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abandonnant les théories professées , compose de lui-même avec le passé une théorie nouvelle ; que le théologien compulse laborieusement les annales des premiers âges de l'église pour y trouver la base d’ane organisation religieuse , franche des idées qui l'ont dominée dans les siècles passés ; que le naturaliste , repoussant tout système , rappelle et réduit à l'observation des phénomènes et des lois qu'ils représentent quiconque aspire à étudier la nature; que le géographe proclame indigne de ce nom celui qui n'aura point pour but de reproduire la face de la terre comme dans un vaste tableau où nul détail ne soit omis, tandis que lui , premier ouvrier de cette mine féconde, il s'efforce de mettre au jour les trésois qu'elle contient. Et dans l'histoire , surtout , éclate cette application du fait matériel. L'histoire, aujourd'hui toute de docamens, tantôt élevée jusqu'à la forme régulière, tantôt oftrant un immense recueil de matériaux destinés à reproduire toutes les phases de la vie des peuples , est le plus frappant exemple de cette marche nouvelle que nous exposons. Et certes , il faut le dire, si jamais peuple a réuni toutes les qualités nécessaires à ce qu'on appelle recherche, assemblage de matériaux, c'est le peuple allemand. Patient, laborieux, dévoué sans réserve à la ligne de travaux qu'il s'est tracée , le savant allemand ne voit dans le monde que le côté qu'il étudie ; tout ce qu'il lui sera possible de réunir de richesses pour augmenter ce fonds à l'accroissement duquel it a voué sa vie, il cherchera à l'acquérir; tout ce qui s'y rapportera, de près ou de loin , il tâchera de l'y joindre , autant que ses forces s'y prêteront. Son but est de pouvoir se dire un jour : Moi aussi j'ai apporté ma pierre au grand édifice.

Que l'on nous permette d'épaiser ici ce qui concerne le caractère littéraire de l'Allemagne. Pour qui considère l'ensemble de ses publications, il est 'un fait qui frappe d'abord, c'est que, dans ce mouvement intellectuel , la part du nord est de beaucoup la plus importante. C'est au nord qu'appartient presque en totalité l'immense quantité des ouvrages sur la théologie et l'histoire religieuse. Le midi, la Suisse exceptée , s'en préoccupe incomparablement moins. Le nord est encore en première ligne pour les travaux de législation et de jurisprudence , quoique , dans cette partie, le midi présente des résultats importans en ce qui concerne la partie doctruyentaire. Mais au nord appartient la discussion des grandes questions de droit naturel et politique.

Pour l'histoire , le mouvement est général. Pas un gouverneinent qui ne donne l'impulsion aux recherches historiques , pas une province qui n'ait une société vouée à la réunion et à l'étude des monuments. Du reste , la prospérité dont jouit uniformément cette portion de la littérature dans toute l'Allemagne s'explique d'elle-même par l'absence d'une grande capitale , dont l'un des effets seroit de nuire, avec son influence absorbante, au développement de l'individualité provinciale. Les anciennes capitales, centres d'États distincts ou incorporés aux grands États, ont toutes conservé leur importance et leur rang. Ajoutez à cela les formes administratives, qui ont pris dans chaque pays le caractère de ses moeurs et de ses institutions; et vous expliquerez facilement pourquoi chaque province se trouve naturellement en possession de inatériaux, qu'aucune grande secousse n'a déplacés ou anéantis. La Prusse est peut-être, à cet égard, le pays où la centralisation acquiert, chaque jour, le plus d'empire ; mais elle est encore bien loin d'avoir effacé la personnalité originaire de chacune de ses provinces.

Dans les sciences, la production littéraire , bien que très-féconde en matériaux, a une physionomie particulière à l'Allemagne. On a résumé beaucoup dans ces derniers temps, on s'est efforcé de constituer chaque science en un corps un et homogène, et, sans parler des travaux des grandes académies que nous avons à mettre au premier rang , nous trouvons dans chaque branche spéciale un ou plusieurs historiens, un ou plusieurs systématiseurs ; c'est surtout en cela que l'Allemagne a rendu au reste du monde de réels et d'importans services. Parlerons-nous de la géographie? la géographie en Allemagne, c'est Charles Ritter : de l'histoire naturelle? l'Allemagne offre des matériaux recueillis dans toutes les contrées du munde; des livres classiques? quel pays peut en produire autant que cette partie qui, à partir de la Silésie, embrasse tout le nord et l'ouest de la Germanie? Certes, dans cette partie, le nord peut revendiquer comme un titre incontestable sa supériorité, que, du reste, l'existence des universités explique fort naturellement.

Au nord encore la prééminence pour l'histoire et la littérature anciennes, qui viennent de s'enrichir de nouveaux documens de Boeckh sur la marine athénienne, des travaux de Bode sur la comédie grecque, faisant suite à son histoire de la poésie hellénique.

couronne

Pour la littérature orientale, les titres de l'Allemagne sont d'un grand poids. Sans compter les deux volumes de M. de Humboldt qui viennent d'être publiés par l'Acadéntie de Berlin , et les travaux nombreux du fécond M. de Hammer à Vienne, il n'est aucune partie de cette littérature qui ait échappé à la studieuse Allemagne, depuis les vieilles langues sacrées de l'Asie jusqu'aux idiomes des peuples du pôle. Aussi , nous n'hésitons pas à le dire, la philologie est un des plus beaux fleurons de sa scientifique. Eh! quelle étude, en effet, mieux appropriée au génie allemand ? On connaît aussi ses précieux travaux relatifs à la littérature des langues romanes.

Sur les antiquités, les travaux les plus nombreux et les plus importans se rattachent à ceux de l'Académie des sciences de Berlin. Cette ville est presque le centre de tout ce qu'on a produit en Allemagne dans cette partie de la science, et c'est encore là qu'on retrouve la supériorité du nord sur le midi. Mais il faut restituer à Vienne les publications en grec moderne, et nombre de productions se rattachant aux littératures germanico-slaves des nations si diverses des parties intégrantes ou limitrophies de l'empire autrichien.

Quant aux voyages, dans le nombre des voyageurs allemands, les deux grands tiers ont tout à fait ce caractère que nous avons fait observer. La plupart d'entre eux ne sont pas, comme cela est fréquent parmi les voyageurs anglois, de simples promeneurs ayant pour but d'observer tout à peu près : loin de là, chaque Allemand, nous l'avons dit, a dans ses observations un point de vue.dont il ne se départ point. Le militaire voyage pour observer les institutions militaires, le théologien pour compulser des documens de théologie, et chacun d'eux, recueillant les faits spéciaux qui se rattachent à l'objet de ses études, laisse une fort petite place aux observations générales et aux anecdotes romanesques.

Du reste, si l'on pouvoit donner des limites précises à la production littéraire en Allemagne, on attribueroit au nord la science; à l'ouest, et particulièrement à la Bavière (1), les travaux où l'art domine; au midi, c'est-à-dire à l'Autriche, le mélange des genres,

(1) La Bavière participe au mouvement général, surtout pour ce qui regarde les sciences historiques; mais le caractère de la civilisation de ce pays le porte plus que les autres vers les arts plastiques et la poésie : presque tous les membres de la famille royale y sont poëtes.

sans que l'une des branches littéraires s'élève trop au-dessus des autres, et toutes bien moins développées que dans le nord. Cependant on ne sauroit prendre ce partage trop au pied de la lettre; c'est plutôt un indice de l'impulsion imprimée à la production.

Il est un dernier fait de la littérature allemande digne d'attention, et qui semble caractériser le mieux son esprit : c'est le penchant à la controverse , à la polémique. Cela vient, comme nous l'avons fait remarquer,

du besoin de donner issue, sur un terrain neutre, à une activité à laquelle les gouvernemens défendent toute direction politique. Chassée du domaine des faits, elle se précipite entière dans la spéculation. Cependant la philosophie est loin aujourd'hui d'exciter les anciens débats. La philosophie d'Hegel est la seule où la polémique ait encore quelque vivacité; encore n'est-ce qu'à de longs intervalles et sans un bien grand retentissement. De temps à autre les vues de Bolzano sur l'ensemble des connoissances humaines donnent aussi naissance à quelques écrits de controverse. Mais c'est la théologie, ainsi que nous l'avons observé, qui occupe le premier rang comme aliment de discussion. Nous avons aussi signalé, dans l'étude du droit, les débats des deux écoles philologique et philosophique. Enfin il n'est pas jusqu'à la pédagogique ou théorie de l'instruction primaire qui n'ait été l'objet des discussions les plus emportées entre MM. Thiersch, Diesterweg, Meyer, etc. Quant à la philologie, à l'histoire et à l'archéologie, sources de disputes en tout pays, elles n'ont cessé d'en inspirer en Allemagne d'aussi vives qu'interminables. Comme nous l'avons dit, cela tient essentiellement au caractère allemand. Dès qu'il s'est attaché à une idée, à une manière de voir, il l'embrasse étroitement, se l'incorpore pour ainsi dire, et une fois identifié avec elle, fort de la conscience intime qu'il a de ses convictions, il en poursuit imperturbablement les résultats jusque dans leurs dernières conséquences. Comme son opinion est devenue sa propre substance, en la défendant avec passion, il combat pour ses propres foyers.

En France, l'ardeur de la polémique est presque toute portée dans le domaine politique; et c'est un triste et douloureux spectacle, quoi qu'en disent ceux qui trouvent là une preuve de force, de voir tout ce qui s'y dépense d'énergie, tout ce qui s'y use de caractères et de talens. En effet, comment jeter sans tristesse les

yeux sur cette mêlée horrible au-dessus de laquelle plane un long retentissement d'insultes et de calomnies réciproques, où l'on trouve

cent lâches poignards pour une épée loyale, où pas un coup n'est frappé qui ne soit fratricide, et où, en se déchirant les uns et les autres sans pitié et sans trêve, on abaisse le pays de tout ce qu'on enlève d'honneur et de considération aux hommes qui ont un nom? Ensuite qui dira tout ce que ces débats forcenés ont rayé à la science d'esprits élevés, de vastes systèmes et de chefs-d'œuvre éminens ! La philosophie surtout souffre d'un pareil état de choses. La pratique si hâtive, si renouvelée chez nous, étouffe la spéculation : nous réalisons une institution aussi vite que nos pères formulaient une théorie. On dirait que nous avons assez pensé dans le dernier siècle; nous ne voulons plus qu'agir. Aussi nos plus récens ouvrages philosophiques sont plutôt de la philosophie politique que de la philosophie pure, notamment le dernier et vaste travail de M. de Lamennais, que nous nous réservons de juger, le livre de M. Pierre Leroux sur la perfectibilité indéfinie de l'humanité, sorte de dogme pour lui, défendu avec plus de chaleur qae de justesse, et qui porte le vice de tous les systèmes d'exagération.

C'est ici peut-être le lieu de rappeler l'excellent ouvrage de M. de Tocqueville sur la Démocratie, qui accompagne ce numéro et qui est l'œuvre d'un grand esprit et d'un grand écrivain. Cependant la philosophie pure n'a pas été sans fécondité en France : les cuvres de MM. Victor Cousin et Jouffroy sont connues; les cours de la Sorbonne et du collége de France, s'ils ne rappellent plus les beaux jours d'autrefois, tiennent cependant le public au courant de la science. Nous avons signalé l'ouvrage de M. Rogniat, intitulé Pbilosopbie sans système; les travaux de M. Azais; la traduction, par M. Peisse, des Fragmens de la Philosophie d'Hamilton, l'antagoniste de M, Cousin. Il faut y joindre les excellentes recherches de M. Barthélemy Saint-Hilaire sur Aristote, et les travaux de M. Ravaisson , qui promettoit, fort jeune, un philosophe distingué à la France, et qui a tenu une partie de ses promesses.

L'économie politique a été signalée par plusieurs grands travaux. En tête, les recherches si profondes et si complètes de M. Dureau de la Malle sur l'économie politique des Romains, dont il fait connaître successivement les systèmes de poids et mesures, les monnoies et leurs valeurs comparées aux nôtres, le prix des salaires, les revenus des terres, celui de l'impôt, le taux de la population, dans laquelle il retrouve moins d'esclaves qu'on n'en a compté jusqu'ici, ajoutant les indications les plus minutieuses et les plus précises

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