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* Dv smÈGE" " , " Mis devant la ville de Beauuais par Charles, duc de Bourgongne, prince de la maison de France, surnommé le terrible guerrier, · et qui n'a iamais cedé aux grands roys. Discours tiré d'vn vieu manuscript n'aguere recouuert ou se montrent en bref ptuo sieurs choses notables aduenues durant ledit siege. Puis ont esté adioustées autres choses remarquables touchant ladite ville (1). L'an mil quatre cens soixante-douze, le samedy vingt-septiesme iour de iuin enuiron sept heures du matin arriuerent les Bourguignons deuant la ville de Beauuais, estimans prendre ladite ville d'assault, et apres que ceux de la ville eurent refusé parlementer au herault par eux enuoyé pour les sommer, à vn jet d'arbalestre pres d'icelle ville ; et soudain y liurerent deux assaults, l'vn à la porte de Bresle, et l'autre à la porte de Limaçon, qui sont distantes l'vne de l'autre de plus d'vn jet d'arbalestre : neantmoins les Bourguignons assailloient entre les dites portes outre et quasi la moitié de la ville, parce qu'ils estoient grand nombre, comme de quatre vingts mil ou plus (2). Lors n'estoient en ladite ville aucuns gens d'armes (a cause

que les habitans ne se doutoient d'estre assiegez, ains estre se

(1) En commençant cette nouvelle série du Bulletin du Bibliophile, nous avions annoncé l'intention et pris ainsi en quelque sorte l'engagement d'insérer de temps en temps, dans ce Recueil, quelques pièces historiques ou littéraires devenues rares ou même tout-à-fait inconnues, lorsqu'elles nous paroîtroient propres à inspirer de l'intérêt à nos lecteurs. Nous tenons aujourd'hui cette promesse, et nous leur donnons un récit aussi fidèle que curieux du siége de Beauvais, en 1472. Cette petite pièce historique est devenue tellement rare que nous avons eu beaucoup de peine à nous en procurer un exemplaire. Nous pensons donc que la réproduction de ce naïf document historique ne sauroit manquer d'intéresser les nombreux amateurs de notre histoire. Nous le donnons exactement tel qu'il a été publié en 1622, dans sa forme primitive, et avec les notes dont il est accompagné dans l'édition originale. - G. D. *

3o novembre 1843. · - · · · · · · · ·

| (2) Philippes de Comines a escrit que le duc de Bourgongne n'eut iamais plus belle armée. -

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courus et auoir garnison du party de France) fors et reserué qu'audit Beauuais s'estoit réfugié Louys Gommel, sieur de Balagny (1), apres auoir par luy et autres ses compagnons habandonné ausdits Bourguignons la ville de Roye : auquel sieur de Balagny pour ceste cause, combien qu'il fut capitaine de ladite ville de Beauuais, les habitans n'auoient pas trop grande confiance.. A huict heures du matin lesdits Bourguignons sonnerent trompettes, et donnerent plain assault esdites deux portes. Et parce que lesdits Bourguignons du costé de ladite porte de Limaçon gaignerent audit assault vn fort qui faisoit closture des fauxbourgs (2) nommé le deloy, qui estoient tourelles assises pres du pont de pierre, et du costé où est à present vn viuier, ils commencerent a crier ville gaignée. A l'assault duquel deloy se trouua ledit Balagny, accompagné de quinze ou seize hacquebusiers habitans de ladite ville : et pour ce faire s'estoit transporté par la planche des iardins de monsieur l'évêque de Beauuais, par vne petite porte qui depuis a esté bouchée; et combien qu'il fit son deuoir de resister, toutefois ledit deloy fut rompu, et entrerent les Bourguignons à force, au moyen de quoy furent contraints ledit Balagny et sa compagnie eux retirer par ladite planche, en quoy faisant ledit sieur capitaine de Balagny fut nauré à la cuisse d'vne sagette ou dard en reculant, ses gens estans demeurez derriere. Et incontinent arriuerent les Bourguignons en grand nombre dedans les fauxbourgs, crians de toutes parts ville gaignée : mais quand ils apperceurent ladite porte de Limaçon, ils se ietterent et retirerent és maisons et iardins, entre les arbres qui y estoient, et en l'église Sainct Hypolite, qui estoit quasi ioignant ladite porte de Limaçon, et tantost apres vindrent asseoir cinq guidons et deux estendarts au plus pres du tapecul d'icelle porte, rompirent l'huis dudit tapecul, et vindrent gaigner la loge des por

(1) Il y auoit auec ledit sieur de Balagny quelque peu de gens de l'arriereban. ' ' '

(2) Comines appelle celuy qui print ce fauxbourg messire Iacques de Montmartin, Bourguignon tres auarieieux, qui auoit cent lances et trois cens archers de l'ordonnance dudit duc,

tiers et comme ils estoient à ce faire, furent plusieurs des leurs tuez par ceux de la ville, entre-autres celuy qui auoit planté le principal desdits estandarts, d'vne arbalestre qui luy fut déchargée. Et combien que ceux de la ville fissent bonne et aspre resistance, en tirant de leurs arcs, arbalestres, couleurines, et , de grosses pierres que leurs femmes, fils et filles portoient sur la muraille, tellement qu'il y eut plusieurs Bourguignons tuez : neantmoins iceux Bourguignons s'efforcerent d'aborder et approcher de ladite ville soubz ombre desdites maisons et église de Sainct Hypolite, lesquelles maisons ils auoient percées pour venir à couuert de l'vne à l'autre, et par dedans icelles ; et en trauersant s'en venoient loger en ladite église, et approchans de ladite porte, tirerent en si grande habondance, que c'estoit chose admirable de veoir le traict qui couuroit presque la muraille : et par l'vn d'eux fut dressé vne eschelle à vn endroit de la muraille, faisant closture entre le pont leuis et la tour, qui estoit lors en ladite porte de Limaçon : mais neantmoins, ils ne s'oserent oncques aduanturer d'y monter, doutans le traict que lesdits habitans iettoient et deschargeoient sur eux de leursdits arcs, arbalestres et couleurines, dont ils en tuerent plusieurs, tant en ladite loge des portiers, ladite église de Sainct-Hypolite, que és enuirons : et dura ledit assault depuis huict heures du matin iusques à neuf heures du soir, auquel ne fut tué en icelle porte, sinon vn des habitans, qui fut attaint d'vne fleche par le col. - - Et au regard de l'autre assault, que durant ce temps les Bourguignons liurerent à ladite porte de Bresle, où ils descendirent à si grand nombre, qu'ils comprenoient par dedans la ' ville depuis ladite porte iusques outre celle de l'Hostel Dieu, qui est assise entre ladite porte de Bresle et celle de Limaçon : ils se conduisirent tellement que pareillement ils gaignerent la loge des portiers, où aucuns d'eux se ietterent à si grand effort, que soudainement ladite loge en fut toute pleine. Et parce qu'en ce lieu il n'y auoit aucuns fauxbourgs, ny maisons, où ils se peussent mettre à couuert, ils eurent aussi beaucoup à souffrir, car ils ne furent pas de ce costé moins vaillamment recueillis que de l'autre part par lesdits habitans, lesquels à l'ayde de

leurs femmes et filles qui leur portoient sur la muraille grosses pierres de toute sorte, auec grande quantité de trousses de flesches et de pouldres : et s'y gouuernerent si vaillamment que par la grace de Dieu l'honneur et la force leur demeura, tant parce qu'en liurant ledit assault, qui fut beaucoup plus fort et aspre à ladite porte de Bresle, qu'à celle de Limaçon; l'on y apporta le précieux corps et digne chace de la glorieuse vierge saincte Angadresme, natiue de Beauvais, en requerant son ayde et bon secours enuers Dieu à l'encontre desdits Bour| guignons.

Et enuiron l'heure de huict heures du soir vindrent au secours de ladite ville monsieur de la Roche Tesson (1), et monsieur de Fontenailles, lieutenant de monsieur de Bueil, nobles et vaillans capitaines, accompagnez de deux cents lances des gens de l'ordonnance du roy qu'ils auoient soubz leur charge. Et si tost qu'ils furent arriuez dans la ville, sans prendre logis pour eux et leurs cheuaux, mais les habandonnant auec leur bagage, et autres bagues, aux femmes et filles de la ville, combien qu'ils fussent fort foullez et trauaillez, parce que ce iour, pour venir secourir la ville, ils estoient partis de Noyon, où ils estoient en garnison, distant dudit Beauuais de quatorze lieuës, auquel lieu les estoit allé querir lean de Rheims, sieur de Trassereux, pres dudit Beauuais, s'en allerent sur la muraille, et particulierement à ladite (2) porte de Bresle, laquelle estoit toute bruslée du feu, tellement qu'il n'y estoit demeuré manteau ny herche (3), lequel feu fut par leur conseil entretenu plus de huictiours apres, du bois des maisons prochaines, pour obuier que les ennemis n'entrassent dedans la ville ledit feu cessant.

Et là lesdits gens de guerre trauaillerent si vaillamment à

(1) Ledit sieur de la Roche mourut bien tost apres en la ville de Noyon. Et pour le grand secours qu'il apporta aux assiegez luy fut fait vn seruice solemnel en l'église de Beauuais.

(2) Ladite porte fut percée de deux canons qui tirèrent deux coups seulement, et par le trou qui fut fait tres grand en ladite porte, les gens dudit sieur des Cordes combatoient main à main : et pendant que le duc mit à venir qui tenoit la ville comme prise, quelqu'vn de dedans apporta des fagots allumez pourietter au visage de ceux qui s'efforçoient de rompre la porte,

(5) Au vieil exemplaire il est ainsi, combien qu'il faille herse.

l'ayde desdits habitans, en rebutant et rechassant lesdits Bourguignons, qu'en despit d'eux apres le feu cessé ils fortifierent ladite porte contre eux, tant de gros chesnes qui n'aguere auoient esté amenez à ladite ville pour faire bouleuers, que d'autre bois charpenté prest à edifier maisons, que de terrasses, pierres et caillous, qui par lesdits habitans, femmes et filles, furent portez sur la muraille enuiron ladite porte : et là n'y furent tuez ny blessez qu'vn archer et trois des habitans de ladite ville, combien que lesdits Bourguignons tirassent sans cesse de leurs flesches, couleurines et serpentines, en ladite ville. Et faut noter qu'en ladite ville de Beauuais sont plusieurs corps saincts de grand merite, comme les corps precieux de S. Lucian et ses compagnons, S. Germer, S. Iust, S. Eurost, et autres que ladite saincte Angadresme, comme appert par leurs legendes : neantmoins iceux habitans ont telle confiance en ladite vierge saincte Angadresme, mesmement au temps de guerre, parce qu'ils dient que non seulement de leur temps, mais aussi bien de leurs predecesseurs, icelle glorieuse vierge souuent en habit de religieuse s'est apparuë et monstrée sur la muraille, tant contre les Anglois anciens ennemis de la couronne de France, qu'autres aduersaires, et a icelle ville esté preseruée d'estre prinse d'assault et de trahison; et à la vérité si la grace de nostre Seigneur, de ladite benoiste Vierge et des saincts ne fut interuenuë, aydant la bonne querelle et la grande fidelité que lesdits habitans ont touiours gardé au roy, ladite ville estoit lors en grand danger d'estre perduë. Et n'est à oublier qu'audit assault pendant que les Bourguignons dressoient eschelles et montoient sur la muraille, l'vne desdites filles de Beauuais, nommée Ieanne Fourquet, sans autre baston ou ayde, print et arracha à l'vn desdits Bourguignons l'estendart qu'il tenoit, et le porta en l'église des Jacobins. Semblablement, Louys Gommel, sieur de Balagny, capitaine de ladite ville, auec Iean le Goix, son lieutenant, se monstrerent fort vaillans pour la deffence de la ville, lesquels continuellement se transportoient de quartier en quartier au long de la . muraille, l'vn d'vn costé l'autre de l'autre, en persuadant aux habitans de tousiours vaillamment resister, leur remonstrans

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