Obrazy na stronie
PDF
ePub
[ocr errors]

mains, & ne pas attendre que tout le pays fut déclaré pour eux, il alla camper à leur vûë, & leur présenta la bataille. Scipion l'accepta avec joye ; parce que ne pouvant éviter d'avoir affaire à Aldrubal & à Hannon , il aimoit mieux les combattre séparément , que

de les avoir sur les bras tous deux enEn Espagne, semble. La victoire lui coûta En. Scipion

peu.

Il bat les enne- tua aux ennemis fix mille hommes, dés par Han: prit le général lai même , avec quel

ques-uns des principaux officiers, fit deux mille prisonniers, avec ceux qui étoient restés à la garde du camp, dont il se rendit aussi maître, ainfi que de Scissis, ville voisine de ce lieu , qu'il prit d'assaut. Le butin qu'il y fit étoit peu considérable. C'étoient des meu. bles grossiers à l'usage de ces barbares, & quelques viles esclaves. Mais les soldats s'enrichirent par le pillage du camp, où ils trouverent les dépoüilles, non-seulement de l'armée qu'ils ve. noient de vaincre , mais encore de celle qui étoit passée en Italie avec Anni. bal: ce général ayant laissé au-delà des Pyrenées, tout ce qu'il avoit de plus précieux, pour ne point trop embarraffer les soldats.

Avant que le bruit de cette défaite

[ocr errors]

fe fût répandu , Asdrubal passa l'Hét
bre avec huit mille piétons & mille cas
valiers , & vint au-devant de Scipion
dans la pensée qu'il ne faisoit qu'arri-
ver en Espagne. Mais quand il eut
appris la perte qu'Hannon avoit faite
auprès de Sçiflis, de la bataille & de
son camp, il tourna du côté de la mer.
Il rencontra assez près de Tarragone
les matelots & les soldats de la fotte
de Scipion, épars négligemment dans
la campagne, comme il arrive assez
souvent après un heureux succès ; &
ayant envoyé contre eux sa cavalerie
il les rechassa jusques dans leurs vais-
feaux, après en avoir tué un grand
nombre , & donné l'épouvante à tout
le reste. Mais n'osant pas demeurer
plus long-temps dans le même lieu, de
crainte d'être accablé par les troupes
victorieuses de Scipion, il se retira au-
delà de l'Hébre. En effet, Scipion,
fur le bruit d'un nouvel ennemi, mar-
cha en diligence du côté de Tarrago-
ne : & après avoir fait souffrir à
quelques capitaines de vaisseau la pei-
ne de leur négligence, il jetta quelques
troupes dans cette ville, & retourna à
Empories avec sa flotte. A peine s'é-
toit-il retiré, qu'Asdrubal repassa

[ocr errors][ocr errors]

l'Hébre; & ayant soulevé ces mêmes Ilergetes qui avoient donné des ôtages à Scipion, il alla ravager, avec la jeuneffe de cette nation inconstante, les terres des alliés qui étoient demeurés. fidéles aux Romains. Mais dès qu'il fçut que Scipion étoit forti de ses quartiers d'hyver , il se retira une seconde fois au-delà de l'Hébre, abandonnant tout le pays qui est en deçà. Scipion voyant les Ilergetes destitués du secours de celui qui les avoit portés. à la revolte, marcha auffi-tôt contreeux avec son armée; & les ayant obligés de se renfermer dans Athanagie leur ville capitale, il les y, investit :: & en peu de jours, les ayant forcés à lui donner un plus grand nombre d'ôtages qu'auparavant , il les remit tout de nouveau sous la domination des Romains, après avoir tiré d'eux une somme d'argent pour punition de leur infidélité. Il marcha de là contre les Ausetans , situés assez près de l'Hébre, & alliés des Carthaginois, aussi bien que les Ilergetes. Il assiégea leur ville capitale: & ayant fçû que Jes Lacerans leurs voisins s'avançoient pour les secourir, il les fit tomber dans une embuscade qu'il leur avoit dressée

assez près de la ville , lorsqu'ils étoient sur le point d'y entrer pendant la nuit. 11 leur" tua douze mille hommes, & les désarma presque tous. Ceux qui lui échapperent fe disperserent çà & là dans la campagne, & se retirerent dans leurs maisons. L'hyver, qui survint fort à propos pour les assiégés, étoit le seul obstacle qui empêchât: Scipion de prendre la ville. Pendant trente jours que dura le fiége, la neige fut presque toujours haute de quatre piés & elle seule préserva les ouvrages des Romains des feux que les assiégés jetterent à différentes reprises pour les ruiner. Enfin Amufitus leur prince étant sorti de la ville pour se retirer dans le camp d'Afdrubal , ils se rendirent à Scipion, après être convenus avec lui de lui donner vingt talents d'argent pour se racheter.

Pendant cet hyver il arriva plusieurs prodiges à Rome, ou aux environs de la ville; ou , pour parler plus juste, on: en publia un grand nombre, ausquels on ajouta foi assez légerement, comme il arrive quand une fois la superstition s'est emparée des esprits. On contoit que dans le marché aux herbes un enfant libre, âgé de six mois , avoit crié

[ocr errors][ocr errors]

triomphe. Que dans la place aux veaux, un boeuf, sans être poursuivi de

personne, étoit monté jusqu'à un troifiés me étage, d'où il s'étoit ensuite jetté en bas, effrayé par les cris de ceux qui l'habitoient. Qu'on avoit apperçu en l'air une flotte composée de plusieurs bâtimens. Que dans le même marché aux herbes, le temple de l'esperance avoit été frappé du tonnerre. Qu'à Lanuvium une lance s'étoit remuée d'elle même. Qu'un corbeau avoit volé dans le temple de Junon, & s'étoit perché sur l'oreiller même de la déesse. Qu'on avoit vû dans le territoire d'Amiterne en différens endroits, plusieurs fantômes d'hommes vêtus de blanc, qui étoient disparus' dès qu'on avoit voulu s'en approcher. Que dans celui de Picene, il avoit plû des pierres. Qu'à Cere, les lettres qui contenoient la réponse de l'oracle, avoient paru

beaucoup plus petites que de coutume. Qu'en fin dans la Gaule un loup avoit arraché du fourreau l'épée d'un soldat en sentinelle, & s'étoit enfui avec. Les decemvirs eurent ordre de confulter les livres de la Sibylle au sujet des autres prodiges. Mais en attendant on ordonna une neuvaine pour la pluye

« PoprzedniaDalej »