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,,rentes de mes paroles. N'avois-je pas ,, la liberté d'aller en Espagne avec », mon armée, comme j'en avois le

dessein en partant de Rome ? Ņe fçavois-je pas que dans cette province mon frere m'aideroit de ses

conseils , & partageroit avec moi les , travaux & les dangers? Ne sçavois-je > pas que

la foutenir étoit moins importante que

guerre que j'aurois à y celle ci , & le général que j'aurois en tête moins illustre que son frere An

nibal: Toutes ces réflexions ne m'ont » pas empêché de sortir de mes vais,,seaux sur le bruit de la marche, lors», que je passois le long des côtes de la ,,Gaule, & de venir camper sur les

bords du Rhône, après avoir envoyé trois cent cavaliers pour le reconnoi„tre. Je l'ai vaincu dans un combat de

cavalerie. C'est la seule occasion que la fortune m'ait offerte jusqu'ici de

l'attaquer. Pour son infanterie ,, n'ayant pû la joindre par terre , à

cause de sa marche précipitée, qui avoit tout l'air d'une fuite, je suis ren,, tré dans mes vaisseaux: & après avoir

fait avec toute la diligence possible,

un grand circuit de terres & de mers, , je l'ai enfin joint au pié des Alpes.

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Croira t'on que je cherche à éviter ?? un ennemi si redoutable; & que je !! ne l'ai rencontré ici que par hazard“ & contre mon attente ? ou que je le “ fuis à la piste, que je le harcelle &“ l'oblige malgré lui à combattre ? Je“ fuis ravi d'éprouver fi depuis vingt" ans la terre a tout d'un coup enfanté" de nouveaux Carthaginois ; ou fi ce“ ne sont pas les mêmes, qui ont com battu auprès des isles Egates, & à " qui vous avez donné la liberté de « se retirer du mont Erix , où vous les teniez enfermés, en payant une ran." çon modique, & proportionnée à" l'estime que vous faisiez d'eux. Il“ eft bon de sçavoir si cet Annibal eft,“ comme il s'en vante lui-même, le ri. " val & l'imitateur d'Hercule ; ou le vassal, le tributaire & l'esclave du " peuple romain. Car ce sont là les ci-.66 tres que son pere lui a laissés en “ mourant. Et en effet, si les furies " vangeresses du crime qu'il a commis“ en ruinant Sagonte, ne l'agitoient." pas , il tourneroit assurément les yeux, finon fur sa patrie vaincuë, au.“ moins sur sa famille, sur son pere“ Amilcar , & sur les traités qu'il a fi." gnés de la main. Peut-il avoir ou..".

E ij

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THEQUR

DEL

LYO.

l'LP

1995*

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blié que cet Amilcar, pour obéir aux

ordres de notre conful, retira ses „ troupes du mont Eryx, qu'il reçut ,, en frémissant de colere & de rage,

les loix humiliantes que nous impofâmes à Carthage vaincuë, qu'il fut obligé de renoncer à la Sicile, & convint de payer tribut au peuple romain? C'est pourquoi je voudrois,

soldats, que vous filliez paroître en ,, cecombar, non-seulement le courage „ qui ne vous a jamais manqué contre , des ennemis ordinaires ; mais enco„ re une espece de colere & d'indigna„ tion, comme si vous voyiez vos ef

claves prendre tout d'un coup les ar», mes contre vous. Nous pouvions , fi », nous l'eussions voulu, les faire mou

rir de faim, comme les plus misérables de tous les hommes, lorsque nous les tenions investis sur le mont

Eryx. Nous pouvions faire passer „ notre flotte victorieuse en Afrique;

& en peu de jours, & sans beaucoup ,, d'efforts, détruire Carthage leur ca„pitale. Ils nous ont demandé pardon

de leur faute : nous l'avons accordé. Nous les avons délivrés de la prison ; nous avons fait la paix avec des vaincus. Nous les avons pris sous

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notre protection, lorsqu'ils se trou-" voient pressés par les peuples d'Afri." que avec qui ils étoient en guerre. Pour tous ces bienfaits, ils viennent " attaquer notre patrie sous la condui.“ te d'un jeune infenfé. Et plût aux dieux que nous n'eussions à combat- tre aujourd'hui que pour la gloire, &" non pour notre salut ! Il ne s'agit “ pas ici comme autrefois, de sçavoir“ à qui demeurera la possession de la “ Sicile & de la Sardaigne, mais de perdre ou de conserver l'Italie. Nous n'avons point derriere nous d'autre“ armée, qui puisse prendre notre place, fi nous sommes vaincus. Il n'y" a point d'autres Alpes qui puissent se arrêter l'ennemi, & nous donner le 66 temps de mettre sur pié de nouvel." les troupes. C'est ici qu'il nous faut" faire les derniers efforts, comme si " nous combattions fous les murailles « mêmes de Rome. Que chacun de“ vous s'imagine qu'il défend non-seu. " lement la personne, mais encore cel.“ le de la femme & de ses enfants. Et " ne vous occupez pas seulement de 66 vos familles, mais de temps en temps es faites réflexion que le sénat & le " peuple romain ont les yeux attachés ($

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Annibalem.

» sur vos armes & sur vos bras ; & que a la fortune de Rome & de tout l'em» pire dépend uniquement de votre » courage & de votre vigueur.

Tel fut le discours du consul roploye les ac- main, Mais Annibal crut devoir emtions , avant les paroles, ployer les actions avant les paroles ger les liens pour exciter le courage des liens. Il

rangea son armée en cercle, comme pour un spectacle. Et ayant placé dans le milieu les prisonniers qu'il avoit faits. dans les montagnes ; il fit jetter à leurs piés des armes à la Gauloise ; offrant à ceux qui voudroient s'en servir , & qui fortiroient vainqueurs d'un combat singulier, la liberté, des armes & un cheval, pour récompense. Tous se prélenterent à l'envi: & Annibal leur ayant ordonné de tirer au sort pour sçavoir ceux qui seroient adınis, chacun d'eux fouhaitoit ardemment être favorisé de la fortune. A mesure que le nom de quelqu'un d'eux étoit tiré, il se jettoit avidement sur les armes qui étoient exposées à leurs yeux, & lautoit de joye à la maniere de son pays, au milieu de ses compagnons, qui le félicitoient de son bonheur. Et pendant l'action même, on jugeoit aisément à la contenance, non-seulement des aus

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