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de l'assemblée, les agens généraux du clergé furent chargés d'inviter, par une lettre circulaire, tous les évêques de France à lui transmettre les éclaircissemens nécessaires pour ce travail. L'un et l'autre projet manquèrent par des raisons tout-à-fait étrangères à Le Beuf, qui donna à la Bibliothèque des prêtres de la doctrine chrétienne les mémoires qu'il avoit déjà rassemblés pour l'exécution. A la suite de cette même année, 1740, Le Beufremplaça le savant Lancelot à l'Académie des inscriptions; mais il ne fut pensionnaire que plusieurs années après. En 1741 , il publia son Traité du chant ecclésiastique, fruit des recherches qu'il avoit faites pour la réformation du Bréviaire de Paris, et du goût prononcé qu'il avoit eu dès son enfance pour le chant ecclésiastique; mais cet ouvrage n'étoit que l'ébauche d'un autre beaucoup plus grand, pour lequel le temps et la santé lui manquèrent, et dont il a laissé les matériaux à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève (1). o , : , ! L'année 1743 vit paroître les Mémoires de l'Histoire d'Auxerre en deux volumes in-4°; c'est sans doute un des ouvrages que ce savant, si zélé pour l'histoire de sa patrie, a composé avec le plus de plaisir. Il en envoya un exemplaire au Corps de ville d'Auxerre, et le remerciement qui lui fut adressé à cette occasion se trouve dans le recueil de lettres que j'ai déjà eu occasion de citer (n. 2). * • t ::: i : ' , ; . , • ' , C'est vers cette époque, ou du moins vers t742, que l'abbé Le Beuf commença à manifester l'intention de publier l'Histoire du diocèse de Paris. Il est probable que l'idée lui en étoit venue en travaillant au Bréviaire du diocèse; de tous ses ouvrages c'est certainement celui qui lui a coûté le plus de peine, et c'est sans doute aussi un des plus utiles et des meilleurs. Nul autre que lui peut-être n'auroit pu entreprendre un pareil travail , et l'amener à une semblable perfection. Cet ouvrage est conçu sur un tel plan et exécuté avec un tel détail, qu'aucune nation n'en possède à ma connoissance un semblable. Je ne veux pas dire cependant que Le Beuf n'ait rien

• p o , : | | | | , , ! (1) Ces matériaux n'existent plus à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève;

mais il existe dans cette même bibliothèque un recueil de copies de lettres

de Le Beuf, toutes relatives à la liturgie. . " " o ' r, o ;

laissé à faire après lui sur ce sujet : les archives particulières de chaque propriété lui auroient fourni d'utiles et curieux renseignements; il a même négligé quelques sources fécondes qui lui étoient ouvertes.Ainsi, par exemple, il n'a presque jamais cité l'Olin, nisurtout ces volumineux registres du Trésor des Chartes qui contiennent toutes les lettres de rémission, de confiscation, de donation, etc., données du commencement du xIv° siècle (1574), et qui sont aujourd'hui aux Archives du royaume. Il lui est même échappé des inexactitudes; et cependant quels soins ne prenoit-il pas pour les éviter (1). Il avoit pour le vrai, cet amour sincère qui fait le mérite de tous les écrits destinés à l'instruction de la postérité. Il n'y a presque pas de villages, d'églises, de châteaux dont il a parlé dans ses ouvrages et notamment dans celui-ci, qu'il n'ait vus et examinés , de ses propres yeux. Il étoit sur le point de corriger son Histoire du diocèse de Paris, lorsque le dérangement de sa santé lui fit tomber la plume des mains. Il confia ce soin, dit l'auteur de son éloge, à un savant, son ami, couronné quatre fois par l'Académie des inscriptions, qui travailloit en novembre 1760 à remplir, par un supplément, le dessein de l'auteur. Le Beuf avoit aussi chargé ce même ami (qui pourroit être Dreux du Radier) de faire (probablement sur ses notes) un ouvrage sur l'art de distinguer les différens âges des monumens par leur architecture, art qu'il possédoit à un haut degré de perfection. Sur les avis de M. Joly de Fleury, ce magistrat si bon appréciateuri du mérite, et qui avoit toute la science et le mérite héréditaire dans son illustre famille, Le Beuf avoit résolu de réduire cet art en théorie et d'en donner des principes. Cet

(1) S'il n'étoit pas de mode en France de renier nos gloires passées, tous les châteaux, toutes les municipalités de l'ancien diocèse de Paris voudroient posséder un exemplaire de cet excellent ouvrage. | On a reproché à l'abbé Le Beuf (et notamment M. de Fontette, à propos de cet ouvrage) d'avoir écrit d'un style dur et pesant : ce reproche n'est pas sans fondement; mais dans les ouvrages comme les siens, une énumération exacte des faits et des déductions rationnelles sont ce qu'on doit rechercher surtout.Ces qualités peuvent, il est vrai, s'allier à un bon style, mais l'antiquaire qui trouve, dans les œuvres de Le Beuf, de si agréables et si solides lectures, lui pardonnera facilement la médiocrité de la forme en faveur de l'immense mérite du fond. o '' o - · · · · - • i • 1 f : ' ; i , o ^ s" , • • • • " , i, - .17 o

ouvrage auroit été bien précieux; mais Dieu, qui a posé des bornes à notre savoir, ne donne pas aux organisations supérieures une vie plus longue qu'aux hommes ordinaires. On réunit péniblement des matériaux, puis quand on croit les mettre en œuvre, la vieillesse arrive, les facultés intellectuelles s'émoussent, le savant meurt, et ces notes, recueillies avec tant de peine et qui étoient les élémens d'un travail important, sont le plus souvent dispersées ou détruites par l'incurie d'un ignorant héritier. Le Beuf étoit presque parvenu à sa soixante-dixième année sans que sa fortune fût sortie d'une extrême médiocrité. Le eardinal de La Rochefoucauld, chargé de la feuille des bénéfices, sachant qu'il avoit résigné son canonicat d'Auxerre à son frère aussitôt qu'il étoit entré en jouissance de la pension de 4,200 liv. dont nous avons parlé ci-dessus, lui envoya le brevet d'un nouvelle pension de 1,000 liv. Peu de temps après, un des amis de Le Beuf lui ayant dit qu'on n'étoit pas content de ce que le cardinal avoit fait pour lui : Je m'en doutois bien, répondit-il; aussi je n'en désirois pas tant et je suis prêt de le rendre. Son ami eut peine à lui faire comprendre qu'on blâmoit seulement la modicité du bienfait. . - Le Beuf étoit dès lors attaqué de la maladie dont il mourut. Le pape Benoît XIV, ayant eu connoissance de son martyrologe de l'église d'Auxerre, voulut en connoître l'auteur, et le fit inviter par le cardinal Passionei, qui était en relation avec lui, à venir à Rome. L'abbé Le Beuf voulut aller d'abord à Avignon, pour éprouver si la chaleur du climat d'Italie ne seroit pas contraire à sa santé, Quoique pour la première fois de sa vie il eût pris ses aises dans ce voyage, il en revint avec les maux qui affligèrent les six dernières années de sa vie. Pendant les trois ou quatre dernières, il fut réduit à une inaction forcée qui le désespéroit. Voilà, disait-il tristement, nous conduisent nos veilles, notre attachement à l'étude, et cependant mon chagrin est de ne pouvoir plus veiller »i étudier. A cette époque, et peu de temps avant sa mort, il avoit obtenu la chapellenie du Saint-Sépulcre à Paris. Ni l'auteur de l'éloge académique ni Dreux de Radier n'ont parlé de ce bénéfice, qui devoit cependant être d'un certain revenu. Une attaque de paralysie le mit hors d'état de s'occuper même d'aucune lecture ; il tourna alors toutes ses pensées vers l'autre vie et fit son testament, le plus étonnant de ses ouvrages, dit l'auteur de son Éloge, pour ceux qui savent combien sa fortune avoit été bornée. Il y fit des legs pieux aux pauvres, à l'église cathédrale d'Auxerre, à la paroisse de Saint-Renobert, sur laquelle il étoit né; il avoit déjà fondé un lit à l'HôtelDieu d'Auxerre et un aux lncurables de Paris à la nomination de sa famille (du prix de 10,000 liv.). Il mourut subitement, sans démonstration de douleur, le 10 avril 1760, âgé de 73 ans.Un heureux hasard nous a fait retrouver parmi des papiers ayant appartenu à l'abbé Vilain, un exemplaire du billet de faire part de sa mort. Le voici :

« Vous êtes prié d'assister au convoy et enterrement de vénérable, scientifique et discrette personne messire Jean LE BEUF, prestre, chanoine honoraire de l'église d'Auxerre, chapelain de l'église collegiale du Saint-Sepulchre, de l'Académie royale des Belles-Lettres, décédé en sa maison, rue des Bourdonnois, qui se fera ce jourd'huy vendredy, onzième avril 1769, à quatre heures et demie précises du soir, en ladite église collegiale du Saint-Sepulchre, rue Saint-Denis, où il sera inhumé. - « Requiescat in pace. »

A la lecture de ce billet, on se demande ce que sont devenues les cendres de cet homme de bien dont toute la vie avoit été consacrée à éclairer l'histoire de sa patrie. L'église où il reposoit a été détruite comme tant d'autres, et les restes de Le Beuf ont sans doute été jetés dans un égout lors d'une ré· volution faite au nom des lumières, qui auroit réduit la France à la barbarie si l'état violent qu'elle avoit créé avoit pu durer un demi-siècle. - Peu de temps après sa mort, Dreux du Radier inséra dans le Journal de Verdun (juillet 1760) un article nécrologique intéressant, rédigé sur les mémoires que Le Beuf lui avoit confiés avant sa mort. Le même est auteur d'une courte notice qui accompagne le portrait de l'abbé Le Beuf dans la collection d'Odieuvre (le seul qui ait été gravé, et qui est inférieur à beaucoup d'autres de la même collection). Son éloge, composé par Le Beau, fut prononcé à l'Académie des inscriptions en novembre 1760, et se trouve t. xxIx, p. 372 de l'édition in-4, et t, xIv, p. 638 de l'édition in-12 (1). : .

(1) Ces trois pièces, qui, sans se contredit, sont cependant très diverses, sont les sources d'où j'ai tiré (souvent textuellement) presque toute cette

Le recueil de dissertations que nous donnons aujourd'hui au public est tiré du Mercure et du Journal de Verdun. Ces dissertations n'ont peut-être pas la profondeur et l'importance de celles que l'auteur avoit fait imprimer en corps de volume de son vivant ; mais les sujets qu'elles traitent ont souvent plus d'intérêt pour nous. Un savant dont le catalogue est aujourd'hui entre les mains de tous les amateurs, M. Leber, a publié un certain nombre de ces excellens opuscules tirés du Mercure et du Journal de Verdun, dans sa collection de Dissertations. Déjà quelques unes avoient paru (souvent mutilées) dans les Variétés historiques. Paris, Lyon, 1754, 4 vol. in-12. Nous ne donnerons ni dans ce volume ni dans ceux qui le suivront aucune des dissertations qui se trouvent dans ces deux recueils, parce qu'ils sont de nature à être achetés par les personnes qui s'occupent de notre histoire ; mais quelle que soit l'utilité d'une collection du Mercure et du Journal de Verdun, utilité qui s'augmente à mesure que les temps s'éloignent, cette collection est tellement volumineuse que peu de personnes se décident à en faire l'acquisition. Les ouvrages de l'abbé Le Beuf jouissent d'ailleurs aujourd'hui d'une telle faveur, que nous avons pensé faire une chose agréable aux amateurs en leur donnant le moyen de compléter la collection des œuvres du savant abbé. Nous ne donnerons pas toutefois tous les opuscules de Le Beuf qui sont contenus dans les journaux du temps; nous nous bornerons à ceux qui nous paroîtront les plus intéressans, et pour suppléer à l'absence des autres, nous donnerons à la fin de notre publication la liste générale et la plus exacte possible de tous les ouvrages que l'abbé Le Beuf a composés, avec l'indication des recueils où ils se trouvent et de l'année de la publication. Cette liste n'est complète nulle part. - CLAUDE GAUCHET.

notice. Mon but a été de donner tout ce qu'on connoissoit de la vie de l'abbé Le Beuf. J'ai tiré aussi quelques détails du recueil de lettres de la Bibliothèque royale, que j'ai cité plus haut, et c'est le billet d'invitation à son enterrement qui m'a fait connoître qu'il étoit chapelain du Saint-Sépulcre. Il existe encore, ou a existé un éloge de Le Beuf, par M. Le Père, secrétaire de la Société littéraire d'Auxerre; mais je n'ai pas eu communication

de cette pièce qui étoit conservée, en 1768, dans le registre de la Société. Lelong, t. I°r, n° 11255, • *o

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