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vivre sans boire ni manger depuis plusieurs mois, et sans maigrir le moins du monde. Monsainct, chirurgien distingué de Sens, lui donna des soins dès 1611, suivit avec attention ses accidens et ses allures, et publia sur ce fáit étonnant l'opuscule suivant : Histoire d'un jeune enfant, natif à Valprofonde, ågé de 9 à 10 ans, lequel n'a bu ni mangé depuis l'Ascension (jusqu'en octobre 1611), et ne laisse pourtant de parler et cheminer. Paris, 1612, in-8°, volume très rare, mais que possédoit pourtant le médecin Falconet, si riche en curiosités de ce genre.

De Provenchères ne tarda pas à faire suivre, ou plutôt à faire paroître simultanément ses observations sous ce titre : Discours sur l'inappétence d'un enfant de Vauprofonde, qui n'a bu ni mangé depuis dix-neuf mois. Sens, 1612, in-8° (1).

Le phénomène continuant sa marche étonnante, le docteur rendit au public une nouvelle édition de son livre, avec un troisième discours, dans lequel il raconte que ce fait stupéfiant s'étoit soutenu pendant trois ans et huit mois. Elle est de Sens, 1615, in-8°. L'enfant avoit fait bruit, grâce aux doctes dissertations des médecins ; il avoit dès lors excité la curiosité des grands de la terre ; il reçut la visite du duc de Vendôme, et fut mené à Fontainebleau pour être présenté au roi et à la reine, comme digne de servir un moment de spectacle et de délassement aux majestés royales. Mais si Louis Godeau restoit insensible à la faim, il ne l'étoit pas à la fatigue, et, à son retour dans ses modestes foyers, il ne put se tenir sur ses pieds; il dut garder le lit et ne marcha que long-temps après. Il est vrai que lorsque le caprice de la cour fut satisfait, on jeta la bête curieuse dans une misérable et rude charrette, sur un peu de paille, et on la ramena à son domicile, d'autant plus lestement qu'on n'avoit pas besoin de s'arrêter en route pour lui faire prendre ses repas.

(1) Ceci étoit déjà, ce semble, une seconde édition de ses observations, car, « au début de son deuxième discours, il dit : «Lorsque mon discours (le « premier) fut mis soubs la presse, déjà sept mois s'estoient escoulés pendant « lesquels luy (l'enfant) s'estoit conservé en vie sans boire, sans manger, • sans rendre aucuns excremens. » Or, ici, dans le titre de l'édition de 1612, il est question de dix-neuf mois, donc, c'étoit déjà une 2e édition, dans laquelle le second discours se trouvoit compris.

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Un critique anonyme publia une brochure contre la relation du docteur de Provenchères. Le trop sensible médecin ne resta pas en reste : il décocha sa quatrième édition, augmentée d'un quatrième discours, dans lequel il combat l'anonyme, tout en relatant les circonstances de la mort de Louis Godeau, arrivée le 16 avril 1616. Cette édition est intitulée : Histoire de l'inappétence d'un enfant de Vauprofonde prez Sens, de son désistement de boire et de manger quatre ans onze mois et de sa mort. Sens, George Niverd, MDCXVI, in-8°, 48 feuillets. Il est à remarquer que les divers discours de Provenchères étant des observations, faites en forme de journal, la dernière édition reprenoit tout ce qui avoit paru dans chacune des précédentes, avec les additions que le temps et la marche du phénomène avoient nécessitées.

L'anonyme ne se regarda pas comme battu; il publia un second écrit, contre lequel la susceptibilité du médecin du roi ne put tenir. Il résolut donc, quoiqu'il fut dans sa soixante-dixième année, de prendre encore une fois la plume, pour la quitter ensuite sans retour. Son imprimeur nous en fait la confidence dans un avis au lecteur : « C'est le dernier

coup

d'escrime de « l'autheur, dit-il, qui comme viel soldat s'est resolu de

pen« dre les armes au croc pour le reste de ses iours. » Sa dernière ouvre porte pour titre : Cinquième discours apologetique pour les cavses svrnaturelles de l’inappétence de l'enfant de Vauprofonde, par Siméon de Provanchères (1), médecin du roy. A Sens, chez George Niverd, mpcXVII, in-8°, 34 feuillets. Ce dernier ouvrage du docteur est terminé par ces vers :

« La nature a voulu obliger nostre vie
« Aux passes de ses lois, et l'homme ne peut pas,
« Privé de nourriture, éviter le trespas.

Doncques il doibt manger, s'il a de vivre envie.
« Godeau pour ce subjet nous a l’ame ravie,
« Parce qu'à ces décrets il a fermé le pas.
« Car enfant qu'il estoit, il quitta tout repas,
« Et sa bouche n'y fut oncques plus asservie.
« Ce rare estrange cas passe nos jugemens,
« Car perdant du manger et du boire l'usage,

(1) On reinarque que cette fois Provancheras est écrit par un a.

« La descharge cessa des communs excremens.
« Mais qui peut lui avoir causé cet avantage,

D'avoir vescu tant d'ans, sans donner temps ni lieu
« Au corps pour se nourrir ? Le plein vouloir de Dieu. »

K

Tel fut le chant du cygne du docteur Provenchèress. Les lecteurs délicats trouveront qu'il sent un peu la médecine. Le pauvre homme croyoit cependant avoir bâti un chef-d'oeuvre pour la postérité, car il plaça, au dessous de ces vers, l'inscription suivante, en style lapidaire : Hoc monumentum, quod omni ævo posteri suspiciant, posuit SIMEON DE PROVANCHERES, LINGONENSIS MEDICUS REGIUS, et urbis Senonum civis.

Et cependant le nom de Provenchères, ou Provánchères, révélé par l'exact M. Brunet, dans son Manuel du Libraire, eût été bien oublié, sans la manie des bibliophiles de rechercher et conserver toutes les drôleries et tous les livres à titre et à matières singulières et grotesques. Nous-mêmes, tout en faisant fi du style et des vers du médecin sénonois, nous avons été heureux de rencontrer un bel éxemplaire, contenant ses cing discours, relié en maroquin rouge, dentelles, doré sur tranche. C'est le même qui ne fut vendu que 6 francs chez Mion.

Pour terminer par un mot sur le cas de Louis Godeau, il paroit qu'il n'étoit pas nouveau, et qu'il ne fut pas le dernier. Chaque province pouvoit, presqu'à la même époque, fournir son personnage vivant, parlant et marchant, sans boire ni manger. Ces faits sont pour ainsi dire constatés par les ouvrages suivans, dont l'existence du moins 'est bien prouvée.

19 Ger. Bucoldiani de puellâ quæ sine cibo vitam transigit, narratio. Parisiis, Rob. Stephanus, 1542, in-8°.

2° Histoire admirable et véritable d'une fille champestre du pays d'Anjou, laquelle a été quatre ans sans user d'aucune nourriture

que
de

peu d'eau, comme il a été veu par une infinité de personnes; avec plusieurs autres discours accommodés à cette histoire, par P. R. S. D. F. G. A. Paris, de Roigny, 1586, petit in-8° de 28 p.

3° Histoire d'une fille qui, depuis plusieurs années, ne boit, ne mange, ne dort, et ne jette aucuns excrémens, et vit néan

moins. Trad. de l'allemand, Francfort, 1587, petit in-8° (Falconet, 7096).

4° Histoire merveilleuse de l'abstinence triennale d'une fille de Confolens, en Poitou. Trad. du latin, Paris, 1602, pet. in-8° (Andry, 915. — Duquesnoy, 242).

5° Histoire prodigieuse et admirable d'un homme provençal de nation, présenté à la roine, mère du roi, estant au château de Blois, lequel homme ne boit ni ne mange, et ne laisse de parler et cheminer, chose approuvée et vérifiée par plusieurs notables personnes. Paris, C. Abraham Saugrain, 1618, petit in-8°

de SP

On remarquera que les exemples cités par les auteurs sont rares chez les hommes et assez fréquents chez les femmes : c'est un accident ordinaire aux histériques. Le chroniqueur Gilles fait mention d'une fille qui cessa de prendre de la nourriture trois ans de suite pour s'être accoutumée à jeûner; il parle ensuite d'une autre demoiselle de Dreux qui ne vécut, pendant plusieurs années, qu'en suçant un peu de vinaigre une seule fois toutes les six semaines. Lorsqu'en 1835, l'accusé Morey vécut seize jours sans manger, le docteur Barras, médecin de la Conciergerie, écrivit pertinemment sur ce fait; la Gazette des Tribunaux publia une lettre du docteur Félix Legros sur un prisonnier de Toulouse, décédé en 1831, et ne pesant que cinquante-deux livres; ce qu'on croira sans peine en apprenant qu'il jeûna pendant soixante-trois jours. La Gazette des Hôpitaux, s'emparant de la matière, qui lui revenoit de droit, mit au jour les élucubrations du docteur Scipion Pinel; enfin tous les journaux de Paris nous ont cité, à cette occasion, des exemples d'abstinence, pris dans la Philologie d'Haller, les mémoires de l'Académie de médecine, et les faits historiques, depuis Ugolin jusqu'aux naufragés de la Méduse.

VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES

ET LITTÉRAIRES.

I

LETTRE DE BARBIER A DAUNOU.

Paris, 20 nivôse an IX (10 janvier 1801).

Citoyen, Je m'empresse de vous remercier de l'agréable soirée que m'a fait passer la lecture de votre Mémoire sur la classification des livres d'une bibliothèque. Les différens systèmes bibliographiques qui ont paru jusqu'à ce jour y sont appréciés par un philosophè. La supériorité que vous accordez' au système le plus généralement suivi vous honore autant que vos réflexions particulières sur chacune de ses classes.

Livré par goût et même par passion à ce même genre d'étude, je profite de la liberté que vous m'avez accordée de vous faire part de quelques observations sur votre travail.

Je regrette de ne point trouver, dans l'intéressante histoire de notre Système Bibliographique, un article relatif à la réunion des ouvrages de différens formats, dans les classes auxquelles appartiennent les matières traitées dans les ouvrages.

Pendant trop long-temps les catalogues ont été rédigés d'après l'embarrassante méthode de la division des Formats. Elle y jetoit une grande confusion.

Ceux qui, les premiers, ont donné l'exemple de la réunion des formats, méritent de la reconnoissance, et il me paroît que ce sont les frères Du Puy et Bulliąud, dans les catalogues de la belle bibliothèque de de Thou, qui fut publiée par Quesnel, en 1679. Prosper Marchand, en 1709, dans le catalogue de Faultrier, insista sur le mérite de cette méthode, quoiqu'il ne

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