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Fontenay, Charles étant à Troies, des citoyens aquitains vinrent lui apporter la couronne et les vêtemens impériaux. Nul de nos modernes compilateurs historiques n'a paru surpris de cet incident qui tenoit du miracle aux yeux de Nitard. Nous pourrions demander aujourd'hui comment il se faisoit que des Aquitains possédassent la couronne impériale, propriété encore incontestée de Lohier, frère de Charles? Louis-le-Débonnaire étant mort à Metz, comment se trouvoit-elle en Aquitaine ? Le fait raconté par Nitard suppose le vol ancien et la restitution nouvelle, ou bien le vol récent de cette couronne. Soit donc que nos rapsodes aient mal entendu le passage de l'historien latin, soit qu'ils aient suivi une tradition qui ne nous est pas parvenue, on doit reconnoître un lien étroit entre l'épisode de la chanson de geste et le passage suivant de Nitard. (je souligne les mots qui auront été mal interprétés par le poète françois) : « Mira sanè ac meritô notanda res Karlo contigit... Cum de « balneo egrederetur, et eadem vestimenta quae exuerat, in« duere pararet, repentè ab Aquitania missi pro foribus adsti« terant, qui coronam et omnem ornatum tam regium quam et « quicquid ad cultum divinum pertinebat, ferebant. Quis non « miretur paucos et pene ignotos viros, tot terrarum spatia, « dum ubique omnes rapinae insisterent, tot talenta aut gem« marum infinitam multitudinem ferre inlaesos valuisse ? Et « quod maximè mirandum fateor fore, qualiter ad definitum « locum, vel certè ad statutam diem et horam venire poterant, « cum nec idem Karolus ubi se suosque oporteret, sciebat? « Quem quidem eventum haud aliter quam munere divinovisum « est evenire potuisse. Ac per hoc commilitonibus stuporem « injecit, omnesque maximam ad spem salutis erexit. » (A. Duchesne, Hist. de France, t. II, p. 367.) Avec le cours de Paris finit la partie la plus ancienne de la geste des quatre fils Aimon. La suivante est nommée particulièrement la chanson de Renaut, bien que les trois frères y soient toujours en scène. Charlemagne vient d'abord assiéger le nouveau repaire de Montauban. Dans un des épisodes de la longue et héroïque défense des fils Aymon, Maugis, arrivant sur le champ de bataille, apostrophe ainsi le Danois Ogier, l'un des pairs de Charlemagne :

Par Dieu! sire Danois, n'aférist pas à vous
Que venissiés traïr les quatre fils Aimon.
Mal parent a en vous et mout mal compagnon.
Onc Joffrois d'Avignon ne fist or traïson.
Je vous lessai jadis en ostage à Karlon,
A Saint-Omer en Flandres, par tel devision
Dont vous estes engrés et sogiés à Karlon,
Quatre deniers rendés de chief et de menton ;
Jà fustes-vous cousin Girart de Rossillon
Et Doon de Nanteuil et duc Bues d'Aigremont. (Fo 110.)

Dans le manuscrit 7186, au lieu des vers ou Joffrois d'Avignon est nommé, on lit : Oncques jor vostre père ne fist ainc trahison.

Joffroi d'Avignon, qui avoit épousé la sœur de Girart et de Beuve, étoit donc le père d'Ogier-le-Danois, même dans les chansons de gestes. Il faut avouer que cet endroit justifie bien les conjectures que j'avois exprimées, avant de le connoître, sur l'origine méridionale d'Ogier, et sur le titre d'otage du duc de Gascogne que je lui avois attribué (1). J'avois aussi remarqué que l'Ogier de l'histoire possédoit des · terres dans les environs du lac de Genève et du Montferrat. Ici, Charlemagne voulant exciter ses pairs à pendre Richart, le plus jeune des quatre frères, leur fait tour à tour les promesses les plus capables d'agir sur leur esprit. Il s'engage à joindre au fief de Bretagne, possédé par Salomon, celui d'Anjou; à Videlon-le-Bavarois il donnera Mayence; à Turpin, il procurera la papauté; enfin à Ogier : Pavie outre les mons de loier en aurois, Et si aurois Verciaus, qui est mout biaus manoirs, Et avec Ivorie, si pendre le volois, Et Plaisance la bonne, de verté le sachois,

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— Non ferai par mon chief, dist Ogiers li courtois.
(Fo 125.)

(1) Voyez les Recherches sur le personnages d'Ogier-le-Danois, lues à l'Académie des Inscriptions, et insérées dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes. Nous devons remarquer ici que M. Barrois, le savant éditeur du roman d'Ogier-le-Danois, ne partage pas cette opinion, et qu'il regarde Ogier comme originaire des Ardennes.

On doit supposer que ces offres devoient arrondir les possessions précédentes du bon Danois; et cela avec d'autaut plus de raison que dans son testament, mentionné par le légendaire de Saint-Pharon, Ogier cède à l'abbaye de Meaux, un manoir qu'il avoit à Verceil même. L'histoire ne peut suivre de plus près la poésie. Mais voulez-vous juger de l'exactitude de la Bibliothèque bleue ? elle transcrit ainsi les vers précédens : « Il « appela Oger et lui dit : Je vous donnerai le duché de Laon « et vous quitterai tout si vous voulez pendre Richart. » Tout le vieux poème est reproduit avec la même fidélité, et voilà ce que tous les ans on réimprime.

Pendant le siége de Montauban, Maugis, le magicien, le larron par excellence, a tout à coup des remords, et fort mal à propos, du moins pour ses cousins les quatre fils Aimon, il va se faire ermite. Privés de ses expédiens, les assiégés subissent la faim la plus terrible; ils mangent leurs chevaux, Renaut va même être forcé de tuer Bayard, mais en le voyant agenouillé devant lui, les yeux humides de larmes, il perd toute sa résolution et se contente de lui ouvrir une veine et d'en donner le sang à sa femme et à ses deux jeunes enfans. Maugis reparoît encore pour les faire sortir de Montauban. Ils s'éloignent de la contrée, passent le Rhin et vont s'enfermer à Tremoigne, la moderne Dorthmunt de Westphalie. Charlemagne les y poursuit encore, mais enfin la paix est conclue à la condition que Renaut livrera son cheval Bayart, et qu'il fera lui-même le voyage du Saint-Sépulcre. L'empereur embrasse les trois frères, il donne même aux deux enfans de Renaut l'investiture des deux fiefs de Tremoigne et de Montauban ; mais il ne pardonne pas au cheval Bayart ; il le fait précipiter dans le Rhin ou dans la Meuse. Bayart, qui étoit fée, échappe à la nage et va rejoindre dans la forêt des Ardennes, le larron Maugis, lequel, dit le poète en finissant,

En la forest d'Ardene morut certainement.
Encor i est Baiart sé l'istoire ne ment,
Et encor li oit on, à feste Saint Jehan
Par toutes les années hanir mout clèrcment.

Pour Renaut, rien de plus insipide que le récit merveilleux de son voyage au Saint-Sépulchre. Au retour, il continue sa longue et dure pénitence. On construisoit la cathédrale de Cologne, il se mêle parmi les maçons, porte les plus lourds fardeaux et excite la jalousie de ses compagnons au point qu'ils finissent par le précipiter du haut des nouvelles constructions. De nombreux miracles ne tardèrent pas à signaler la sainteté du preudome : ses enfans reconnurent son corps et le transportèrent à Trémoigne où il fut honorablement enseveli. Il est certain que Dorthmund ou Trémoigne est encore aujourd'hui sous le patronage de Saint Renaut, que l'on y vient , visiter son tombeau, et que sa légende rappelle les principaux faits mentionnés dans la chanson de geste. Il me reste à parler de la geste de Maugis d'Aigremont, qui est dans un genre complètement fantastique. Je n'aurai pas long-temps à m'y arrêter. Elle a été composée long-temps après la chanson des Quatre fils Aimon, et l'on peut même dire qu'elle lui doit la naissance. En voici le début : Seignors, or escoutés : n'i ait noise né ton, Que Dame-Dieu de gloire vos doinst bénéiçon, Et je vous chanterai d'une bone chanson. Faite est de bone estoire, poi n'i a sé voir non. Cil jugléor vous chantent de Maugis le larron Comment il guerroia l'emperéor Charlon Pour aidier ses cousins, les quatre fils Aymon ; Dont ils ne savent nient la monte d'un bonton, Mais ce n'est pas des vers dont nos vous chanterons,

Mes je vous en dirai la droite nascion,
Où il asprist le sens dont il ot à foison,

Voilà ce qu'il nous importe le plus de savoir. Pour ce qui est du reste, Maugis, enlevé par les Sarrasins, est élevé par la fée Oriande, qui en devient amoureuse et lui apprend la magie. Grâce à de merveilleux secrets, il se rend maître du bon cheval Bayard et de la bonne épée Froberge (la Flamberge d'Arioste) qu'il donna plus tard à Renaut, quand il revint en France. Dans cette chanson, Maugis est brave, libertin et peu voleur, ce qui ne s'accorde guère avec sa véritable légende. La Bibliothèque bleue a bien voulu mettre cette chanson au nombre de ses réimpressions perpétuelles. Dans notre manuscrit elle se compose d'environ 7,000 vers.

P. PARIS.

ET LITTÉRAIRES.

I

CRUCIATUs BEATAE MARIAE vIRGINIs sUPER FILII MoRTE, AUCToRE FRANCIsco BoNADo. Petit in-8° de 26 feuillets numérotés d'un seul côté ou 52 pages, avec 13 vignettes gravées sur bois, y compris celle du frontispice. Imprimé en lettres italiques, sans date, sans nom de ville et d'imprimeur.

Voici un livre digne à coup sûr de l'attention, de l'intérêt et de la recherche des bibliophiles. Aussi inconnu que son auteur, dont le nom a été omis dans les plus complètes biographies, il ne se trouve lui-même mentionné ni dans les nombreux catalogues que nous avons consultés, ni dans le Manuel si exact et si soigné de M. Brunet. Un livre qui paroît être ainsi inconnu et qui a réussi à se soustraire aux recherches si persévérantes et presque toujours si heureuses de notre savant bibliographe ne sauroit donc manquer d'être considéré comme très rare, et, n'eût-il même que ce seul mérite à nos yeux, nous l'aurions jugé digne d'une mention particulière et de quelques instants d'examen. Mais comme ce rare opuscule se distingue de plus et par la singularité de sa composition et par les ornemens dont il est décoré, nous entrerons ici dans quelques détails que justifieront peut-être quelques unes de nos citations. Le titre fait suffisamment connoître le sujet de l'ouvrage qui

est écrit en vers; mais ce que le titre ne dit pas, c'est que les iambiques latins quiforment le fond de cette pieuse composition sont accompagnés d'une paraphase en vers françois qui nous révèle, sinon un véritable poète, du moins un versificateur inconnu du xvI° siècle, peut-être même du quinzième. Le plan de l'ouvrage est du reste fort simple; après une première pièce qui sert en quelque sorte d'introduction et que le poète con

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