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de la France, dont il met en lumière les monumens avec autant de zèle que de science, pendant qu'en Allemagne un philologue, également patient et pénétré de l'utilité de la connoissance des patois pour celle de la littérature nationale, M. Schnakenburg, dresse le tableau synoptique et comparatif de nos idiomes populaires. Ces travaux sur l'ancien langage de la France nous rappellent une perte bien douloureuse pour la philologie françoise , et un ouvrage destiné à lui faire faire de grands progrès : nous voulons parler de M. Fallot et de ses Recherches sur les formes grammaticales de la langue françoise et de ses dialectes au xie siècle, dont M. Guérard a compris et signalé toute l'importance. L'étude de la langue, qui a fait de notables progrès depuis peu, est appelée à de grands développemens. C'est pour parer à ce besoin qu'ont été entreprises une réimpression et une refonte du Glossaire de du Cange, vaste monument élevé à la science par le dévouement bien connu de MM. Didot frères.

Mais les belles lettres françoises ne se sont point contentées de ces travaux spécialement d'érudition. Des ouvrages de première main, tels que l'Histoire littéraire de la France avant le xire siècle, de M. Ampère ; les Essais de M. Géruzez et de M. Patin, sur des époques diverses de notre littérature, ont montré que l'on pouvoit élever la critique littéraire à la hauteur de l'histoire, en étudiant les ceuvres de l'esprit non-seulement au point de vue de la composition littéraire, mais des idées, des meurs, des croyances dont elles sont le produit et l'expression. La littérature, telle que l'a considérée M. Ampère, est l'histoire de l'esprit humain, de la civilisation dans sa plus haute appréciation. Son ouvrage a été l'objet d'une récompense flatteuse de la part de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui lui a décerné le prix Gobert. Les critiques et les éloges dont il a été l'objet à cette époque nous dispensent d'entrer dans plus de détails sur un ouvrage suffisamment connu et jugé.

Géographie et Voyages. - L'Angleterre, à elle seule, publie autant d'ouvrages sur la géographie et les voyages que tous les autres États de l'Europe. Cela se conçoit : son immense navigation et l'étendue comme la distance de ses possessions d'outre-mer lui procurent la nécessité et les moyens de connoître les autres nations. Elle écrit beaucoup parce qu'elle voyage beaucoup; et il faut le reconnoître, soit habitude, soit aptitude nationale, les meilleurs re

lations de voyages, les ouvrages de navigation les plus distingués et les plus nouveaux, sont produits par l'Angleterre. Immédiatement après vient la France, non moins hardie dans ses explorations lointaines, plus savante même dans l'histoire de la géographie, plus habile à observer et à décrire les moeurs. L'Allemagne dispute à la France cette prééminence pour les questions de géographie ancienne ; et, quoique peu voyageuse, elle ne laisse pas de produire, dans cette littérature spéciale des voyages, quelques ouvrages dignes de remarque. Les États-Unis, voyageurs commerciaux à la manière des Anglois, promènent aussi leur observation sur tous les points du globe, et en publient fréquemment les résultats politiques et pratiques. Enfin le Portugal et la Hollande, ces deux anciennes reines de la mer, prennent part, mais dans de moindres proportions, à ce mouvement vers lequel le sentiment de leur yocation ancienne les pousse toujours, malgré leur décadence politique.

Les productions publiées sur la géographie ont été si nombreuses, qu'il ne nous est point permis d'entrer dans des détails qui prolongeroient notre examen hors de toute mesure. Qu'il nous suffise de rappeler, en Allemagne, les travaux de M. de Humboldt sur la découverte de l'Amérique, ceux de M. Kriegk sur l'histoire de la géographie générale , de M. Reinganum sur l'histoire des

anci ennes. En Angleterre, les ouvrages de MM. Massie, Johnson, Bell, Dillon, sur l'Inde, l'Australie , la Circassie, l'Arménie , l'Islande , la Russie , etc. ; en France, le savant ouvrage de M. le marquis de Fortia d'Urban sur la Chine, dont il poursuit parallèlement la description géographique et l'histoire antédiluvienne ; les travaux de M. Jomard sur l'Arabie ; et sur l’Orient la série des travaux distingnés, à des titres si divers , de MM. Boué, Boré, Letellier , Poujoulat , Tamisier , Clot-Bey, Caldavenne, Barrau, etc. ; les relations de la Bonile, de M. Freyci

de M. Dumont-Durville ; les publications de documents sur l'histoire de l'Amérique, dus à M. Ternaux-Compans, et les travaux si utiles de la Société de géographie. Nous ne devons pas oublier non plus la part apportée aux études géographiques par le représentant de la science portugaise parmi nous , M. le vicomte de Santarem , auquel il a été donné d'avoir raison contre M. de Humboldt, dans cette question si importante de l'anteriorité de la découverte de l'Amérique.

cart

Histoire. C'est ici une des divisions sous laquelle nous avons compris le plus grand nombre d'ouvrages , et c'est ici surtout que brillent la science et l'érudition françoises.

Nos productions historiques se divisent en documents et ouvrages de première main. En tête des publications de documeus hisioriques, il convient , sous tous les rapports , de placer les deux monumens dont les bénédictins ont jeté les larges bases et que l'Instilut poursuit d'une manière digne de ses devanciers : nous voulons parler de la collection des Historiens originaux de la France et du Recueil des ordonnances de nos rois. Ce sont là les deux solides colonnes de tout notre édifice historique. Voilà quels documens sont réellement utiles , et c'est ainsi qu'ils doivent être produits avec une critique intelligente et féconde pour rapporter tous leurs fruits. L'Académie des inscriptions et belles-lettres a publié, cette année, le tome vingtième de chacune des deux collections. Le premier comprend les historiens de la France depuis saint Louis jusqu'à Charles IV, et le second les ordonnances rendues de 1486 à 1497. Rapprochement douloureux ! MM. Daunou et de Pastoret , éditeurs de ces deux beaux travaux, ont été l'un et l'autre ravis à la scienee depuis leur apparition, couronnant ainsi , par une cuvre éminente, une vie toute dévouée à la science et au culte de notre histoire. A côté de ces deux grandes entreprises, il faut placer la collection des documens inédits publiée par les soins du ministre de l'instruction publique , et dont les livraisons les plus récentes comprennent la correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis , par M. Eugène Sue; la chronique de Bertrand Duguesclin de Cuvelier, par M. Charrière ; les archives administratives de la ville de Reims, par M. Pierre Varin; la chronique d'un religieux de Saint-Denis , comprenant le règne de Charles VI, par M. Bellaguet; un choix de lettres des rois, reines et autres personnages des cours de France et d'Angleterre , par M. Champollion Figeac, et enfin les Olim ou registres des arrêts rendus par la cour du roi, de saint Louis à Philippe le Long. M. Paulin Paris , par son excellente édition des Chroniques de Saint-Denis , et M. de Luynes , par sa publication de Mathieu Paris , ont rendu aussi un véritable service à l'histoire , et l'on doit louer encore , quoiqu'en se réservant de faire un choix, les publications de la Société de l'Histoire de France. Au nombre des publications particulières qui méritent d'être distinguées , nous placerons l'Histoire des ducs de Norman

die et des rois d'Angleterre dont la connoissance est due à M. Francisque Michel ; la correspondance de l'empereur Maximilien ser et de Marguerite d'Autriche, sa fille , recueillie par le savant M. le Glay ; les lettres de Marie Stuart , publiées par la piété du prince de Labanoff ; la correspondance de Henri IV et de Maurice le savant , due aux soins de M. de Rommel. Parmi les ouvrages consacrés à des règnes ou à des personnages spéciaux , nous avons cité avec éloge l'histoire de saint Louis , par M. de Villeneuve Trans, cette vie qui fait aimer et admirer celui qui en est le héros, car elle a été faite avec admiration et amour; l'histoire de Louis XIII, par M. Bazin, æuvre de sagesse et d'exactitude où l'auteur se contente d'être vrai , dédaignant d'être brillant : l'histoire du règne de Louis le Pieux, par M. Frantin , et la biographie de Jacques Cour, par M. le baron Trouvé.

Mais , pendant que la masse des esprits semble préoccupée du soin et du besoin exclusif de recueillir les faits et les documens bistoriques, quelques-uns restent fidèles à cette école de philosophie historique qui , estimant assez avancée l'investigation des faits , se croit autorisée à tirer des conséquences et à formuler des systèmes. Il y a une expression de cette tendance synthétique dans le succès toujours grandissant et la réimpression de l'ouvrage si éminent de M. Guizot sur l'histoire de la civilisation. Nous avons mentionné avec distinction l'ouvrage écrit par M. Hello sous le titre de Philosophie de l'histoire de France. Il faut y joindre celui de M. Dumolard , honoré des éloges de l'Académie lors du concours récent le prix institué par M. le baron Gobert, et qui a produit les idées les plus hardies et les plus systématiques sur le moyen âge et la féodalité.

Ce concours que nous venons de nommer appartient au mouvement des études historiques. Nous ne voulons pas en juger l'influence salutaire ou nuisible sur la science : nous constaterons seulement qu'il est devenu un stimulant de plus pour cette ardeur historique qui nous domine. L'affluence a été grande et deviendra de plus en plus pressée aux abords de l'Académie, et celle-ci auroit

au plus haut degré, l'embarras du choix , si la qualité des cuvres avoit égalé la quantité. Mais, il faut le dire, sans vouloir préjuger en rien l'action future de ce concours , jusqu'ici les récompenses du baron Gobert ont provoqué et mis en relief peu de talens ignorés et encore moins de chefs-d'oeuvre inconnus. L'ouvrage que

pour

eu ,

M. Augustin Thierry a publié sous le titre de Récits des temps mérovingiens étoit , par le mérite de ce travail et le nom de l'auteur, parfaitement hors ligne. Combattre , pour lui', c'étoit vaincre ; aussi c'est un succès qui , en contentant tout le monde, n'a surpris personne. Nos lecteurs se souviennent que nous avons analysé cet ouvrage avec toute l'importance qu'il mérite. Tout est dit pareillement sur la valeur des savans ouvrages de MM. Michelet , Monteil et Sismondi. A ces noms on joint, sans trop de désavantage , ceux de MM. Burette, Henri Martin , etc.

Mais toute science est loin d'être concentrée à Paris , et, sans croire à cet avenir si désiré par les provinces de la décentralisation intellectuelle , il faut rendre justice à la saine érudition , à la science véritable dont quelques-uns de leurs savans font preuve fort souvent dans d'importans travaux. Analyser nous seroit impossible, qu'il nous suffise de rappeler les excellentes recherches de M. de Courson sur l'histoire , la langue et les institutions de la Bretagne armoricaine ; l'histoire du Béarn , par M. Mazure ; celle du Roussillon, par M. Henry; de l'Aunis, par M. Massiou ; du Poitou, par M. de Saint-Hermine ; celle des Vigueries de cette province , par M. de la Fontenelle de Vaudoré, et surtout l'histoire du parlement de Normandie, ouvrage vraiment remarquable et qui honore beaucoup son auteur, M. Floquet. Sur tous les points de la France , non-seulement les provinces , mais les villes, les bourgs , les châteaux même sont l'objet de publications historiques : cela est louable et cela est utile. L'histoire provinciale a été réellement négligée, et ce n'est que lorsque nous aurons la collection de ces histoires particulières que nous pourrons entreprendre avec des chances de succès notre histoire générale. L'une des plus intéressantes monographies qui ont marqué cette année est l'histoire du château de Blois , par M. de la Saussaye , à côté de laquelle on place , sans trop de défaveur, l'histoire de l'abbaye de Fécamp, par M. Leroux de Lincy , et celle du château d'Arques , par M. Deville. Nous terininerons enfin l'inventaire de cette année historique , si nous mentionnons les services rendus par une publication toute spéciale , la Bibliothèque de l'École des Chartes, actif et irréfutable plaidoyer en faveur de l'utilité de cette institution.

Cette ardeur pour l'histoire nationale nous fait négliger celle des autres peuples, et c'est à tort, car il y a tout un avenir scientifique

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