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Les traductions italiennes de l'Ars moriendi, publiées depuis l'année 1477, rapportent que le livre fut composé (compilato et composto) en 1452 par Dominique Capranica. Ce fait, quoique répété dans plusieurs éditions successives, est entièrement inexact : l'Ars moriendi , écrit premièrement en latin, existoit avant l'année 1452. Il nous sera facile de démontrer cette double assertion. Un manuscrit italien de la bibliothèque Riccardi, à Florence, est terminé par la souscription suivante : Finito è il libro chiamato ARTE BENE MORIENDI composto dal Remo Monsignore di Fermo, Messer Domenico Prete Cardinale volgarmente chiamato Monsignore di Capranica,

fatto nelli anni del Signore MCCCCLII, nella città di Roma, nel tempo di Nicola Papa nell' anno vi. del suo Papato. TRADOTTO DI LATINO IN VOLGARE a onore di Dio e maggiore utile delle anime. Scritto per messer Pietro di Francesco Capellano a Fagna, formato a xur. Luglio MCCCCLXXV, etc. (1). Nous citerons encore un manuscrit latin de la bibliothèque de Gotha , qui commence et finit comme l'édition de Venise 1478; au bas de la dernière page on lit ces mots : Explicit libelus (sic) de ARTE MORIENDI scriptus feria quinta proxima ante festum petri et pauli apostolorum. Anno dom. a nativitate eiusdem MILLESIMO QUADRINGENTESIMO TRICESIMO SEPTIMO, hora vesperorum ūl quad per me Johannem de Widenberga (2). Ainsi l'Ars moriendi n'a pas été composé, mais traduit en italien (tradotto di latino in volgare), et le manuscrit de la Bibliothèque de Gotha , daté de l'an 1437, prouve évidemment que l'ouvrage existoit avant 1452.

Michel Catalani prétend que Dominique Capranica est l'auteur de l'Ars moriendi (3), le savant biographe cite à l'appui de son opinion le manuscrit italien de 1475, deux manuscrits latins (n° 3771 et 3772) de la bibliothèque royale de Paris (4), et un autre de la bibliothèque Ambroisienne à Milan (5), qui, tous les

(1) De vita et scriptis Dominici Capranicæ cardinalis antistitis Firmani commentarius (auctore Michaele Catalano), 1793, in-4, p. 150-151.

(2) Le manuscrit de Gotha a été décrit par M. Fr. Jacobs dans les : Beiträge zur ältern Litteratur oder Merkwürdigkeiten der Herzogl. öffentlichen Bibliothek zu Gotha. Herausgegeben von Fr. Jacobs und F.-A. Ukert. Ersten Bandes erstes Heft. Leipzig, 1835, p. 95-76.

(3) De vita et scriptis Domin. Capranicæ, p. 149-151.

(4) Catalogus codicum manuscriptorum bibliothecæ regiæ . Pars tertia, tomus tertius, p. 156.

(5) Lit. C. num. 81 (Catalani, loc. cit., p. 244).

quatre, portent le nom de l'évêque de Firmo (1). Malgré ces autorités, Dominique Capranica n'est point, à mes yeux, l'auteur de l'ouvrage ; les éditions italiennes et les manuscrits signalés par Catalani font remonter l'Ars moriendi à l'année 1452; or les scribes et les éditeurs ont évideinment confondu l'auteur et le traducteur du livre, car ils assignent à la composition de l'ouvrage latin la date de la traduction italienne; le manuscrit de Gotha démontre la faussetė de ces assertions; et puisque Jean de Widenberga transcrivoit l'Ars moriendi en 1437, l'évêque de Firmo ne peut être considéré en 1452 que comme le traducteur de l'ouvrage latin.

Les éditions de l'Ars moriendi viennent aussi à l'appui de notre opinion : l'édition de Venise 1478 ne dit pas un mot de l'évêque de Firmo, et cependant la traduction italienne, qui attribue l'ouvrage à ce prélat, avoit paru à Florence en 1477. Aucune édition, ni celles qui furent publiées en Italie (les traductions italiennes exceptées), ni celles qui furent publiées en Allemagne, en France, en Espagne ou en Angleterre, ne nomme Dominique Capranica; tandis que l'édition latine de Cologne, qui vraisemblablement a été faite sur un manuscrit , et l'édition allemande indiquée plus baut , signalent Matthicu de Cracovie comme l'auteur de l'Ars moriendi : nous nous rangeons entièrement à ces dernières autorités (2).

Un ouvrage qui ne doit pas être confondu avec le précédent est l'Ars moriendi publié par les imprimeurs-xylographes du xv° siècle;

(1) Le manuscrit 3771 de la Bibliothèque royale commence ainsi (feuillet 1 , recto): Incipil prohemium de arte moriendi. erlitum per reverendissimum dominicum dominum presbiterum cardinalem firmanū anno do m.cccc.lir. Quant aux deux manuscrits (Biblioth. roy. 3772 et Ambrois. C. 81), ils ne portent aucune date ; je n'ai pas vu celui de Milan; celui de Paris est du xvio siècle.

(2) L'Ars moriendi de Matthieu de Cracovie a eu de nombreuses éditions ; quelques-unes sont intitulées : Ars bene moriendi ; d'autres : De arte bene vivendi beneque moriendi tractatus, ou : Speculum artis bene nuoriendi de templationibus, penis infernalibus, interrogationibus agonisantium et variis orationibus pro illorum salute faciendis ; plusieurs se font remarquer par des augmentations; elles contiennent, de plus que l'édition de Venise, 1498, des oraisons nouvelles et les opuscules suivans : 1° De penis infernalibus ; 2° une pièce de vers adressée ad omnes angelos et precipue ad sanctum Michaelem ; 3° deux méditations sur la mort, l'une en prose et l'autre en vers ; 4° Bernardus de contemplu mundi. Quelques éditeurs ont ajouté à ces divers opus

il contient, jo une préface commençant par ces mots : Quamvis, secundum philosophum tertio Ethicorum , omnium terribilium mors corporis sit terribilissima ; morti tamen anime nullatenus est comparanda; leste Augustino qui ait : majus est dampnum in amissione unius anime, etc.; 2° ciny tentations du diable et cinq bonnes inspirations de l'ange, dans l'ordre suivant : de fide , de desperatione , de impatientia , de vana gloria , de avaritia ; 3. enfin un dernier paragraphe qui finit ainsi : Sed heu pauci sunt qui in morte proximis suis fideliter assistunt, interrogando, monendo, et pro ipsis orando; presertim cum ipsi morientes non dum mori velint et anime morientium sepe miserabiliter periclitantur. Le volume est accompagné de onze figures gravées sur bois.

Les rédacteurs du catalogue du duc de la Vallière, la Serna Santander (1), Barbier (2) et plusieurs bibliographes , attribuent l'Ars moriendi des éditions xylographiques à Matthieu de Cracovie; mais ces critiques n'ont pas remarqué que l'Ars moriendi composé par l'évêque de Worms et l'Ars moriendi publié par les imprimeurs-xylographes étoient deux livres tout à fait différens. L'auteur de ce dernier traité n'a emprunté à Matthieu de Cracovie que les cinq tentations (De quinque generibus tentationum particula secunda); disposée sur un autre plan, agrandie et développée, cette seconde partie de l'Ars moriendi de l'évêque de Worms est devenue dans les éditions xylographiques un ouvrage complet et nouveau. L'auteur est le premier qui ait séparé les tentations du diable et les bonnes inspirations de l'ange; il a retranché les oraisons, les méditations et les nombreuses pièces qui se trouvent dans le livre

cules le speculum peccatoris. Une édition sans date intitulée : Artis bene mor.endi perutilis tractatus , et publiée par Antoine Caillaut, imprimeur de Paris, a été oubliée par les bibliographes ; la bibliothèque royale de Paris en possède un esemplaire. Les éditions angloises imprimées par Guillaume Caston, Richard Pioson et Wynkyn de Worde sont la traduction littérale de l'Ars moriendi de l'évêque de Worms. Le livre intitulé : Nobilissimus liber de arte moriendi, imprimé à Augsbourg par Gunther Zeiner, n'est point celui de Natthieu de Cracovie ; c'est à tort que Née de la Rochelle attribue cet ouvrage, dont l'auteur est inconnu, à l'évêque de Worms (a).

(1) Dictionnaire bibliographique choisi du xve siècle. 1801-1807, 3 vol. in-8, t. 2, p. 102, n° 150.

(2) Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes. Paris, 1829-1827, t. 3, P. 418, no I9782.

(a) Ribliographie instructive, tome diriame. Paris, chez Goguć et Née de la Rochelle, 1782, in-8.

Pag. 12.

de Matthieu de Cracovie ; il se borne, dans la préface et le dernier paragraphe, à donner quelques instructions aux malades et aux personnes qui les assistent à leurs deruiers momens; il cite le docteur Jean Gerson (Cancellarium Parisiensem). Gerson ne fut chancelier de l'église et de l'université de Paris qu'en 1395 (1); or il est douteux qu'à l'époque où Matthieu de Cracovie écrivit son traité, Gerson ait été désigné par ces mots : Cancellarium Parisiensem ; dans tous les cas, le célèbre docteur n'est pas nommé parmi les nombreux écrivains que l'évêque de Worms a cités. L'auteur inconnu de cette seconde rédaction de l'Ars moriendi dit à la fin de la préface : Sed ul omnibus ista materia sit fructuosa et nullus ab ipsius speculation, secl dantur, sed inde mori salubriter d. cant tam litteris tantum litteralo deservientibus quam imaginibus laico et lillerato simul deservientibus cunctorum oculis obicitur, que duo se mutuo correspondentes habent se tanquam speculum in quo preterila et futura tanquam presentia speculantur. Ces figures, qui paroissent

pour la première fois dans les éditions xylographiques, me font

supposer que l'ouvrage, dont il n'existe aucun manuscrit, fut composé et arrangé pour les imprimeurs-xylographes; en effet , ces artistes ne publicient que de petits livres et choisissoient ordinairement ceux qui étoient ornés de figures.

Une traduction hollan loise de l'Ars moriendi sut imprimée à Delff en 1488, à Zwoll en 1488 et 1491 : cette nouvelle version diffère essentiellement de l'Ars moriendi de Matthieu de Cracovie. Le traducteur paroît avoir pris pour guide une édition xylographique; mais il a sensiblement augmenté et développé l'ouvrage latin. L'édition in-folio de 1491, dont la bibliothèque royale de Paris possède un exemplaire, contient 84 feuillets opisthographes imprimés à deux colonnes; on y retrouve les onze figures des éditions xylographiques; les tentations et les bonnes inspirations sont dans l'ordre suivant : la foi, le désespoir, l'avarice, l'impatience et la vaine gloire; l'auteur est inconnu.

La traduction françoise de l'Ars moriendi , par Guillaume Tardif (2), imprimée à Paris en 1492, diffère également des éditions

(1) llistoire de l'université de Paris, par Crévier, 1761, t. 3, p. 193.

(2) Dans une dédicace de Guillaume Tardif an roi Charles VIII ( Apologues de Laurentius Vallu, Paris, Verard. fol. i verso, colonne 2), on lit : Vous ay aussi translate lart de bien mourir. Auquel sil vous plaist penser et entendre comme mortel que vous estes. Dieu vous aidera , etc. Cette traduc

hollandoises et de l'ouvrage de Matthieu de Cracovie. L'auteur a fait sa traduction d'après une édition xylographique (1); cependant l'ouvrage françois est plutôt une paraphrase qu'une reproduction littérale de l'ouvrage latin (2).

Rodericus Fernandez de Santa-Ella , archidiacre de Reyna, aumônier de la reine Isabelle, chanoine de Séville, est auteur d'un

tion de l'Ars moriendi ne peut être que celle qui fut publiée pour la première fois , en 1492, par Verard , et quoique le nom du traducteur o'y soit pas mentionné, le savant van Praët n'a fait aucune difficulté d'attribuer cet ouvrage au lecteur de Charles VIII (a).

(1) On lit dans la préface ( feuillet 4 verso, colonne 2): Ont compille plusieurs traitez de contemplacion iourte les consideracions de la mort. Et specialement ung duquel ie ignore le nom mais ay trouve son liure intitule Ars moriendi commencant. Quamvis secundum philosophum tercio etbicorum omnium terribilium 2c. Cestur liure iay regarde et considerant que a toutes gens de bien il est utille et conuenable pour ce que tous ne entendent pas completement le latin lay voulu translater de latin en françois, etc.

(2) L'Ars moriendi de Guillaume Tardif (édition de 1492) contient 24 feuillets opisthographes imprimés à deux colonnes et ornés de u figures gravées sur bois, semblables à celles des éditions xylographiques et des éditions hollandoises. Les tentations et les bonnes inspirationş sont rangées ainsi : la foi, le désespoir, l'avarice , l'impatience et la vaine gloire. L'ouvrage commence par une méditation sur la mort, suivie de plusieurs oraisons et de la préface du traducteur. Ce petit volume fait partie d'un recueil de divers ouvrages publié par Antoine Verard, et qui porte le titre suivant : Le liure intitule lart de bien viure et de bien mourir : la première édition est de l'année 1492, la seconde de 1496, ct la troisième de 1498 (b)); l'ouvrage intitulé : The book intytulyd the art of good lywyng and good deřng , Paris, Verard, 1503 (c), traduction angloise du même recueil, est probablement le premier livre anglois imprimé à Paris. La bibliothèque royale de Paris possède un exemplaire de l'Ars moriendi de Guillaume Tardif, imprimé sur vélio , à la fin duqirel on voit le monogramme de Pierre Leronge ; c'est un exemplaire de l'édition de Verard, 1492, où Pierre Lerouge a mis son chiffre et son nom. M. Brunet indique quatre éditioos francoises de l'Art de bien vivre et de bien mourir (d) (1° Henry Pacquot; 2° veuve de Jehan Trepperel; 3° Nicolas Bonfons; et la quatrième datée du 12 février 1493). J'ignore si ces diverses éditions que je n'ai pas vues sont des réimpressions de celles de Verard ou des ouvrages différens. Michel le Noir a inséré deux figures de l'Art de mourir,

(a) Catalogue des livres imprimés sur vélin de la bibliothèque du roi, tom. I, pag. 333.

(b) Ces diverses éditions ont été décrites par le savant bibliographe van Praet dans le catalogue des livres imprimés sur vélin de la bibliothèque du roi, t.1, pag. 331-335, nos 448-450, tom. 5, pag. 173, ptt. 6, p. 44.

(c) Et noa 1504, comme dit Panzer ( Annales typographici, tom. VII, p. 511, 49 92). (d) Nouvelles recherches bibliographiques, t. 1, pas. 99, col. 1.

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