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ET LITTERATRES.

VERS INÉDITS

DÈ JACQUELINE PASCAL ET DE P. CORNEILLE.

Le Recueil de plusicurs pièces pour servir à l'histoire de PortRoyal (Utrecht, 1740), dans la onzième pièce intitulée: Mémoire sur la rie de M. Paschal, contenant aussi quelques particularités de celle de ses parens, nous apprend (p. 239 sqq.) que la seur cadette de Pascal, Jacqueline, qui finit par être religieuse à Port-Royal sous le nom de sæur Euphémie, avoit reçu de la nature le goût et le talent de la poésie, qu'à l'âge de treize ans elle adressa et récita même à Richelieu une pièce de vers où elle lui demandoit la grâce de son père :

Ne vous étonnez pas, incomparable Armand, etc.

Ces vers ont été plusieurs fois imprimés ; mais ce qu'on sait moins et ce qu'atteste aussi le recueil d'Utrecht, c'est qu'un an après, mademoiselle Pascal « remporta à l'âge de quatorze ans le prix de vers qui se donne, chaque année, le jour de la Conception, à Rouen, où l'on envoie de toute la France des pièces de poésie. » Nous avons été curieux de rechercher la pièce qui valut cette couronne à la jeune Pascal. Nous l'avons trouvée au milieu des Mémoires de Marguerite Perrier (Bibliothèque royale, manuscrits, supplément françois, n° 1485), et nous la publions ici pour la première fois. On y distinguera quelques vers bien remarquables pour une enfant de quatorze ans.

Sur la Conception de la Vierge, pour les palinods de l'année 1640,

qui emportèrent le prix de La Tour. Décembre 1640.

STANCES

Exécrables auteurs d'une fausse créance,
Dont le sein hypocrite enclot un coeur de fiel,

Jettés vos faibles yeux sur l'arche d'alliance :
Vous verrez semblable à la reyne du ciel.

Comparés leurs beautés et leurs effets étranges,
Et puis nous confessés avec soumission
Que la mère de Dieu, cette reyne des anges,
Ne peut être que pure en sa conception.

L'une tient en son flanc le bonheur de nos pères,
Et d'autre dans le sien notre espoir le plus cher ;
L'une par son pouvoir divertit leurs misères,
Et l'autre par le sien vous garde de pêcher.

Si l'une a fait gagner plusieurs fois des batailles,
Parce que dans son sein un trésor est caché;
L'autre ne fait pas moins, aïant en ses entrailles
De quoy nous faire vaincre et dompter le péché.

L'arche ancienne conduite en un lieu plein de vices,
Dès l'abord qu'elle y vient, renverse les faux dieux;
Elle en fuit la demeure et répule à supplices
D'habiter dans un lieu si peu chéri des cieux.

Si donc une arche simple et bien moins nécessaire
Ne sçauroit habiter dans un prophane lieu,
Comment penserez-vous que cette sainte mère
Etant un temple impur fut le temple de Dieu?

Mais voici qui ajoute à l'intérêt de ces stances. Lorsque le prince de ***, qui présidoit la cérémonie, prononça le nom de Jacqueline Pascal, à laquelle le prix étoit décerné, celle-ci étoit absente. Mais un ami de sa famille était là qui se leva

pour remercier en vers l'assemblée et son président au nom de la jeune Jacqueline. Cet ami des Pascal étoit le grand Corneille. Cette anecdote étoit inconnue ainsi que les vers de Corneille qui s'y rattachent. Nous les avons trouvés aussi dans les Mémoires de Marguerite Perrier. Ces vers inédits de l'auteur du Cid et de Polyeucte sentent fort l'improvisation, et, à dire vrai, ne valent pas même ceux de Jacqueline. Toutefois il nous a paru qu'on pouvoit les ajouter à tant d'autres mauvais vers que les éditions complètes ont recueillis, et que la gloire de Corneille les pouvoit supporter.

!

Pour voir leurs muses courdestes Sud ELSE,

Remerciement fait sur-le-champ par M. de Corneille, lorsque

le prix fut adjugé aux stances précédentes.

Pour une jeune mise absente,
Prince, je prendray soin de vous remercier ;

Et son age et son sexe ont de quoy convier i A porter jusqu'au ciel sa gloire

e eticor naissanid-71-. ! ;' ibidé. De nos poètes fameux les plus hardis projets

Ont

at
. Mais e'en est un beau aujodráhuy: 1 német,

Une fille de douze années
A seule de son sexe eut des prix sur ce puy (1). zina

Jacqueline absente avoit été suppléée par Corneille, mais elle ne voulut pas qu'on l'accusat d'ingratitude ; et l'année suivante, à la même cérémonie, elle adressa, elle-même, au prince qui présidoit, un remerciement en vers. Nous le donnons ici pour achever cette anecdote de la jeunesse de Jacqueline Pascal..

1 į Remerciement pour le prix des stances, l'année suivante,

Décembre 1641.

: : : : . ا . {

Přince, dont la bonté s'égalant au mérite
Au plus chétif objet rencontre des appas,
Recevant un bonheur que je n'espérois pas ,
Trouvés bon que ma muse en revanche s'excite.
Je sens son mouvement, mais dans cette fureur
Ma faiblesse ne peut exprimer ma ferveur,t:il' ;.
Ny jusques à quel point cette faveur me touche.
Et toutefois je veux qn'on sache par ma bouche

sentiments que j'ay du don que j'ay reçu.
Pour vous, dans cet honneur dont mes vers sont indignes,
Vous imités Jésus dont les bontés insignes
Obligent les mortels qui ne l'ont jamais vu.

V. C.

(1) Le puy de l'immaculée conception de la Vierge. C'étoit une fête poétique qui se célébroit dans beaucoup de villes. Nous avons lenu entre les mains un recueil de poésies couronnées sur le puy de l'immaculée conception de la Vierge, à Caen, de 1710 jusqu'à 1781.

I

VIOLLET-LE-Duc. ---Catalogue des livres composant la biblio

thèque poétique de M. Viollet-le-Duc, avec des notes bibliographiques, biographiques et littéraires sur chacun des ouvrages catalogués, pour servir à l'histoire de la poésie en France. Paris, L. Hachette, 1843. In-8°, de 12 et 624 pages. Prix, 9 fr.

M. VioHet-le-Duc nous paroit avoir eu une idée fort heureuse, et nous dirons même fort utile, en songeant à publier lui-même un inventaire exact et détaillé des richesses littéraires qu'il a réunies dans sa bibliothèque, eti il seroit à désirer que tous les amateurs d'un certain ordre fussent assez généreux pour faire jouir ainsi le public lettré d'une partie de leurs trésors (1), surtout s'ils possédoient, comme l'auteur du catalogue que nous annonçons, un sentiment exquis des beautés de la poésie et un goût assez sûr pour n'accorder leurs éloges qu'aux poètes qui en sont véritablement dignes ; et ce n'est pas, il faut le dire, un foible mérite que celui que nous nous plaisons à reconnoître et à signaler dans le catalogue de M. Viollet-le-Duc : là, le Bibliophile a complètement disparu en présence du littérateur délicat et impartial, et quelque inté

(1) Le veu que nous prenons la liberté d'exprimer ici va se trouver rempli, du moins en partie et d'une manière qui ne peut manquer d'être agréable aux bibliophiles, par la publication prochaine du catalogue de la précieuse collection de livres réunis par M. Nodier, enrichi de notes bibliographiques et littéraires par son propriétaire. M. Nodier, comme on le sait, possède une foule de livres aussi rares que curieux, parmi lesquels on doit compter en première ligne un certain nombre de vieux poètes françois, aujourd'hui inconnus; nous devons donc nous attendre à de piquantes révélations littéraires, non nioins qu'à ces aperçus ingénieux et profonds qui donnent tant de charme aux écrits de M. Nodier et tant d'autorité à ses jugemens.

Ce catalogue est sous presse et ne se fera pas attendre bien long-temps.

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rêt que M. Viollet-le-Duc ait pu attacher à la possession plus ou moins désirée de tel ou tel poète aujourd'hui introuvable , il n'en a pas moins, en toute occasion, fait bonne justice à qui de droit. Son livre, qui ne doit pas, comme on le voit, être considéré comme une simple nomenclature, offre donc le double avantage de faire connaître un assez grand nombre de poètes ignorés et de donner d'excellentes leçons de bon goût. Ce catalogue nous semble donc être un bon supplément au travail un peu lourd, mais utile, du bon abbé Goujet, et nous ne doutons pas qu'il ne soit ainsi apprécié par tous ceux qui prendront la peine de le lire avec l'attention dont il nous paroît digne.

M. Viollet-le-Duc annonce l'intention de publier encore deux autres volumes du même genre : le premier consacré à la liitérature dramatique, le deuxième consacré aux chansonniers, aux conteurs en vers et en prose, et enfin aux facéties. Ces deux volumes, réunis à celui qui paroit anjourd'hui, formeroient ainsi une Bibliographie spéciale très curieuse, aussi recommandable par son propre mérite que par le nom de son spirituel auteur.

G, DUPLESSIS.

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ALPHABET-ALBUM, ou collection de soixante feuilles d'alphabets

historiés et fleuronnés, tirés des plus beaux manuscrits de l’Europe. des documents les plus rares ou composés, par J.-B. Silvestre, professeur de calligraphie des princes.

Cette collection est divisée en deux parties, chacune de trente feuilles petit in-folio, sur beau papier vélin, renfermée dans un carton. Prix de chaque partie.

18 fr. La grande variété, la beauté des alphabets, la pureté du dessin, la réunion de tous les styles forment en quelque sorte l'histoire de la lettre artistique de tous les pays, de tous les siècles; c'est une publication vraiment utile en ce que ce recueil deviendra pour ainsi dire le vade-mecum de tous ceux qui s'occupent de calligraphie, peinture, gravure, dessin et lithographie.

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