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dans l'étude de l'histoire internationale, comme dans celle déjà recommandée du droit et des constitutions étrangères. Il a paru cependant deux ouvrages appartenant tous les deux à l'histoire moderne; ils sont tous deux également du domaine de la biographie, et ont pris un sujet étranger : ce sont la vie de Washington, par M. Guizot, et celle de Pie VII, par M. Artaud ; l'une , profonde étude politique et sociale; l'autre, biographie intéressante et vraie. Quant à l'histoire des anciens peuples, deux seuls ouvrages encore, mais bien réellement remarquables, sont venus représenter la science françoise dans cette voie trop négligée. Le premier est l'Histoire antédiluvienne de la Chine , par M. le marquis de Fortia, précieux résultat de toute une vie d'études et de recherches , où l'antiquité de la Chine est établie par des preuves irrefragables, de même que la puissance de cette monarchie contre laquelle quarante siècles n'ont rien pu, et que cependant une poignée d'Anglais prétendent renverser sans efforts! Le second ouvrage est l'Histoire de la domination romaine dans les Gaules, de M. Amédée Thierry, travail neuf, et cependant vrai, où le respect des faits n'a nullement nui à la largeur et à la hardiesse des inductions.

Si une nation élevoit quelques prétentions contre la supériorité de la France pour les études historiques, ce seroit peut-être l’Allemagne; mais le rôle d'historien exige un ensemble de vues, une hauteur et une bardiesse de coup d'eil qui semblent peu propres au caractère allemand. Aussi les travaux généraux d'histoire sont rares en Allemagne, et les historiens, dans la large acception de ce mot, s'y montrent peu souvent. Mais les questions de détail étudiées et traitées avec cette patiente et sûre méthode qui creuse beaucoup, affirme peu, et, si elle ne façonne pas le minerai, sait du moins l'extraire parfois à de très-grandes profondeurs. Toutefois il faut faire une réserve pour l'histoire ancienne : les Allemands s'en occupent plus que nous ;- témoin, entre autres ouvrages d'une haute importance, l'Histoire de la civilisation morale et religieuse des Grecs, par Van Limburg Brouwer; l'Histoire de la Grèce depuis la fin de la guerre du Péloponnèse jusqu'à la bataille de Mantinée, par G. R. Sievers ; l'Histoire de la constitution de la république romaine, par M. Gættling, et surtout le Corpus scriptorum historiæ bysantinæ, imprimé à Bonn. En pénétrant dans l'histoire spéciale de l'Allemagne, on trouve au début une question qui a été longtemps agitée sans qu'on puisse se promettre encore une solution

y sont

définitive : c'est celle de l'origine des Francs. Tout récemment encore elle vient d'exciter l'attention d'un écrivain distingué, M. Ferdinand Huschberg, qui, en réunissant tout ce qui concerne les commencemens des Allemands et des Francs, à voulu faire connoître réciproquement aux deux pays la partie de ce passé qu'ils ignorent le plus. Quant aux publications de matériaux, elles sont nombreuses et quelques-unes importantes : de ce nombre, citons le grand ouvrage de M. Pertz, Monumenta Germania, contenant les monumens originaux de l'histoire nationale. Vienne surtout et l'Autriche mettent au dehors leurs archives et leurs documens. Quant à l'histoire moderne, on distingue l'Histoire de la guerre de Trente ans, par Daniel Richter, qui, après dix ans de travail, vient nous donner la vérité technique, et non une relation littéraire et artistement défigurée de ce grand événement; l'Histoire suédoise de Charles XII, de M. Lundblad, traduite en allemand par M. Janssen, et où Voltaire est fort attaqué comme infidèle, partial, et ayant écrit pour la vogue et non pour la vérité. Les principautés allemandes travaillent aussi à cette résurrection historique, poursuivie par les grands États. Cette année a vu l'Histoire du Luxembourg, par le docteur Paquet; celle du Limbourg, de P. Ernst, publiée par M. Édouard Lavallene; et l'Histoire d'Aix-la-Chapelle, de M. Christian Quix.

La Belgique , si voisine de la France, ne pouvoit s'empêcher de partager notre goût pour les recherches historiques; elle y étoit d'ailleurs préparée par les tentatives de plusieurs esprits éminens, qui, depuis la formation du royaume des Pays-Bas, avoient senti le besoin de reconstruire dans l'histoire cette nationalité belge et hollandoise qu'avoient renversée un instant les événemens politiques. A l'imitation de nos comités historiques, S. M. le roi Léopold a créé une commission d'histoire, chargée de retrouver et de faire connoître tous les monumens nationaux. La publication de Philippe Mousk a été l'un des fruits de cette création à laquelle on doit une foule de précieux travaux de détail. L'Académie de Bruxelles ne cesse aussi de rendre des services à l'histoire et à la littérature. La Belgique peut lutter avec des États bien plus considérables sous le rapport politique; et avec des hommes tels que MM. les barons de Stassart et de Reiffenberg, de Gerlaché, Quetelet, etc., sa position intellectuelle peut se promettre tous les développemens.

Antiquités. — Quant aux antiquités, leur étude est toujours en

proportion de l'ardeur pour les recherches historiques. En effet, l'étude des monumens doit toujours marcher avec celle des textes ; elles se fécondent mutuellement, en se servant de preuves l'une à l'autre. Aussi, pendant qu'en France on organise à l'envi des sociétés destinées à mettre en lumière les documens historiques, il s'établit, chaque jour, quelque nouvelle académnie vouée aux recherches archéologiques. La première en date et en importance, la Société royale des Antiquaires de France, vient de réparer, par la publication d'un savant et volumineux recueil de Mémoires, le retard qu'elle avoit mis, en 1839, à continuer la série annuelle de ses publications. Après elle, et en tête des sociétés laborieuses et fécondes en résultats scientifiques, il convient de nommer les Sociétés des Antiquaires de Normandie, de la Picardie, de l'Ouest, du Midi. Chacune de ces académies publie des Mémoires où l'on trouve, sur l'histoire et sur les antiquités locales, les renseignemens les plus curieux et les moins connus. Nous ne devons point oublier non plus les services déjà rendus à la science par la commission récemment formée pour nous faire connoître l'archéologie de l'Afrique.

Parmi les travaux particuliers, nous avons signalé déjà les lettres si savantes et si probantes de M. Raoul-Rochette, sur la peinture des anciens. Nous rappellerons les explications de l'inscription de Rosette, données par MM. Letronne et Lenormant; le livre tout nouveau et si digne d'éloges de M. Mauduit, contenant ses découvertes dans la Troade; mais surtout le beau travail patiemment et savamment édifié par M. Jal, sous le titre d'Archéologie navale; les savantes recherches de M. Géraud, sur les livres dans l'antiquité, et le grand monument littéraire élevé par MM. Champollion Figeac, père et fils, à la paléographie grecque et latine.

En Allemagne, on connoît les beaux travaux d'Otf. Müller; et ce nom rappelle une des pertes les plus regrettables de la science archéologique. Nous avons cité son ouvrage sur la description des antiquités d'Antioche, et l'Histoire du temple de Salomon, de M. Kcil.

La Société archéologique de Londres ne cesse , par ses publications, de bien mériter du monde savant. A côté de ses travaux, il faut ranger l'ouvrage sur les Marbres anglois, le Dictionnaire archéologique de l'antiquité, de M. Nuttall, et l'Histoire des antiquités de Winchester.

ce que

Tel est le tableau du mouvement intellectuel pendant l'année qui vient de s'écouler. Nous avons omis, et à dessein , beaucoup de choses; car, même en donnant à cet article des dimensions sans doute trop étendues, il est difficile d'indiquer seulement les matières principales. Nous avons voulu jeter un coup d'oeil général sur les progrès de l'Europe savante. Les inatériaux fournis par notre recueil nous rendoient cette tâche facile ; nous n'avons point voulu y manquer. Nous nous estimerons heureux si nous avons pu signaler à nos lecteurs le trait particulier à la culture littéraire de chacune des nations de l'Europe , et leur indiquer tout

l'habitude de cette littérature internationale doit amener de résultats féconds pour les savans de tous les pays. Quoique cet article soit bien long , nous demandons la permission d'y ajouter un mot sur le fait dominant du mouvement intellectuel de la France ; nous voulons parler de cette ardeur inouie qui pousse tous les esprits vers l'histoire.

Mises en bonneur par un historien éminent , devenu ministre, et depuis constamment favorisées par ses successeurs, les études historiques ont eu parfois le rare privilege de faire trêve à nos préoccupations politiques ; elles sont devenues le sujet d'investigations sérieuses et même un objet de mode : grande preuve et puissante garantie de succès en France. Les résultats obtenus ont-ils été en proportion de la passion apportée aux recherches? nous n'oserions le dire. Au zèle véritable se sont ajoutées bien des passions factices. Quand tout le monde s'en mêle, il est bien difficile qu'il n'y ait pas beaucoup à blâmer , et l'on ne sauroit dire tout ce qui s'est produit de fausse science et de faux savans. Quoique bonne en soi, cette ardeur de l'inédit, qui semble s'être emparée de tout le monde , a bien des inconvéniens. Rien n'est facile comme d'amonceler les documens; la Bibliothèque du Roi et les Archives du royaume , sans compter tous les autres dépôts publics, ont largement de quoi défrayer, pendant de longues années, toutes les presses de la France. Mais à cette publication en bloc, à cette émission matérielle de documens, la science véritable , l'histoire digne de ce nom ont-elles beaucoup à gagner ? On nous accusera peut-être de vouloir refroidir'une ferveur destinée, ainsi qu'on l'affirme, à faire luire enfin la lumière sur nos origines, sur nos institutions et nos inæurs. Mais ne diroit-on pas que nos origines ont été jusqu'ici impénétrables, que les sources

de nos institutions n'ont jamais été fouillées, que nos mours , nos arts , nos habitudes sont toujours demeurés lettres closes? Oui, il y a des parties de détail à améliorer, quelques questions bien rares, mais importantes, à résoudre, quelques points obscurs de certains règnes à éclaircir , et des esprits éminens s'attachent avec raison à la solution de ces quelques problèmes que tout le monde connoît et qui de tout temps ont été indiqués à la cri- , tique des vrais savans. Mais de croire que tout est à faire, que tout est à découvrir, que jusqu'ici l'histoire n'a été qu'une confusion, un mensonge, un chaos; voilà qui est parfaitement absurde, et voilà cependant ce qu'on a écrit : voilà de ces préjugés qui ne dominent le commun des érudits que parce que certains esprits éminens leur ont donné créance. Non certes, en histoire tout n'est pas à découvrir ; et réciproquement il s'en faut que, dans tout ce qui a été mis au jour en ces derniers temps, il n'y ait que des découvertes. Les hommes qui, jusqu'à présent, avoient compulsé notre bistoire savoient aussi lire les manuscrits qui en sont la source ; ils savoient où aller trouver les documens qui en éclairent l'ensemble et les détails : s'ils ont refusé d'en publier les textes, c'est qu'ils avoient su en prendre la substance. Et aujourd'hui, quand la foule des savans novices pénétrant dans nos dépôts , à la vue d'un monument dont ils ne soupçonnoient pas l'existence, s'écrient avec un enthousiasme tout colombien: Terre, terre! ils imitent Améric Vespuce donnant son nom à la découverte des navigateurs espagnols , ou mieux encore ce villageois casanier qui prend pour un autre monde la contrée la plus voisine.

Il va donc sans dire qu'en applaudissant au goût si puissamment éveillé des études historiques, nous entendons blâmer toutes ces publications hâtives et indigestes, choisies sans utilité et sans àpropos, disposées sans critique, et auxquelles on ne trouve qu'un seul mérite, celui d'être inédites. Le temps et l'argent qui se dépensent dans de tels travaux pourroient être bien mieux employés à élever avec les matériaux acquis quelque monument historique véritablement utile, sayant et glorieux pour ceux qui en seroient les ouvriers et pour le temps qui le verroit naître. Faisons une halte, sans quoi, comme ces mineurs trop avides, nous allons nous trouver ensevelis sous le monceau de nos découvertes. Nous avons assez travaillé dans la carrière; il est temps de jeter les fondemens du temple.

(Revue de Bibliographie.)

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