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accumulées d'une foule d'idées et de sentiments, sont toujours les plus énergiques : Erravit sine voce dolor ( LUCAIN): Dies per silentium vastus, et ploratibus inquies. (Tac.)

La véhémence dépend moins de la force des termes , que du tour et du mouvement impétueux de l'expression : c'est l'impulsion que le style recoit des sentiments qui naissent en foule et se pressent dans l'ame , impatients de se répandre et de passer dans l'ame d'autrui. La conviction est pressante , énergique ; elle fait violence à l'entendement : la persuasion seule est véhémente, elle entraîne la volonté.

La célérité des idées qui s'échappent comme des traits de lumière , communiquée à l'expression , fait la vivacité du style ; leur facilité à se succéder, même sans vitesse , imitée par le style, en fait la volubilité. Mais ces qualités réunies ne font pas la véhémence : elle veut être animée par la chaleur du sentiment; elle en est l'explosion rapide ; et lorsqu'elle part d'une ame forte et ardente , elle entraîne tout : c'était la foudre de Péricles , c'était celle de Démosthène. C'est encore plus éminemment le caractère de l'éloquence poétique et le langage des passions.

Je ne t'écoute plus , va-t'en , monstre exécrable;
Va, laisse-moi le soin de mon sort déplorable :
Puisse le juste Ciel dignement te payer,
Et puisse ton supplice à jamais effrayer
Tous ceux qui comme toi , par de lâches adresses,

Des princes malheureux nourrissent les faiblesses ,
Les poussent au penchant où leur coeur est enclin,
Et leur osent du crime aplanir le chemin;
Détestables flatteurs, présent le plus funeste
Que puisse faire aux rois la colère céleste !

Rien de plus difficile à définir que les grâces. Celles du style consistent dans l'aisance , la souplesse , Ja variété de ses mouvements, et dans le passage naturel et facile de l'un à l'autre. Voulezvous en avoir une idée sensible ? appliquez à la poésie ce que M. Watelet dit de la peinture. « Les mouvements de l'ame des enfants sont simples ; leurs membres , dociles et souples. Il résulte de ces qualités une unité d'action et une franchise qui plaît........ La simplicité et la franchise des mouvements de l'ame contribuent tellement à produire les grâces, que les passions indécises ou trop compliquées les font rarement naître. La naïveté, la curiosité ingénue , le désir de plaire , la joie spontanée , le regret , les plaintes , et les larmes mêmes qu’occasione un objet chéri , sont susceptibles de grâces , parce que tous ces mouvements sont simples. » Mettez le langage à la place de la personne, croyez entendre au lieu de voir, et cet ingénieux auteur aura défini les grâces du style.

Sublime. Ce qu'on appelle le style sublime appartient aux grands objets, à l'essor le plus élevé des sentiments et des idées. Que l'expression réponde à la hauteur de la pensée, elle en a la sublimité. Supposez donc aux pensées un haut degré d'élévation : si l'expression est juste , le siyle est sublime ; si le mot le plus simple est aussi le plus clair et le plus sensible, le sublinie sera dans la simplicité ; si le terme figuré embrasse mieux l'idée et la présente plus vivement, le sublime sera dans l'image. « Tout était Dieu , excepté Dieu même » (Bossuet) : voilà le sublime dans le simple. «L'univers allait s'enfonçant dans les ténèbres de l'idolâtrie » (Bossuet); voilà le sublime dans le figuré. .

« Il n'y a point de style sublime , a dit un philosophe de nos jours ; c'est la chose qui doit l'être. Et comment le style pourrait-il être sublime sans elle, ou plus qu'elle ? » En effet, de grands mots et de petites idées ne font jamais que de l'enflure : la force de l'expression s'évanouit , si la pensée est trop faible ou trop légère pour y donner prise.

Ventus ut amittit vires , nisi robore denso
Occurrant silvæ , spatio diffusus inani.

(Lucret.) De ce sublime constant et soutenu , qui peut régner dans un poème comme dans un morceau d'éloquence, on a voulu , en abusant de quelques passages de Longin, distinguer un sublime instantané , qui frappe , dit-on , comme un éclair ; on prétend même que c'est là le caractère du vrai sublime , et que la rapidité lui est si valuÉlén. de Littér. IV.

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relle , qu'un mot de plus l'anéantirait. On en cite quelques exemples, que l'on ne cesse de répéter, conime le Moi de Médée, le. Qu'il mourất du vieil Horace , la réponse de Porus, En roi; le blasphème d’Ajax. , le Fiat lux de la Genèse : encore n'est-on pas d'accord sur l'importante question, si tel ou tel de ces traits est sublime. Laissons là ces disputes de mots.

Tout ce qui porte une idée au plus haut degré possible d'étendue et d'élévation , tout ce qui se saisit de notre ame et l'affecte si vivement que sa sensibilité, réunie en un point , laisse toutes ses facultés comme interdites et suspenduès ; tout cela , dis-je , soit qu'il opère successivement où subitement , est sublime dans les choses ; et le seul mérite du style est de ne pas les affaiblir, de ne pas nuire à l'effet qu'elles produiraient seules si les ames se communiquaient sans l'entremise de la parole.

Homines ad deos nulla re propius accedunt quam salutem hominibus dando. (Cic.) Il y a peu de pensées plus simplement exprimées, et certainement il y en a peu d'aussi sublimes que celle-là: et celle-ci, qui en est le développement, est sublime encore : « Il est au pouvoir du plus vil, comme du plus féroce des animaux, d'ôter la vie ; il n'appartient qu'aux dieux et aux rois de l'accorder ». Cette maxime dAristote , « Pour n'avoir pas besoin de société , il faut être un dieu ou une brute », est encore sublime dans

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la pensée , quoique très simple dans l'expression.

Dans le Macbeth de Shakespeare, on annonce à Macduff que son château a été pris, et que Macbeth a fait massacrer sa femme et ses enfants. Macduff tombe dans une douleur morne : son ami veut le consoler , il ne l'écoute point; et méditant sur le moyen de se venger de Macbeth , il ne dit que ces mots terribles : Il n'a point d'enfants !

Dans Sophocle , OEdipe , à qui l'on amène les enfants qu'il a eus de sa mère, leur tend les bras , et leur dit: 'Approchez , embrassez votre... Il n'achève pas, et le sublinie est dans la réticence. :

En général , comme le sublime est communément une perception rapide , lumineuse , et profonde , un résultat soudainement saisi de sentiments ou de pensées ; il est plus dans ce qu'il fait entendre que dans ce qu'il exprime ; c'est quelquefois le vague et l'immensité de la pensée ou de l'image qui en fait la force et la sublimité. Telle est cette peinture de l'état du pécheur après sa mort, n'ayant que son péché entre son Dieu et lui , et se trouvant de toutes parts environné de l'éternité (LA RUE); telle est cette expression de Bossuet, déjà citée , pour peindre le règne de l'idolâtrie, Tout était Dieu , excepté Dieu méme ; tel est l'erravit sine voce dolor, et le nec se Roma ferens de la Pharsale ; tel est l'utinam

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