dans le sanctuaire où étaient réunis les prêtres, les égorgea tous et mit fin à cette coutume.

Il faut avouer d'une part qu’une obéissance si longue et si absolue des rois aux prêtres a eu ici quelque chose de peu vraisemblable, et de l'autre qu'elle s'accorde peu avec l'apothéose permanente des souverains vivants. Il faut ajouter d'ailleurs que l'archéologie nous a jusqu'ici appris peu de chose sur l'histoire intérieure de ce pays du 70 au 1° siècle avant J.-C. « Cependant elle n'a pas été stérile. « J'ai » trouvé, écrivait Lepsius, une trentaine de noms distincts de » rois et de reines d'Ethiopie. Je n'ai pu les ranger par ordre chronologique; mais par le rapprochement d'inscriptions

'V. Caillaud, ch. 30, 47, 48, 50, 52. Lepsius, pages 147, 149, 152, 163, 240. — Cf. dans Caillaud, planche x, 2, XIV, XVI, XVII, XVIII, XLVII,

? 111, 5.

LXIX.

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» différentes, j'ai appris beaucoup sur le mode de succession » et la forme du gouvernement. Le roi de Méroé était en » même temps grand prêtre d'Ammon; quand son épouse lui » survivait, elle succédait à son pouvoir, et l'héritier masculin » du trône n'occupait que la deuxième place; d'autres fois, à » ce qu'il paraît, le fils héritait, et déjà du vivant de son père, » il portail les cartouches et titres royaux; il était deuxième » grand prêtre d'Ammon 1 »

Tout ceci est postérieur à Ergamène, et montre, entre le sacerdoce et la royauté, une transaction dont celle-ci a dicté les termes. Nous voyons ici la royauté transmise par voie héréditaire : il n'est plus question d'élection sacerdotale. Le texte, cité plus haut, du vieux voyageur grec Bion, disait, au contraire, que les Ethiopiens ne faisaient pas connaître le nom du père de leur roi; mais il se rapporte à une époque antérieure. Quant à l'apothéose des rois vivants, il y a lieu de croire qu'elle se rapporte plutôt à l'époque de Diodore qu'à celle de la souveraineté si absolue et si redoutable des prêtres de Méroé; d'autant plus qu'en Egypte même cette apothéose des rois vivants, du moins comme permanente, ne paraît dater que de la fin du 3e siècle avant Jésus-Christ 2.

Mais quelque découverte de la science moderne est-elle venue confirmer le récit de Diodore sur ce droit de vie et de mort jadis exercé sur les rois? Ici encore ce fait est confirmé par un récit étrange de M. Lepsius, qui l'emprunte à OsmanBey, et que l'on peut lire dans son livre.

3 Brun Rollet raconte aussi que, dans ce même pays, les rois étaient soumis, chaque année, à un jugement régulier qui décidait de leur vie ou de leur mort, et que cet usage a duré jusqu'en 18384.

Diodore cite encore une coutume bizarre de la cour de Méroé, d'après laquelle, si un roi subissait une mutilation quelconque, il fallait que ses faniliers la subissent de même; on disait même que ce zèle pour ressembler au souverain

' Briefe, p. 217-8.
? J'ai insisté sur ce fait que je crois avoir mis en lumière dans ma thèse la-
tine pour le doctorat.

Leps., Briefe, p. 212. - Cf. 214.
Le Nil Blanc, p. 248-9.

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allait jusqu'à mourir avec lui 1. De là, difficulté fort grande pour le succès des complots dirigés contre une vie qui avait tant d'hommes intéressés à la défendre; et cette observation rend plus croyable une coutume introduite peut-être par la politique, puis acceptée et maintenue par la crédulité du point d'honneur.

Je ne reviendrai pas sur les sauvages d'Ethiopie, dont Diodore décrit les meurs, surtout d'après Agatharchide, si ce n'est pour dire qu'il attribue les caractères de la race Nègre à la plupart des peuples qui habitaient le voisinage du Nil, et qu'il parle de leurs occupations agricoles et pastorales (occupations qu'il semble attribuer respectivement à diverses tribus), si je n'avais à reproduire quelques détails donnés par lui sur leur religion. Le soleil, la lune et l'ensemble du monde étaient éternels dans la pensée des peuples qui habitaient au-dessus de Méroé : d'autres dieux avaient, selon eux, partagé la condition humaine et obtenu l'apothéose pour leurs bienfaits, tels que Jupiter, Pan, Isis, Hercule 2. Il est évident, d'ailleurs, qu'il faut reconnaître ici la confusion si ordinaire aux Grecs entre les dieux de leur Olympe et ceux des diverses nations étrangères, bizarrement mêlés ici aux idées d'Evhémère, qui, certes, n'appartiennent point aux peuples sauvages. Peut-être Ammon, chez qui l'on peut reconnaître à certains égards Jupiter et Pan; peut-être Isis, adorée à Méroé, recevaient-ils les hommages des peuples du sud. Le culte des astres n'a pas disparu de ces contrées, et il y a toujours un peu du panthéisine accusé par Diodore dans le fétichisme dont ils ne sont pas exempts *. Enfin l'écrivain grec montre quelques-uns d'entre eux

Insultant par leurs cris sauvages

L'astre éclatant de l'univers, dont les rayons les dévorent, et considérés comme athées 5.

Félix ROBIOU.

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3

I Diod., II, 7. 2 Diod., III, 9.

Caillaud, ch. 41, 44. Ritter, p. 21. * Ibid., ch. 41. Ritter, p. 22. — Knoblecher, p. 17. · Ubi suprà. Ve SÉRIE. TOME IV. - - No 22; 1861. (634 vol. de la coll.)

18

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DANS L'ÉTUDE DES LANGUES, DE L'HISTOIRE ET DES TRADITIONS

RELIGIEUSES DES PEUPLES DE L’ORIENT,

PENDANT LES ANNÉES 1860 ET 1861.

DEUXIÈME ARTICLE".

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La conquête du nord de l'Afrique par les Musulmans est une des parties les plus obscures de l'histoire du kbalifat. Les traditions sur ce sujet sont contradictoires, et les dates, même des faits les plus notables, sont inconciliables. M. Weil, M. Jones, M. Fournel et M. de Slane ont, chacun de son côté, essayé de résoudre ces difficultés, sans qu'il en soit résulté une opinion généralement admise. Un jeune savant de Gættingue, M. Roth a entrepris de nouveau la solution de ce problème dans une dissertation inaugurale, intitulée Okba, le conquérant du nord de l'Afrique 2. Je ne sais si l'auteur est parvenu à élucider tous les points douteux de cette période épineuse, mais on ne peut pas lire sans plaisir ce petit travail, qui prouve les progrès que la critique a fails dans la manière de traiter les questions de l'histoire des Ara- . bes. Il n'y a pas très-longtemps encore que l'on suivait, sans aucune défiance, la version que fournissaient des compilateurs comparativement modernes; mais aujourd'hui on remonte aux plus anciennes sources, et l'on scrute les traditions avec un soin infini, en faisant entrer, parmi les éléments de la critique, jusqu'aux isnads, ces longues listes généalogi

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· Voir le 1or article au numéro précédent, ci-dessus, p. 237.

2 Oqba Ibn Nafi el-Fihri, der Eroberer Nordafricas. Ein Beitrag zur Geschichte des arabischen Historiographie, von W. Roth. Gættingue, 1869 ; in-8° (vs et 70 pages).

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