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scellés, d'inventorier, d'envoyer les inventaires au comité d'ins

monumens des arts pour les conserver, et sur les auteurs et instigateurs contre-révolutionnaires de ces délits, pour les trafner sous le glaive de la loi: 1174 )

Il y a cinq ans que le pillage commença par les bibliothèques, où beaucoup de moines firent un triage à leur profit. Ce sont eux sans douté qui onť enlevé le manuscrit unique de la chronique de Richeliuis, à Sénones, comme autrefois ils avoient déchiré, dans celui de Geoffroy de Vendôme, la fameuse lettre à Robert d'Abrisseli tut, 32,3 sus ini's,

Les libraires, dont l'intérêt is'endort difficilement, profiterent de la circonstance, let en 1791 beaucoup de livres volés dans les ci-devant monastères de Saint-Jean-de-Laon, de Saint-Faron de Meaux, furent vendus à l'hôtel de Bullion, d'après le catalogue de l'abbé ***, titre supposé pour écarter les soupçons.

Plusieurs lois et instructions, émanées de trois assemblées nationales, avoient pour but la conservation des trésors littéraires. Le texte ni l'esprit des décréts ne furent jamais d'autoriser la vente. Celui du 23 octobre 1790 ordonne d'apposer les

truction publique ; et cependant les livres ou les tableaux 'ont été vendus en tout ou en partie dans les districts de Charleville, Langres, 'Joigny, Auxerre, Montivilliers , Gournay, Carentan, Neufchâtel, Gisors, l'Aigle, Lisieux, Saint-Agnan, Romorantin, Châtillon-sur-Indre, Château-Renault, Thonon, La Marche, Vihiers, Riom, Tarascon et Montflanquin. :1:""..

Le législateur crut arrêter ces désordres par la loi du 10 oCtobre 1792; et malgré cette loi on vendit encore, dans tes districts de Lure, Cusset et Saint-Maixent. La plupart des administrations qui ne vêndirent pas laissèrent les richesses bibliographiques en proie aux insectes, à la poussière et à la pluie. Nous venons d'apprendre qu'à Aunay les livres ont été déposés dans des tonneaux.... Des livres dans des tonneaux!

Le 22 germinal le comité d'instruction publique vous rendit compte du travail de la bibliographie, sur laquelle on n'avait jamais fait aucun rapport. La Convention nationale enjoignit aux administrations d'accélérer l'envoi des catalogues, et de rendre compte du travail dans une décade; par la correspondance la

que si

plus active et la plus fraternelle nous n'avons cessé d'éclairer, de stimuler ce travail. Nous devons des éloges à plusieurs corps administratifs ; leurs nouveaux envois forment environ douze cent mille cartes, ce qui répond à près de trois millions de volumes; mais il en est qui n'ont seulement pas daigné nous écrire. Une nouvelle circulaire est en route

pour

leur annoncer elle reste sans réponse on dénoncera leur conduite à la Convention nationale.

Mais, parmi ceux-mêmes qui ont répondu, quelques uns, malgré, le texte précis des décrets, malgré les instructions les plus formelles, ont encore, je ne dis pas la manie, mais la fureur de détruire et de livrer aux flammes. Vous concevez que cette marche est plus expéditive que celle d'inventorier. Ainsi l'a-t-on fait à Narbonne, où beaucoup de livres ont été envoyés à l'arsenal; et à Fontaine-lès-Dijon, où la bibliothèque des Feuillans a été mise au rebut et jetée dans la salle des vieux papiers.

D'autres proposent de faire un choix qui écarteroit les livres licencieux, absurdes et contre-révolutionnaires. Un jour on examinera si ces productions illégitimes et empoisonnées doivent être réservées pour compléter le tableau des aberrations humaines. La Convention indiquera le point de départ pour déterminer la conservation des ouvrages qui formeront nos bibliothèques. Mais si l'on permettoit de prononcer des arrêts isolés sur cet objet, chacun poseroit la limite à sa manière. Quelques individus, dont le goût peut être faux, dont les lumières peuvent être très resserrées, formeroient un tribunal révolutionnaire qui proscriroit arbitrairement des écrivains, et prononceroit des arrêts de mort contre leurs écrits. Non seulement Horace etik irgile y passeroient pour avoir préconisé un tyran, mais encore pour avoir été souvent imprimés avec privilége d'un autre tyran.

Comment se défendre d'une juste indignation, quand pour justifier le brûlement on vient nous dire que ces livres sont mal reliés? Faut-il donc rappeler de nouveau que souvent tous les attributs du luxe typographique étoient prodigués aux écrits dans lesquels on encense le vice et la tyrannie, tandis que des ouvrages précieux par la pureté des principes, et qui contien

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nent aussi une poudre révolutionnaire, étoient condamnés à l'obscurité des galetas ?

Beaucoup de bibliothèques de moines mendians, auxquelles certaines gens attachent très peu d'importance, renferment des éditions du premier âge de l'imprimerie. (Telle est celle des ci-devant Récollets de Saverne.)

Ces éditions sont d'une cherté excessive, et les exemplaires dont nous parlons, n'ayant jamais été dans le commerce, sont parfaitement conservés. Ce sont des livres de ce genre qui composoient la bibliothèque d'un M, Paris, dont les Anglois ont fait imprimer le catalogue, et qu'on eut la maladresse de laisser sortir de France. Tel livre qui n'étoit encore évalué ici qu'à quelques écus s'est vendu 126 guinées à Londres.

Observons aux brûleurs de livres et aux nouveaux iconoclastes, plus fougueux que les anciens, que certains ouvrages ont une grande valeur par leurs accessoires. Le missel de la chapelle de Capet, à Versailles, alloit être livré pour faire des gargousses , lorsque la bibliothèque nationale s'empara de ce livre, dont la matière, le travail, les vignettes et les lettres historiées sont des chefs-d'oeuvre.

D'ailleurs des miniatures même peu soignées, des culs-delampe mal dessinés, des reliures chargées de figures informes, ont servi souvent à éclaircir des faits historiques, en fixant les dates, en retraçant des instrumens de musique, des machines de guerre, des costumes dont on ne trouvoit dans les écrits que des descriptions très imparfaites.

Je passe à des dilapidations d'un autre genre : les antiques, les médailles, les pierres gravées, les émaux de Petitot, les bijoux, les morceaux d'histoire naturelle d'un petit volume, ont été plus fréquemment la proie des fripons. Lorsqu'ils ont cru devoir colorer leurs vols, ils ont substitué des cailloux taillés, des pierres fausses aux véritables. Et comment n'auroient-ils pas eu la facilité de se jouer des scellés, lorsqu'on saura qu'à Paris même, il y a un mois, des agens de la municipalité apposoient des cachets sans caractère, des boutons et même de gros sous, en sorte que quiconque étoit muni d'un sou pouvoit, à son gré, lever et réapposer les scellés.

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De toutes parts s'élèvent contre des commissaires les plaintes les plus amères et les plus justes. Comme ils ont des deniers à pomper sur les sommes produites par les ventes, ils évitent de mettre en réserve les objets précieux à l'instruction publique. Il est à remarquer d'ailleurs que la plupart des hommes choisis pour commissaires sont des marchands, des fripiers qui, étant par état plus capables d'apprécier les objets rares présentés aux enchères, s'assurent des bénéfices exorbitans. Pour mieux réussir, on dépareille des livrés, on démonte les machines, le tube d'un télescope se trouve séparé de son objectif, et des fripons concertés savent réunir ces pièces séparées qu'ils ont acquises à bon marché. Lorsqu'ils redoutent la probité ou la concurrence de gens instruits, ils offrent de l'argent pour les engager à se retirer des ventes. On en cite une où ils assommèrent un enchérisseur.

Ainsi, par les spéculations de l'agiotage, les objets de sciences et d'arts, qui ne doivent pas même être mis en vente, ont été livrés fort au dessous de leur valeur.

Chez Breteuil, une pendule en malachite, la seule que l'on connoisse, a été vendue à vil prix.

Les quatre fameuses tables de bois pétrifié de l'Autrichienne, où l'on admire la pureté des formes, le précieux fini des bronzes et la rareté de la matière, ont été vendues pour environ 8,000 liv., revendues pour 12,200 liv., enfin rétrocédées à la nation pour 15,000 liv. ; c'est peut-être le demi-quart de leur valeur.

De toutes parts le pillage et la destruetion étoient à l'ordre du jour.

A l'horloge du palais, on brisoit les statues de la Prudence et de la Justice, par Germain Pilon, et l'on y laissoit les armoiries.

A Saint-Paul, on détruisoit le monument élevé par Coysevox à Mansard.

A Saint-Nicolas du Chardonnet, on brisoit un calvaire magnifique, par Poultier, sur les dessins de Lebrun.

A Saint-Louis de la Culture, on mutiloit un monument qui a coûté plus de 200,000 liv., et que le chevalier Bernin regardoit comme un des plus beaux morceaux de sculpture.

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A l'église Saint-Sulpice, fermée sur la motion de Vincent, on mutiloit les ouvrages de Bouchardon; la méridienne faillit être détruite.

A la Sorbonne, on coupoit une belle copie de Champagne, représentant le cardinal de Richelieu, mais de manière à conserver une bande qui contenoit la tête et les mains, c'est-à-dire les parties les plus essentielles à l'art.

A Maisons, à Caumartin, á Brunoy, même destruction.
A Marly, on a brisé ou enlevé l'Hippomène, l'Atalante,

les figures de l'Océan et les excellentes copies de la Diane et de la Vénus de Médicis.

A la ci-devant abbaye de Jouart, six ou huit colonnes de marbre noir ont été cassées.

A Franciade, où la massue nationale a justement frappé les tyrans jusque dans leurs tombeaux, il falloit au moins épargner celui de Turenné, où l'on voit encore les coups de sabre.

Si à Paris et dans les environs, malgré les décrets et les instructions des représentans du peuple, malgré les réclamations du comité d'instruction publique et les soins de la commission des arts, de tels dégâts ont eu lieu, que devoit-ce être dans les départemens?

A Dijon, l'on a détruit des mausolées dont les figures principales avoient sept pieds de haut.

A Saint-Mihiel, à Charleville, à Port-la-Montagne, à La Rochelle, on a détruit, là des manuscrits, des tableaux, ici des chefs-d'æuvre de Pujet et de Bouchardon.

A Nancy, dans l'espace de quelques heures, on a brisé et brûlé pour cent mille écus de statues et de tableaux.

Mais sur la frontière, et surtout dans les départemens du Nord et du Pas de-Calais, les dégâts sont tels que pour les peindre l'expression manque.

A Sedan, on est parvenu toutefois à conserver un tour en quelques morceaux d'ivoire et d'ébène, qu’un maitre de forges vouloit se faire livrer, sous prétexte de service national.

Des colonnes de porphyre, dont chacune vaut peut-être 50,000 livres; quatre colonnes magnifiques de verre antique

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