Obrazy na stronie
PDF
ePub

aven

L'Arioste et le Tasse firent donc oublier le Boyardo et le Pulci, qui leur avaient ouvert la route; mais en puisant dans les nouvelles sources, ils les tarirent pour jamais. ! L'héroïsme chevaleresque n'a qu'un seul caractère, c'est de consacrer la valeur au service de la faiblesse, de l'innocence et de la beauté, et de mettre la gloire des hommes à défendre celle des femmes. Il suit de là que lorsque, dans un poème sérieux ou comique, on a fait rompre vingt fois des lances pour les intérêts de l'amour, les avenlures romanesques sont épuisées, et qu'on ne peut plus revenir sur cette espèce d'héroïsme, sans repasser sur les mêmes traces; et c'est en effet ce qui est arrivé.

Le merveilleux de la magie , celui de la religion même, considérés poétiquement, ne sont pas des sources plus' abondantes ; et la mythologie a sur l'une et sur l'autre des avantages infinis. Voyez MERVEILLEUX.

Si l'Italie n'eut que deux poèmes épiques, ce n'est donc point parce qu'elle n'eut que deux génies propres à réussir dans ce genre élevé, mais parce qu'un troisième, après eux, aurait trouvé la carrière épuisée ; et qu'il en est de l'histoire et de la théurgie modernes, comme de ces terrains superficiellement fertiles, que ruinent une ou deux moissons...

Comme l'action du poème dramatique ne den. mande ni la même importance du côté de l'évé

nement historique, ni les mêmes ressources du côté du merveilleux , et que les deux grands inlérêts de la tragédie, la compassion et la terreur, raissent des grandes calamités; il semble que l'Italie, dans les temps désastreux qui avaient précédé la renaissance des lettres, ayant été, presque sans relâche, un théâtre sanglant de discorde, de guerres politiques et religieuses, étrane yères et domestiques, de haines et de factions, de séditions, de complots et de crimes , la tragédie, daus aucun pays ni dans aucun siècle, n'a dû trouver un champ plus vaste et plus fécond. De tous les pays de l'Europe , l'Italie est pourtant celui où elle a eu le moins de succès; jusqu'au temps où elle y a paru secondée par la musique; et alors même ce n'a pas été dans l'histoire moderne qu'elle a pris ses sujets. Une singularité si frappante doit avoir ses causes dans la nature; et les voici.

Point d'esfort de génie sans émulation; point de progrès dans un art, sans un concours d'arlistės animés à s'effacer les uns les autres. Or, le concours des poètes dramatiques et leur émulation supposent des théâtres élevés à leur gloire, et un peuple nombreux, passionné pour leur art, assemblé pour les applaudir. Ce n'est pas assez qu'un sénat, comme celui de Venise, ou qu'un souverain, comme un duc de Florence, de Mantoue, de Ferrare , favorise un art tel que la tragédie, pour en obtenir des succès; come

e

bien de pays en Europe , où les rois font les frais d'un superbe spectacle, où cependant il ne peut naître un poète pour l'occuper! C'est l'enthou

l'une nation entière, qui sert d'aliment au génie, et qui fait faire aux talents mille efforts, dont quelques-uns, par intervalle et de loin à loin , sont heureux. Si l'Italie avait marqué pour la tragédie la même passion qu'elle a pour la musique; si , sans avoir, comme la Grèce, une ville, un théâtre , et des jours solennels où elle se fût assemblée, elle eût fait au moins pour la tragédie ce qu'elle a fait depuis pour l'opéra ; si Rome, Naples, Milan , Venise et Florence , i l'envi, l'avaient tour-à-tour appelée, s'étaient disputé la gloire de faire naître , d'honorer, de récompenser les talents qui auraient excellé dans ce grand art , l'Italie aurait eu des poètes tragiques, comme elle a eu des musiciens; mais encore n'auraient-ils pas pris leurs sujets dans l'histoire de leur patrie.

La tragédie ne veut pas seulement des crimes et des malheurs ; elle veut des crimes ennoblis et des malheurs illustres. Or les personnages, bons ou méchants , ne sont ennoblis que par leurs mæurs ; et le malheur ne nous étonne que dans des hommes destinés à de grandes prospérités, soit par une haute naissance , soit par d'héroïques vertus. · Et dans l'histoire de l'Italie vroderne , combien peu de ces hommes dont l’ame, le génie , ou la

fortune annoncent de hautes destinées ? De tant de guerres intestines, de tant de brigandages , de fureurs, de forfaits, que reste-t-il, qu'une impression d'horreur? Deux siècles de calamités et de révolutions ont-ils laissé le souvenir d'un illustre coupable, ou d'un fait héroïque ? Des trahisons, des atrocités lâches, des haines sourdes et cruelles , assouvies par des noirceurs, des empoisonnements, ou des assassinats ; tout cela fait une impression de douleur pénible et révoltante , sans aucun mélange de plaisir. L'ame est flétrie et n'est point élevée; on compatit, comme à une boucherie de victimes humaines que l'on voit massacrer, mais ce pathétique n'est pas celui qui doit régner dans la tragédie. Voyez INTÉRÊT.

Ajoutons que, dans la peinture des mæurs tragiques , il se mêle souvent des traits d'une philosophie politique ou morale , qui contribue grandement à élever les sentiments par la noblesse des maximes, et que cette partie de l'art suppose une liberté de penser, que les poètes n'ont jamais eue dans les temps et dans les pays où la superstition et l'intolérance ont dominé. Car tel est l'effet de la crainte sur les esprits, que non-seulement elle leur. ôte la hardiesse de passer les bornes prescrites, mais qu'au-dedans même de ces bornes elle leur interdit la faculté d'agir avec force et franchise; pareils au voyageur timide, qui , en voyant à ses côtés deux précipices effrayants, ne va qu'à pas tremblants dans le même sentier où il marcherait d'un pas ferme s'il ne voyait pas le péril. ..

Ainsi , quoique les moeurs de l'Italie moderne, comme du reste de l'Europe , permissent à la tragédie une imitation plus vraie que ne l'était celle des Grecs; quoique, sur les nouveaux théâtres, les acteurs de l'un et de l'autre sexe, sans masque, ni cothurne , ni porte-voix, ni aucune des monstrueuses exagérations de la scène antique, pussent représenter l'action théâtrale au paturèl; la tragédie, ayant fait d'inutiles efforts pour s'élever sur les théâtres d'Italie , a été obligée de les abandonner, et la comédie elle-même n'y a pas eu un sort plus heureux.

La vanité est la mère des ridicules, comme l'oisiveté est la mère des vices; et c'est le commerce habituel d'une société nombreuse, qui met en action et en évidence les vices de l'oisiveté et les ridicules de la vanité : voilà l'école de la comédie. Il est donc bien aisé de voir dans quel pays elle a dû fleurir.

En Italie, ce ne fut ni manque d'oisiveté, ni manque de vanilé, mais ce fut manque de société que la comédie ne trouva point de mœurs. favorables à peindre. Tous les débats de l'amourpropre s'y réduisirent presque aux rivalités amoureuses ; et les seuls objets du comique furent les artifices et les folies des amants, l'adresse des femmes à se jouer des hommes, la fourberie des

« PoprzedniaDalej »