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plification des faits et des moyens, ce qui demande toute la force d'une raison mûre et solide, toutes les ressources d'un esprit cultivé, profondément instruit , peut-on le proposer à l'impéritie d'un écolier ? Si on lui suggère ses raisonnements , ses définitions , ses preuves, ses figures, et ses mouvements oratoires ; il répétera en balbutiant ce qu'il en aura retenu : et si on le livre à lui-même, il flottera au gré d'une imagination sans idées , ne produira que des fantômes, ou ne dira que des inepties. Quintilien approuve ces deux méthodes , Rollin les admet d'après lui; plein de respect pour l'un et pour l'autre, j'oserai cependant ne pas être de leur avis ; car si la meilleure leçon d’éloquence est, comme disait Socrate , de ne parler que de ce qu'on sait bien, la plus dangereuse habitude est de parler de ce qu'on ne sait pas ou de ce qu'on sait mal: et cette institution, qui a mis l'art de parler éloquemment avant celui de penser juste , et qui nous fait abonder en paroles, dans un âge où nous sommes si dépourvus d'idées, est peutêtre l'une des causes qui ont peuplé le monde de raisonneurs à tête vide et de harangueurs importuns.

A quoi donc employer cet âge où l'étude de la rhétorique et les exercices de l'éloquence seraient prématurés ? Quintilien l'a dit, sans avoir dessein de le dire, lorsqu'il a comparé ses disciples aux petits des oiseaux : l'école est comme un nid , où Élém. de Littér. IV.

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il faut les nourrir, et leur laisser croître les ailes.

Je distinguerai donc trois temps pour les disciples de la rhétorique : le premier, où l'on ne fera guère que leur former l'entendement, et leur remplir l'esprit de ces idées élémentaires que je regarde comme les sources qui grossiront un jour le grand fleuve de l'éloquence ; le second, où l'on commencera d'exercer leur talent par de légères tentatives, mais en suivant une méthode dont les anciens nous ont donné l'exemple, et dont je propose l'essai ; le troisième enfin , où, dans l'art oratoire, on leur fera concevoir le plan d'un édifice régulier , dont les parties se correspondent et réunissent dans leur ensemble la grandeur, l'élégance et la solidité.

Après l'étude les langues savantes , et singulièrement de sa propre langue; après l'habitude formée de la parler correctement et purement, avec clarlé, facilité, noblesse ; la première des facultés à développer et à fortifier dans un enfant, c'est la raison. Nec vero sine philosophorum disciplina , genus et speciem cujusque rei cernere, neque eam definiendo explicare , nec tribuere in partes possumus ; nec judicare quæ vera , quæ falsa sint, neque cemere consequentia , repugnantia videre, ambigua distinguere. (Orat.) C'est donc à la philosophie à commencer l'ouvrage de l'éloquence; et cette méthode est visiblement indiquée dans la rhétorique dAristote : car sa manière de former

l'orateur est de lui apprendre, avant toutes choses, l'art de bien raisonner et de bien définir, c'est-àdire de lui apprendre à dessiner avant de peindre.

Je ne veux pas qu'on l'accoutume aux arguties de l'école , mais qu'on lui apprenne à manier le raisonnement avec force et même avec dextérité, et qu'il en connaisse les règles, pour en mieux discerner les vices. Un esprit naturellement juste peut aller droit, sans le secours des règles, dans les sentiers battus de la raison, je le sais bien; mais toutes les routes n'en sont pas également frayées : il en est d'épineuses , d'obliques, d'incertaines ; il est mille détours et mille défilés dans lesquels peut nous engager un adversaire adroit , un habile sophiste ; et quand, pour soi-même , on n'aurait pas besoin du fil du labyrinthe, il serait encore nécessaire pour ramener l'opinion des autres , lorsqu'elle se laisse égarer.,

La dialéctique est , si j'ose le dire , le squelette de l'éloquence; et c'est avec ce mécanisme , ces articulations, ces leviers, ces ressorts , qu'il faut d'abord qu'un esprit jeune et vigoureux s'exerce et se familiarise. Viendra le temps où il apprendra, comme le peintre, à revêtir ces ossements des formes les plus régulières d'un corps vivant et animé ; et ce sera l'ouvrage de l'amplification, ce grand talent de l'orateur, dont on a fait le jeu de notre enfance..

Mais à cette première organisation du talent oratoire , il faudra bientôt joindre une nourriture

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qui commence à donner à la raison de la force et de la couleur. Les bons livres en sont la source; et ce moyen est assez connu. Mais ce qui ne l'est pas de même, c'est le fruit que l'on peut tirer de ces lectures amusantes que l'on ferait à haute voix, et qui , bien dirigées , seraient pour les élèves comme les promenades du botaniste avec les siens lorsque , en parcourant les campagnes , il leur fait distinguer et connaître les plantes, dont ils doivent un jour savoir appliquer les vertus.

A mesure donc que l'histoire, la poésie , la philosophie morale , et cette fleur de littérature qui forme l'éducation de tous les esprits cultivés, donneraient lieu d'analyser ces idées élémentaires qui doivent former insensiblement le magasin de l'orateur; on ferait aux jeunes élèves un objet d'émulation de les décomposer , de les développer : et ces études philosophiques seraient comme le vestibule du sanctuaire de l'éloquence.

Quoi, dira-t-on , des analyses métaphysiques à des enfants ! Pourquoi non, si ces analyses n'ont rien de trop subtil, et ne font que leur expliquer, avec plus de précision, les mots qui sont à leur usage ? :

Je suis loin de vouloir fatiguer leur entendement de ces spéculations stériles où l'esprit de l'homme se perd dans le vague de ses pensées, et après avoir parcouru un vide immense , retombe dans le doute, fatigué de ses vains efforts. La philosophie cherche la vérité dans l'essence

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des choses ; l'histoire, dans les faits : la poésie demande un merveilleux vraisemblable ou un naturel rare, curieux et piquant ; l'éloquence ne veut qu'une vraisemblance commune : elle rejette les paradoxes, el tire sa force des mœurs et de l'opinion générale : In dicendo autem vitium vel maximum est, a vulgari genere orationis atque a consuetudine communis sensus abhorrere. ( De Orat. 1. 1.). Ce n'est pas que ses idées et ses expressions ne soient souvent très élevées : mais ses hauteurs sont accessibles , ses hardiesses n'ont rien d'étrange, sa route n'a rien d'escarpé; et ce qu'elle dit de sublime ou d'inoui, n'est étonnant que par la lumière imprévue et soudaine qu'elle jette dans les esprits. Ainsi le comble de l'éloquence est de dire ce que personne n'avait pensé avant que de l'entendre, et ce que tout le monde pense après l'avoir entendu.

Il ne s'agit donc que de se tenir, si je puis m'exprimer ainsi , dans la moyenne région des idées abstraites , de s'attacher à celles qui appartiennent à l'éloquence, et d'éviter ces questions frivoles, singulières , et sophistiques, qui ne font qu’altérer dans les enfants la bonne foi du sens intime, rendre l'esprit pointilleux et faux, et tout au plus. accoutumer leur langue à une brillante loquacité. Malim equidem indisertam prudentiam quam stultitiam loquacem. (De Orat. 1. 3. )

Alors que peut avoir de si effrayant pour eux la métaphysique de l’éloquence ? Et , par exemple,

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