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de toutes parts. Mais lorsqu'ils virent que tous les esprits & tous les yeux étoient attachés au combat, ils se faisi. rene des armes qui étoient répandues çà & là au milieu des monceaux de corp's morts, & le jetterent sur les Romains. Et leur coupant les jarrets, ou les perçant par derriere , ils en firent un grand carnage, & cauferent parmi eux encore plus de désordre & de confternation. "Tandis que la frayeur fai. fissoit les uns, que la fuite emportoit les autres, & qu'une partie combata toit encore avec opiniâtreté, quoiqu'avec peu d'esperance, Asdrubal , qui étoit accouru en cet endroit, après avoir vaincu de son côté, retira du mi. lieu de la bataille les Numides, qui lui parurent combattre foiblement contre ceux qui leur étoient opposés, & les envoya poursuivre les fuyards; & fit avancer les Gaulois & les Espagnols , pour soutenir les Africains, las de tuer, encore plus que de combattre.

Dans l'autre partie de la bataille, quoique Paul Èmile eût été blessé dangereusement d'un coup de fronde dès le commencement; il ne laissa pas de se présenter plusieurs fois à Anni

bal

Cont entiere.

bal à la tête des fiens, bien serrés autour de lui, & de rétablir souvent le combat abandonné par les Romains. Enfin les cavaliers qui le couvroient, voyant qu'il n'avoit plus assez de force pour conduire son cheval, le delcendirent, & mirent pié à terre eux mêmes pour le secourir. Alors quelqu'un ayant annoncé à Annibal que le consul avoit ordonné à ses cavaliers d'abandonner leur chevaux : Il feroit enco.« re mieux, répondit-il, de me les li. a vrer piés & mains liés.

Dès ce cc

Les Romains moment,

la victoire se déclara absolu- ment défaits. , ment pour les Carthaginois, les Romains se laissant tuer dans leur place, plutôt que de prendre la fuite : & les ennemis irrités de la résistance qu'on faisoit encore, tuant ceux qu'ils ne pouvoient obliger de lâcher pié. Il y en eut cependant un petit nombre qui, accablés de laffitude & couverts de bieffures , tâcherent de remonter sur leurs chevaux pour s'enfuir. C. Lentulus, tribun des soldats , qui étoit de ce nombre, étant venu à passer avec le fien à côté du consul, qu'il trouva as. fis sur une pierre, tout couvert de son fang & de celui des ennemis : Sei. cc gneur, lui dit-il, vous qui seul n'a- co Tom. I.

N

„, vez point de part au malheur d'au„, jourd'hui, fauvez-vous : les dieux „ doivent prendre soin de votre vie. ,, montez sur ce cheval, pendant qu'il

vous reste encore un peu de force. Je » ne vous quitterai point; & je me fais

fort de vous tirer du danger. Nerendez

pas cette journée encore plus fu. neste, en ajoutant la mort d'un con.

sul à la défaite de nos legions. Hé„, las ! fans cet accident, nous n'avons

, que trop sujet de verser des larmes. Le conful , Mon cher Lentulus , répondit le refuse lente, conful, je vous fuis obligé du se couts qu'on , cours que vous m'offrez fi génereu. lui offre, & sement. Mais vous prenez un soin

inutile. Je touche à ma derniere „ heure. Ne perdez pas par une compaflion fans fruit le

peu qui vous reste pour vous fauver „ vous même des mains des ennemis.

Allez, dices aux sénateurs qu'ils for. tifient Rome, & n'attendent pas

l'arrivée du vainqueur, pour la met,, tre en fûreté contre ses affauts, Dites

en particulier à Q. Fabius, que Paul Emile n'a jamais oublié ses sages conseils, tant qu'il a vécu, & qu'il s'en souvient encore en mourant. Mais laissez-moi expirer sur ces mon

aime mieux » mourir avec les concito yens.

de temps

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ceaux de corps morts de mes citoyens.“ Je ne veux point leur survivre, pour être une seconde fois accusé au sortir " de mon confular, ou , devenu moi. " même l'accusateur de mon collegue," mettre ma vie & ma gloire à cou." vert, en exposant celle d'autrui au « danger. Pendant qu'ils s'entretenoient ainsi, ils furent enveloppés d'une fou, Je de Romains qui s'enfuyoient ; & un moment après, d'une troupe d'ennemis qui les poursuivoient, & qui percerent le consul de leur traits fans le connoître. Lentulus , à la faveur du tumulte, fut sauvé par la vitesse de fon cheval. De ceux qui échapperent au carnage, sept mille se retirerent dans le petit camp, & dix mille dans Je grand. Environ deux mille fe refygierent dans le village même de Cannes. Mais comme il n'avoit aucunes fortifications, il les livra sur le champ à Carthalon, qui les y ving inyeftir avec sa cavalerie. L'autre consul, ou par bonheur, ou par adresse, évita la rencontre des ennemis dans sa retraite, & arriva à Venouse avec environ foixante & dix cavaliers. On dit que La grandeur du côté des Romains, il fut tué dans de cette perts, cette journée quarante mille piétons,

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& deux mille sept cent cavaliers, & qu'il y périt à peu près autant d'alliés que de citoyens. De ce nombre furent les deux questeurs des consuls, Attilius & L. Furius Bibaculus, vingt & un tribuns des soldats, plusieurs ci. toyens qui avoient exercé le consulat, Ja précure & l'édilité, parmi lesquels quelques-uns comptent Cn. Servilius, & M. Minucius, qui avoit été maître de la cavalerie l'année précedente, &

consul plusieurs années auparavant ; quatre-vingt autres qui avoient été sé nateurs, ou avoient possedé des magiftratures qui donnent droit d'entrer dans le sénat, & qui avoient servi en qualité de volontaires dans les legions. On fait monter le nombre des prisonniers à trois mille fantafsins, & trois cent cavaliers.

Telle fut la bataille de Cannes aussi célebre que celle d'Allia, beaucoup plus affreuse par le carnage qui s'y fit, mais beaucoup moins funeste à la république par ses suites, parce que l'ennemi ne profita pas de ses avantages. Car à Allia, fi la déroute de l'armée laissa Rome en proye aux Gau-. lois, aufli Sauva-t'elle les legions. Au Jieu qu'à Cannes, l'un des consuls, en fuyant, fut à peine suivi de soixante

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