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Que ce qui s'étoit passé entre eux & » les habitans de Sardaigne, de Corse, » de l'Istrie & de l'Illirie, & les Gau» lois même , pouvoit être regardé » comme un exercice pour

leurs trou» pes, plûtôt que comme une guerre » dans les formes. Au lieu qu'Anni> bal étoit à la tête d'une armée de » soldats véterans, accoutumés depuis » 23 ans à combattre & à vaincre , » parmi les nations les plus belliqueu» ses de l'Efpagne, fous la conduite » d'un général des plus braves & des

plus entreprenants. Qu'après les avoir » rendus encore plus fiers & plus har» dis par la prise de la ville la plus » opulente de toute l'Espagne, il pal» soit l'Hébre, traînant après lui les » nations les plus belliqueuses de la

province, qui étoient venuës se ran» ger fous ses drapeaux. Que les Gau» lois, toujours avides de combats

grossiroient encore son armée, quand » il passeroit sur leurs terres. Qu'ils se » verroient obligés de combattre con» tre tous les peuples de l'univers, fous w les murailles de Rome, & pour le sa» lut de Rome même.

Il y avoir déja quelque temps que les départemens des consuls écoient

seglés. Ce fut alors qu'on leur ordonna de tirer au sort. L'Espagne échût à Scipion, & à Sempronius l’Afrique avec la Sicile. Le sénat fixa à fix légions le nombre des soldats Romains qui serviroient cette année; & laissa à la discretion des consuls le nombre des alliés qu'ils y voudroient joindre. Mais ils eurent ordre de ne rien épargner , pour avoir une flotte des plus fortes & des mieux équipées. On leva parmi les citoyens Romains 24000 hommes d'infanterie, & dix-huit cent cavaliers. L'infanterie des alliés étoit de 40000 hommes, & leur cavalerie de 4000. On mit en mer 220 galeres à cinq rangs de rames, & vingt gailiotes. Après ces préparatifs on assembla le peuple, afin qu'il portât une loi pour autoriser la guerre qu'on entreprenoit contre les Carthaginois. Puis on décerna des processions par la ville, & des prieres publiques dans les temples, pour obtenir la protection des dieux pendant la guerre que le peuple Romain venoit d'ordonner. On donna à Sempronius deux légions romaines, composées chacune de 4000 hommes de pié, & de 300 chevaux, 16000 fantassins, & 1800 cavaliers des alliés :

160 galeres & 12 galliotes. Ce fut avec ces forces de terre & de mer qu'on envoya Sempronius en Sicile , avec ordre de paffer en Afrique, supposé que son collegue fut en état avec les troupes qui lui restoient, d'empêcher Annibal d'entrer en Italie. Car on donna à ce dernier des forces moins considerables, parce qu'on envoyoit en même-temps dans la Gaule le préteur L. Manlius avec une armée aflez nom. breuse. On diminua sur tout à Scipion le nombre des vaisseaux, Annibal qui venoit en Italie par terre, ne paroissant pas fort à craindre en cette partie. On ne lui laiffa

que 60 galeres, avec deux légions romaines, & de la cavalerie à proportion : quatorze mille piétons & 1600 chevaux des alliés. On envoya dans la Gaule, avant même qu'on attendît les Carthaginois de ce côté là, fous la conduite de Manlius, deux lé. gions romaines, avec 600 cavaliers qui en faisoient ordinairement partie, dix; mille piétons, & mille cavaliers alliés.

Après qu'on eut pris à Rome toutes ces mesures, le sénat jugea à pro-. pos, pour n'avoir rien à se reprocher, d'envoyer en Afrique, avant de coman

mencer la guerre, des ambassadeurs qu'on choisit exprès parmi ceux que leur âge & leur rang rendrot plus recommandables. On chargea de cette Ambafia commission Q. Fabius, M. Livius, voyés a Care L. Emilius, C. Licinius, & Q. Bæ- thage, bius. Ils devoient demander au sénat de Carthage si c'étoit par son ordre qu'Annibal avoit asliegé Sagonte ; & s'ils en convenoient, comme il y avoic apparence, déclarer la guerre au peuple de Carthage de la part de celui de Rome. Dès qu'ils furent arrivés à Carthage, & qu'ils eurent obtenu audience, Fabius, fans autre préliminaire, exposa la commission dont il étoit chargé. Alors un des premiers de la ville & du sénat prenant la parole; Vos premiers ambassadeurs, dit-il, a en demandant qu'on vous livrât An-cs. oibal, fous prétexte qu'il avoit assié- c. gé Sagonte de son propre mouve- « ment, nous avoient bien fait con-se aoître votre orgueil & votre empor- es. tement. Cette seconde ainbaffade estos plus moderée en apparence, mais elle est dans le fond plus injufte & «. plus violente encore que la premie- ce. te. Vous n'en vouliez d'abord qu'à ce, la personne d'Annibal : aujourd'hui

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» vous attaquez tous les Carthaginois, » à qui vous voulez arracher l'aveu de » leur faute, pour leur en demander » sur le champ la réparation. Pour moi » il me semble que la question n'est » pas de sçavoir si Annibal, en affié. » geant Sagonte, a agi par lui-même, s ou par notre commandement; mais

fi cette entreprise étoit juste ou non.

La premiere question n'interesse que s nous. Il n'appartient qu'à nous de ju. » ger notre citoyen, & d'examiner s'il » a entrepris la guerre de lui-même, s ou par nos ordres. Tout ce que vous » pouvez discuter ici avec nous , se » borne à sçavoir fi le fiége de Sagonte » est une contravention au traité. Ains » fi, puisque vous voulez qu'on mette

de la difference, entre les entreprises » que les généraux font de leur chef, » & celles où ils ne font qu'obéir à » leurs superieurs : J'avouë que le con„ sul Lutatius a fait avec nous un » traité , dans lequel il y a une clause » qui met les alliés des deux peuples à » couvert de toute insulte. Il n'y est » pas dit un mot des Sagontins, qui » alors n'étoient pas encore vos alliés. » Vous me répondrez , sans doute, que » dans le traité que vous fîtes quelque

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