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L'ouvrage de M. Sainte-Beuve parut pour la première fois en 1828, à l'occasion d'un sujet de prix proposé par l'Académie françoise, et ce n'est pas tout-à-fait sans intention que nous rappelons cette date. Une école tout-à-fait nouvelle de littérature et de poésie tentoit alors de se former et de s'établir parmi nous, et cette école étoit à la fois dirigée et représentée par des hommes d'un véritable talent, par des esprits vigoureux et pleins d'ardeur qui se crurent assez puissans pour opérer les réformes dont ils étoient à la fois les prédicateurs et les modèles. Je n'ai pas besoin de rappeler ici que M. Sainte-Beuve appartenoit à la nouvelle école ; son ardeur de vingt ans et cette chaleur généreuse qui portoit alors toutes les âmes un peu élevées vers les réformes de tout genre, marquoient d'abord sa place dans le camp des novateurs ; ce ne fut donc pas sans dessein, peut-être, et sans un retour très volontaire du passé au présent, que M. Sainte-Beuve choisit pour objet spécial de ses études et de son début littéraire l'histoire d'une époque essentiellement réformatrice aussi, qui, à part même son caractère spécial et son intérêt propre, fournissoit au jeune critique l'occasion très naturelle de mettre en relief ses opinions, ses goûts et peut-être ses espérances. Réhabiliter ainsi dans l'opinion du plus grand nombre des poètes oubliés, des écrivains méconnus dont le nom n'étoit plus guère pour les lecteurs du xixe siècle qu'un souvenir vague et à peine senti, lui parut, nous n'en doutons pas, une cuvre méritoire, et, de plus, un appel indirect à la justice de ses contemporains pour les écrivains, pour les poètes de la nouvelle école, qui ne trouvoient pas encore en France l'accueil enthousiaste qu'ils avoient espéré, et dont M. Sainte-Beuve les croyoit dignes.

Tel fut, si nous ne nous trompons, le sentiment qui dominoit dans le travail de M. Sainte-Beuve, et nous nous garderons bien de lui en faire un reproche. Nous le louerons, au contraire, de cette ardeur généreuse qui le portoit à des réformes littéraires qu'il croyoit glorieuses et possibles, et nous lui saurons gré, comme nous le devons, de cette noble pensée qui l'a soutenu dans son travail, et qui, seule peut-être, lui a donné la force et la persévérance nécessaires pour le conduire à

bonne fin. Nous nous garderons bien également d'exprimer la moindre critique et le plus léger blâme sur le parti qu'a pris M. Sainte-Beuve de réimprimer aujourd'hui son ouvrage tel qu'il parut d'abord, en y joignant seulement des notes nouvelles et toutes les études du même genre qu'il a faites depuis. Nous aimons, en effet, à retrouver encore dans cette nouvelle édition toute cette verve de jeune homme qui distingue l'ouvrage et qui porte à chaque ligne l'impression du sentiment qui l'a dicté. Nous n'en tenons pas moins compte pour cela à l'auteur des nombreuses améliorations qu'il a introduites dans son travail, et nous trouvons ainsi, avec un véritable plaisir, réunies dans le même livre, et la naïve et spirituelle inspiration du littérateur de vingt ans, et la sagacité plus fine et le jugement plus sûr du critique exercé. M. Sainte-Beuve ne sauroit, nous l'espérons, nous en vouloir d'une opinion qui ne nous semble autre chose qu’un double hommage rendu à deux qualités diverses qu'il possède, et que nous ne faisons aucune difficulté de reconnoître et de louer.

Au reste, et abstraction faite du sentiment même qui peut avoir inspiré et soutenu M. Sainte-Beuve dans son premier travail, il falloit, ce nous semble, à vingt ans, un courage peu commun et une vocation littéraire bien prononcée, pour entreprendre et conduire à fin un pareil ouvrage. Ce n'est pas que cette littérature si neuve et si féconde, que cette poésie quelquefois un peu rude, souvent un peu subtile, mais si naïve et si vraie, du xvio siècle, nous paroisse, ainsi qu'à certains critiques, si pénible ou si fastidieuse à étudier ; nous pensons au contraire que pour un esprit sérieux et élevé, il y a plus à profiter qu'on ne pense dans une lecture assidue de nos vieux auteurs et de nos anciens poètes; mais pour un jeune homme, autour duquel se pressoient en foule des idées, des opinions, des préjugés, des passions d'un tout autre genre, il falloit, en vérité, plus que du courage pour se rejeter ainsi, et avec une telle ardeur, dans un passé au moins inconnu. Ce courage, M. Sainte-Beuve la eu, et nous ne craignons pas d'avancer ici qu'il a dû s'applaudir plus d'une fois depuis de cette résolution généreuse et de cette épreuve volon

taire à laquelle il se soumit alors et à laquelle il doit peut-être, en grande partie, la position qu'il a prise aujourd'hui dans la littérature.

Nous n'avons voulu ici que rendre justice à l'ouvrage de M. Sainte-Beuve et appeler de nouveau l'attention de nos lecteurs sur cet ouvrage, que la plupart d'entre eux connoissent sans doute parfaitement. Nous n'essaierons donc pas d'en présenter une analyse que nous regardons comme superflue, et qui n'apprendroit rien à ceux qui connoissent le livre, tandis qu'elle seroit insuffisante pour ceux qui ne le connoissent pas. Nous dirons seulement que, dans cet ouvrage, l'auteur n'a rien omis de ce qu'il importoit de mentionner, dans l'histoire poétique, dans l'histoire du théâtre du xvio siècle, et que sa critique se fait habituellement remarquer par la justesse et l'élégance de l'expression aussi bien que par la finesse des aperçus. Dans ce livre, il n'est pas un écrivain un peu remarquable dont le nom ne se trouve noté convenablement et dont le talent ne se trouve en général assez justement apprécié. Nous dirons pourtant que nous avons remarqué quelques omissions et quelquefois aussi un peu de rigueur dans la critique. Nous pensons, par exemple, que M. Sainte-Beuve n'a pas rendu au poète Gringore toute la justice qu'il mérite, et qu'il est encore quelques autres poètes de la même époque qui auroient mérité de sa part un peu plus d'attention qu'il ne leur en accorde. Mais se sont là des observations de détail qui n'atténuent en rien le mérite réel de l'ouvrage et qui s'appliquent d'ailleurs beaucoup plus au premier travail de M. Sainte-Beuve qu'à cette nouvelle édition, si notablement améliorée. Outre les notes en grand nombre que l'auteur a jointes à l'ouvrage original, il a de plus, dans la seconde partie de cette nouvelle édition, ajouté des articles spéciaux, consacrés à Mathurin Regnier, à Joachim du Bellay, à Bertaut, à du Bartas, à Desportes, et ces nouvelles études, qui complètent les premières, et qui viennent se placer si naturellement dans l'ancien cadre, ne sont pas la partie la moins curieuse et la moins importante de cette seconde édition, qui doit effacer la première, et qui prouve, d'une manière incontestable, que non seulement M. Sainte-Beuve est resté fidèle à ses premières

études, mais de plus que cette persévérance, si louable à tous égards, lui a permis d'apprécier mieux encore ces vieux poètes avec lesquels il a fait une connoissance plus intime, en même temps que son talent de critique s'épuroit et se perfectionnoit par l'exercice et par l'expérience si puissante chez lui comme chez tous les esprits supérieurs.

Nous osons donc recommander . la lecture de l'ouvrage de M. Sainte-Beuve aux hommes faits aussi bien qu'aux jeunes gens. Les uns y trouveront avec plaisir, nous n'en doutons pas, leurs propres opinions souvent exprimées avec autant de finesse que de bonheur; les autres y apprendront beaucoup de choses qu'ils ignorent, et pour eux cette instruction ne sera jamais sans agrément.

Nous sera-t-il permis, en terminant cet article dans lequel nous avons essayé de faire connoitre toute notre estime pour un excellent et agréable ouvrage, d'exprimer cependant un regret et un væu. Nous avons regretté plus d'une fois en effet que le style de M. Sainte-Beuve ne fut pas, en général, un peu plus naturel, et que sa pensée, habituellement très fine et aussi parfois un peu subtile, fût énoncée, en plus d'une occasion, de manière à laisser soupçonner, nous ne dirons pas de la prétention, mais au moins une certaine coquetterie chez l'auteur. Le naturel et la franchise de l'expression nous paroissent être les caractères distinctifs de notre langue, telle que l'ont faite les grands classiques du xviie siècle. et M. SainteBeuve nous paroissoit digne, par son talent, de rester fidèle à des traditions dont la trace ne se conserve plus aujourd'hui que chez un petit nombre d'écrivains privilégiés, qui ont su reconnoître, comme nous ne doutons pas qu'il ne le reconnoisse luimême, avec cette sagacité littéraire qui le distingue, que la sévérité rigoureusé de la forme ne porte en aucun moindre atteinte à la franchise, à la vigueur, ou même à la hardiesse de la pensée.

G. DUPLESSIS.

cas la

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ET

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J. TECHENER , PLACE
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No 12.

N3. MARS 1843:

183 ARBRE DES BATAILLES, ouquel livre aura quatre parties :

- la première, sera des Tribulacions de l'Eglise, jadis
passées devant l'advenement de notre Sauveur;
la deuxième, sera des Tribulacions des quatre grans
royaulmes de jadis; - la tierce, sera des batailles en
général;

et la quarte partie, sera des batailles en special. In-fol.,'cuir de Russie, fil. .. . 450

Manuscrit sur peau vélin de 141 feuillets, xive siècle, avec deux

miniatures et beaucoup de lettres ornées. Très bien conservé. 184 ARETİNO (Pietro). Capricciosi et Piacevoli Ragionamenti;

Nuoua editione. Con certe postille, che spianano e di. chiarano euidentemente i luoghi e le parole più oscure, e più difficili dell'opera. Il piacevol, ragionamento de l'Aretino, nel quale il Zoppino fatto frate e Lodovico puttaniere, trattano de la vita e de la genealogia di tutte le Cortigiane di Roma -- la Puttana errante, overo dialogo di Madelena e Giulia. Stampati in Cosmopoli, l'anno 1660, in-8, mar. rouge.

72Jolie reliure à la janséniste par Duru.

Le même divisé en 2 vol. rel. en mar. rouge; anc. rel. de Padeloup, large dentelle bien conservée, mais avec la - Puttana errante de deuxième réimpression. Bel exempl.

130—, 185 ARISTOPHANIS comoediæ novem , cvm commentariis an

tiquis et ualde utilibus ad ea quæ prius, excusa fuerant additis, indiceque copiosissimo omnium quæ animaduertere oportet (Græcè). Florentiæ, per hæredes Phi

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