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prétend que Law, l'auteur du système, ayant appris que le bon ton lui commandoit d'avoir une bibliothèque, vouloit faire prix avec un libraire à tant la toise de livres. Ces dépôts, qu'on ne voyoit guère que par faveur, et dont la jouissance exclusive flattoit l'orgueil et servoit l'ambition de quelques individus, feront désormais la jouissance de tous : les sueurs du peuple s'étoient changées en livres, en statues, en tableaux : le peuple rentre dans sa propriété. Les Romains, devenus maîtres de Sparte, eurent l'industrie de faire scier au Pécile le ciment sur lequel étoit appliquée une fresque magnifique. On la vit arriver à Rome sans être endommagée par les suites d'une opération si violente. Plus que les Romains, plus que Démétrius Poliorcète, nous avons droit de dire qu'en combattant les tyrans nous protégeons les arts. Nous en recueillons les monumens, même dans les contrées où pénètrent nos armées victorieuses. Outre les planches de la fameuse carte de Ferrari, vingt-deux caisses de livres et cinq voitures d'objets scientifiques sont arrivées de la Belgique : on y trouve les manuscrits enlevés à Bruxelles dans la guerre de 1712, et qui avoient été rendus par stipulation expresse du traité de paix en 1769. La République acquiert par son courage ce qu'avec des sommes immenses Louis XIV ne put jamais obtenir. Crayer, Van Dyck et Rubens sont en route pour Paris, et l'école flamande se lève en masse pour venir orner nos musées. Le génie va faire de nouveaux présents à la République. Pendant leur captivité, Cousin, Thillaye et plusieurs autres ont composé des ouvrages utiles. Tandis qu'à l'expérience des siècles ils joignent leurs découvertes, des voyages nouveaux vont . paroître et nous enrichir des dépouilles étrangères : tels sont ceux de La Peyrouse, Vaillant, Desfontaines, Faujas et Dombey. Après un séjour de dix ans au Pérou, ce dernier est retourné, sous les auspices du gouvernement, dans le continent américain pour faire une nouvelle moisson. Votre comité d'instruction pu- ' blique lui a remis une série raisonnée de questions propres à donner une direction nouvelle à l'œil observateur, et les réponses amèneront sans doute de précieux résultats,

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La France est vraiment un nouveau monde. Sa nouvelle organisation sociale présente un phénomène unique dans l'étendue des âges, et peut-être n'a-t-on pas encore observé qu'outre le matériel des connoissances humaines, par l'effet de la révolution, elle possède exclusivement une foule d'élémens, de combinaisons nouvelles, prises dans la nature, et d'inépuisables moyens pour mettre à profit sa résurrection politique. Les caractères originaux vont se multiplier. Nous aurons plus d'écarts, mais aussi plus de découvertes. Nous nous rapprocherons de la belle simplicité des Grecs, mais sans nous traîner servilement sur leurs pas, car le moyen, dit-on, de ne pas être imité, c'est d'être imitateur : on surpasse rarement ce qu'on admire. La poésie lyrique et la pastorale vont sans doute renaître chez un peuple qui aura des fêtes et qui honore la charrue. L'art théâtral n'eût jamais une plus belle carrière à parcourir. L'histoire n'offre aucun sujet qui égale celui de la dernière conspiration anéantie; on y trouve jusqu'à l'unité de temps. Ainsi les plaisirs mêmes seront un ressort utile dans les mains du gouvernement, et les arts agréables deviendront des arts utiles. Législateurs, que vous prescrit l'intérêt national? C'est d'utiliser au plus tôt vos immenses et précieuses collections, en les faisant servir à l'instruction de tous les citoyens. Le comité vous présentera un mode de répartition; et, puisque, d'après la nouvelle organisation, les musées sont confiés à sa surveillance, il faut les établir. Hâtez-vous de créer des hommes à talent qui promettent des successeurs à la génération peu nombreuse de ceux qui existent. On parle quelquefois de l'aristocratie de la science : elle entre peut-être dans les vues de certains individus qui déclament contre tous les plans d'éducation, et qui voudroient condamner à l'ignorance les artisans et les cultivateurs, tandis qu'ils prodiguent les moyens d'instruction à leurs enfans. Il est un infaillible moyen pour n'être pas obligé de perpétuer la ges-, tion des affaires dans les mêmes mains, et pour éviter le monopole des talens : c'est de les disséminer, c'est de provigner

les connoissances utiles en organisant promptement l'éducation nationale, en formant surtout des écoles normales; car si nous avons de bons maîtres, le succès est infaillible; et souvenezvous que quand il s'agit d'éducation, comme , en matière de gouvernement, des vues mesquines sont des vues détestables. Il y a quinze mois que le Comité de salut public vous disoit que cette organisation étoit une mesure de sûreté générale; et cependant cette mesure n'est pas encore prise; l'éducation nationale n'offre plus que des décombres. Il vous reste vingt colléges agonisans. Sur près de six cents districts, soixante-sept seulement ont quelques écoles primaires; et de ce nombre seize seulement présentent un état qu'il faut bien trouver satisfaisant, faute de mieux. Cette lacune de six années a presque fait écrouler les mœurs et la science. Ses résultats se feront sentir d'une manière funeste dans les autorités constituées, et peut-être jusque dans le sein du Corps législatif. . , ! Et cependant la jeunesse est tourmentée par le besoin d'apprendre : la Bibliothèque nous sert de thermomètre à cet égard. Quoiqu'une grande partie de ceux qui seroient dans le cas d'y aller soient présentement dans les armées, elle est plus fréquentée qu'autrefois, et l'on n'y demande plus guère que des livres utiles. • - , Vainement dirions-nous que les connoissances utiles, comme la vertu, sont à l'ordre du jour : on ne les commande pas. Celles-là, on les enseigne ; celle-ci, on l'inspire. L'une et l'autre sont les fruits de l'éducation; et vous n'obtiendrez pas même des fruits abortifs, si l'on n'organise promptement une éducation nationale qui fera chérir la liberté par principes et par sentimens : quand la révolution sera dans les esprits et dans les cœurs, elle sera partout. Pour remplir totalement le but de ce rapport, nous vous proposerons des moyens de réprimer les dilapidations. Elles ont pour cause l'ignorance, il faut l'éclairer; la négligence, il faut la stimuler; la malveillance et l'aristocratie, il faut les comprimer. Quoi! dans le laps d'un siècle, la nature avare laisse à peine échapper de son sein quelques grands hommes; il a fallu trente ans d'études particulières et d'un travail continu pour produire un livre profond, un tableau, une statue d'un grand style; et la torche d'un stupide, ou la hache d'un barbare les détruit en un moment! Tels sont cependant les forfaits qui, répétés journellement, nous forcent à gémir sur la perte d'une foule de chefs-d'œuvre. En général un monument précieux est connu pour tel. A Moulins personne n'ignore qu'il y existe un mausolée de grand prix ; à Strasbourg, tout le monde connoît le tombeau de Maurice de Saxe, par Pigale; et dans l'hypothèse qu'à défaut de connoissances et de goût on ne pût apprécier ces objets, que risque-t-on de consulter? Rien de plus sage que cette maxime d'un philosophe : Dans le doute, abstiens-toi. Il est d'ailleurs des monumens qui, sans avoir le cachet du génie, sont précieux pour l'histoire de l'art. Les fripons ont des lettres de naturalité pour toutes les monarchies; mais ils doivent être étrangers dans une république ; ne pas les dénoncer c'est être leur complice, c'est haïr la patrie. Ne confondons pas avec eux des hommes dont la droiture égale la simplicité; discernons les vrais coupables, dont le cœur dirigeoit la main, de ceux qui, coupables en apparence, n'ont été qu'égarés ; mais frappons sans pitié tous les voleurs, tous les contre-révolutionnaires, et rendons par là même plus utile l'activité du gouvernement révolutionnaire que l'aristocratie essaie vainement de décrier. Ces clameurs n'aboutiront qu'à démasquer des pervers long-temps déguisés, qui n'échapperont point à la massue nationale. Nous sommes loin de vous proposer, comme chez les Grecs, la peine de mort pour les délits dont il s'agit. Vous avez rendu un décret à cet égard : il suffit d'en rappeler et d'en étendre les dispositions qui ne s'appliquent qu'aux sculpteurs ; car les tableaux, les bibliothèques, les cabinets d'histoire naturelle ne sont pas moins dignes d'être conservés. L'organisation nouvelle des comités donnera plus d'énergie à la surveillance. Aux mesures répressives joignons des moyens moraux : faisons un appel à toutes les sociétés populaires, à tous les bons

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citoyens; surtout que les représentans du peuple, par leur correspondance dans les départemens, s'efforcent d'éveiller, d'éclairer le patriotisme à cet égard. En Italie le peuple est habitué à respecter tous les monumens, et même ceux qui les dessinent. Accoutumons les citoyens à se pénétrer des mêmes sentimens. Que le respect public entoure particulièrement les objets nationaux, qui n'étant à personne sont la propriété de tous. Ces monumens contribuent à la splendeur d'une nation, et ajoutent à sa prépondérance politique. C'est là ce que les étrangers viennent admirer. Les arènes de Nîmes et le pont du Gard ont peut-être plus rapporté à la France qu'ils n'avoient coûté aux Romains. La Sicile n'a presque plus de consistance que par des ruines célèbres; de toutes parts on va les interroger. Rome moderne n'a plus de grands hommes, mais ses obélisques, ses statues appellent les regards de l'univers savant. Tel Anglois dépensoit 2,000 guinées pour aller voir les monumens qui ornent les bords du Tibre.Certes, si nos armées victorieuses pénètrent en Italie, l'enlèvement de l'Apollon du Belvédère et de l'Hercule Farnèse seroit la plus brillante conquête. C'est la Grèce qui a décoré Rome; mais les chefs-d'œuvre des républiques grecques doiventils décorer le pays des esclaves?La République françoise devoit être leur dernier domicile. •, Philippe de Macédoine disoit : « Je réussirai plutôt à dompter la belliqueuse Sparte que la savante Athènes. » Réunissons donc le courage de Sparte et le génie d'Athènes : que de la France on voie s'échapper sans cesse des torrens de lumière pour éclairer tous les peuples et brûler tous les trônes. Puisque les tyrans craignent les lumières, il en résulte la preuve incontestable qu'elles sont nécessaires aux républicains : la liberté est fille de la raison cultivée, et rien n'est plus contrerévolutionnaire que l'ignorance; on doit la haïr à l'égal de la royauté, - - Inscrivons donc, s'il est possible, sur tous les monumens, et gravons dans tous les cœurs cette sentence :

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