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n'avons-nous pas vu la Mort du duc d'Enghien, présentée ainsi de la façon qui convenoit à Bonaparte, dans les barraques des foires? Plus tard, le grand conquérant, lui-même, a payé ce tribut en montant sur les planches des petits spectacles. Il n'y auroit donc rien d'extraordinaire que le meurtre de Concini eût été représenté sur les théâtres forains, dans les années qui suivirent sa mort. Ce qui le prouveroit encore, ce sont les trois éditions, sans luxe, qui en furent faites de 1618 à 1626, et l'excessive rareté, néanmoins, des exemplaires qui ont dû être presque tous détruits, à cause de l'usage tout populaire et journalier auquel ils semblent avoir été consacrés.

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1782-1683. Nous trouvons sur un coin de nos tablettes deux volumes assez curieux par les matières qu'ils traitent et par les personnes qui les ont composés et traduits. Ces volumes vont ensemble, et l'un est pour ainsi dire le complément de l'autre : ils ne sauroient être séparés sans y perdre tous deux.

Le premier par rang chronologique est ainsi intitulé : OEuvres choisies du prince Castriotto d'Albanie, contenant le portrait caractéristique du prince héréditaire de Prusse, revu et augmenté par l'auteur, une lettre au congrès de l'Amérique et plusieurs autres pièces qui n'avoient point encore été imprimées. (Acec le portrait de l'auteur) (1). Auxquelles on a joint le fragment d'un

(1) Ce portrait est placé dans un médaillon formé de deux couleuvres entrelacées et couronnées; au-dessus on lit ce vers de Sémiramis : J'y revois tous les traits de cette âme si fière; au dessous du buste se trouvent, à droite, une couronne, à gauche, un poignard; puis cette inscription tirée de Hahomet :

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Nous en possédons un autre gravé par Auguste de Saint-Aubin, d'après Moprenkelle, avec la légende : Scribere jussit veritas. C'est un médaillon au dessous

nouveau chapitre du Diable boiteux, envoyé de l'autre inonde par M. Lesage, se troave un dialogue entre le comte de Rouppen (Frédéric-Guillaume de Prusse), le comte du Vord (le grand-duc de Russie), le comte de Slonim (le comte Oginski), et Warta (le prince d'Albanie). M. Dcc. LxxxII (sans nom de lieu), pet. in-8, imprimé par demi-feuille, de 2 feuillets non cotés, 16 et 96 pp. Les caractères, le papier, ressemblent à ceux des impressions de Mons, des mêmes époques : je soupçonne que ce livre est sorti des presses particulières du prince de Ligne, au château de BelOEil, près Mons. - Le second ouvrage que nous signalons porte ce titre : Stiepan-Annibale d'Albanie, à Frédéric-Guillaume de Prusse. Epître pathétique, philosophique, historique, etc. Ou l'Alcoran des princes destinés au trône, traduit de la dixième édition italienne, PAR MAIN DE MAITRE, « Cantilenis infortunia sua STIEPAN solatur. » Tacite. Saint-Pétersbourg, de l'imprimerie de l'Académie Impériale, M, DCC. LxxxIII, pet. in-8, de 1 fol. viij et 119 p. A la page 67 on trouve un nouveau titre ainsi conçu : La Solitude. Epître en style oriental, de Babylone de Spa, à Frédéric-Guillaume de Prusse. De l'imprimerie de la ville impériale de Babylone, sur l'Euphrate. Le volume est dédié, par N..., éditeur, à S. A. S. monseigneur le prince de Ligne, pour le mariage duquel cet éditeur compose des vers. ll est aussi auteur d'une tragédie intitulée : Les Belges, ou Sabinus, jouée le 25 du mois de..... 1783. Enfin, on trouve dans la seconde partie, une élégie sur l'Hermite de Bel-OEil, qui se rapporte aussi au prince de Ligne, propriétaire de cette belle terre située près Mons, en Hainaut. Tout annonce que ce prince, qui se trouvoit en Russie en 1783, est pour une bonne part dans la publication de ce second recueil, et qu'il s'y trouve peut-être pour le tout dans celle du premier. . · , · · · · , , , , | i. - , · On sait que la formule : par Main de Maître, qu'on lit sur le titre de ce dernier ouvrage, désigne les productions littéraires des souverains du Nord. Suivant la mote curieuse de M. Charles Modier, placée sous le n° 277 du catalogue de Pixerécourt, ce livre seroit d'une excessive rareté et auroit échappé aux recherches de tous les bibliographes et même à celles de M. Bar' bier. Mais ce qui est plus étonnant encore, c'est que le premier recueil de 1782, qui contient une grande partie des pièces de celui de 1783, paroît avoir échappé à l'ingénieux Charles Nodier lui-même, lui l'heureux dénicheur de livres excentriques et publiés d'une façon insolite et par des presses privées. Quelques années avant la première de ces publications (en 1775), avoit paru un livre qui donnoit, sous une apparence facétieuse, une partie des œuvres du prince Castriotto d'Albanie. Le Bulletin du Bibliophiledulibraire Techener(septembre 1838, n° 890), en mentionne ainsi la deuxième édition : La Poésie et la Philosophie d'un turc à quatre-vingt-une queues, à trois plumes de héron, à deux aigrettes et à un collier d'émeraudes. A Albanopolis, 1779, in-8. Le Bulletin le cotoit à 6 fr. 50 c. : M. Techener n'a pas dû être long-temps à s'en défaire à ce prix. Nous en possédons une édition pet. in-8, sous le même titre et la même date, mais avec la souscription d'Amsterdam; elle est augmentée du portrait caractéristique de l'auteur, par M. de Voltaire, de quatre odes pythiques, d'épîtres, etc., et du jugement d'un journal littéraire françois sur l'édition précédente. Notre édition, assez mal exécutée sous le rapport matériel, est dédiée à Michel-Casimir comte d'Oginski, et contient, outre un portrait gravé, 1 1 feuillets non côtés, xxxij pp. liminaires, 3 feuillets non chiffrés et 228 pp. / Une réimpression d'une partie de cet ouvrage a été faite sous le titre d'Epîtres et chansonncttes amoureuses d'un Oriental, dans l'année 1751, le 18 février, écrites à Frédéric-Guillaume de Prusse, et à Gertrude de Pologne, avec les ouvrages posthumes du pacha de Caramie et d'un anonyme. Dans la pyramide de Tholomie d'Egypte, 1779, in-8 (1). Tout cela se trouve contenu entre les pages 53-228 de l'édition d'Amsterdam, 1779, dont il vient d'être question. · · · , · Mais quel étoit ce prince Castriotto d'Albanie qui se donnoit comme le onzième petit-fils du grand Scanderberg, quoique le dernier descendant de celui-ci fût mort dès 1525 à la bataille de Pavie? D'où sortoit ce brillant personnage admis à la cour de Berlin, dans celle de Russie, qui se fit l'ami du prince de Ligne, du comte Oginski, de Joseph II, de Métastase et de Gluck? Quel fut cet auteur qui emplit l'Europe de son nom, dont une impératrice traduisit les vers, et que le sultan"désigna comme l'écrivain privilégié dont les œuvres, avec celles de l'abbé Raynal, devoient étrenner les premières presses constantinopolitaines? Cet homme singulier n'étoit rien qu'un vil intrigant nommé Stefano Zannowich, fils d'un marchand de pantoufles d'Albanie, qui vint s'établir à Venise vers 1760. Stefano parcourut l'Europe de bonne heure en tentant de parvenir à la fortune par des moyens extraordinaires. Vers 1773, il se rendit chez les Monténégrins où il chercha à se faire passer pour l'empereur Pierre III; de là il alla en Pologne où, sous le nom de Warta, il se fit des amis hauts placés, qui lui confièrent des sommes considérables. Son esprit vif et singulier, son adresse et même sa grâce naturelle, le rendirent propre à faire des dupes jusque sur les degrés du trône. On le vit successivement à Berlin, à Dresde, à Breslau, changeant de nom dans chaque ville, laissant deviner qu'il était le dernier descendant du grand Scanderberg, et que les Albanois n'attendoient qu'un mot de lui pour se déclarer en sa faveur. Il séduisoit, il entraînoit, il éblouissoit partout la noblesse et les littérateurs et il finit par acquérir une véritable célébrité. Traqué par ses créanciers à Berlin, il courut à Vienne en 1778 et fut arrêté par la police ; Joseph II le fit relâcher. Il entra en Italie sous l'habit ecclésiastique, comme plus propre à favoriser dans ce pays ses desseins

duquel on voit un soleil, un violon, une flûte, une couronne radiée et une de laurier, un poignard et des livres de musique. Enfin nous en avons un dernier, en tête d'un autre ouvrage du même, imprimé à Amsterdam, en 1779, dont il sera question ci après, assez mal exécuté, où le prince est en robe de chambre et en bonnet de nuit, avec ce vers au dessus de sa tête : Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. Des deux côtés de son médaillon on voit une lyre, un livre ouvert où on lit : Epîtres au prince; puis une couronne, un poignard et une écritoire. Au-dessous on a gravé cette légende : Ce n'est pas un mortel, c'est Apollon lui-même qui parle par sa voix, qui domine une couronne de chêne dans laquelle on voit un aigle éployé, un cimeterre et une croix de Malte,

(1) Le même écrivain est encore l'auteur de plusieurs autres ouvrages beaucoup moins rares et moins curieux que ceux cités. On connoît entre autres ses Opere diverse, Milan et Paris, 1775, 5 vol. in-80, et, après qu'il eut fait courir le bruit de sa mort, Opere postumc, Dresde, 1775, pet. in-18.

pleins d'astuce. Il rencontra à Rome la belle duchesse de Kingston, dont les aventures sont encore plus extraordinaires . que les siennes; il lui écrivit des lettres passionnées et ardentes; il la séduisit par le récit de ses aventures politiques, galantes et littéraires, et il étoit sur le point de devenir son troisième mari, lorsque le hasard fit découvrir que le faux Warta, le prétendu prince d'Albanie, n'étoit autre que l'intrigant Stefano Zannowich. • Chassé de l'Italie, il erra en Allemagne sous le nom de P. Zeratubladas : passa en Hollande et fut arrêté en 1780, à Groningüe, à la requête de son aubergiste. Dégagé de prison par le magistrat même chargé de sa surveillance, il se rendit à Amsterdam et de là à Bruxelles, où il abusa de la confiance des seigneurs belges et de la générosité du prince de Ligne. Près d'être découvert, il s'esquiva et alla chercher un asile dans un ermitage près Ratisbonne. Apprenant en 1704, la rupture de l'Empereur et des Etats-Généraux de Hollande, il offrit à ces derniers le secours de 10 à 20,000 Monténégrins pour faire une utile diversion au midi de l'empire. Les Etats refusèrent, mais l'engagèrent à user de son influence pour empêcher ses amis les Monténégrins de grossir l'armée impériale. A l'aide de cette lettre confidentielle des Etats, il emprunta à Augsbourg jusqu'à 80,000 florins, puis, après les avoir dépensés, il eut l'audace de retourner en Hollande et de demander un million aux Etats pour les prétendus services rendus par lui et les Albanois. C'est alors que cet aventurier fut pleinement démasqué. Reconnu par ses créanciers, il prévint le châtiment qui l'attendoit en s'ouvrant les veines avec un morceau de verre : on le trouva dans sa prison, baigné dans son sang, le 25 mai 1786. Son cadavre, traîné sur la claie, fut abandonné dans la fange | sous les fourches patibulaires. Telle fut la triste fin d'un audacieux intrigant qui dupa toute l'Europe, et dont quelques unes des productions, qui brillent au moins par l'originalité, sont , encore aujourd'hui l'objet des recherches des bibliophiles.

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