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Après avoir vaincu mille peuples divers,
Quand on ne voit plus rien qui se puisse défendre,

Ah ! qu'il est beau de rendre
La paix à l'univers !

LA DISCORDE.

O cruel esclavage !
Je ne verrai donc plus de sang et de carnage ?
Ah! pour mon désespoir faut-il que le vainqueur

Ait triomphé de son courage ?
Faut-il qu'il ne laisse à ma rage
Rien à dévorer que mon coeur !

Dans le prologue de Persée, c'est la Verlu et la Fortune qui se réconcilient en faveur de Louis XIV. ..

LA FORTUNE.

Effaçons du passé la mémoire importune ,
J'ai toujours contre vous vainement combattu,
Un auguste héros ordonne à la Fortune

Dêtre en paix avec la Vertu.,

LA VERTU.

Ah ! je le reconnais sans peine ;
C'est le héros qui calme l'univers.

LA FORTUNE.

Lui seul pour vous pouvait vaincre ma haine :

Il vous révère , et je le sers.
Je l'aime constamment, moi qui suis si légère :
Partout, suivant ses vœux , avec ardeur je cours..
Vous paraissez toujours sévère ,

Et vous êtes toujours
Ses plus chères amours. ;

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LA VERTU.

Mes biens brillent moins que les vôtres;
Vous trouvez tant de cœurs qui n'adorent que vous !

Vous les enchantez presque tous.

LA FORTUNE.

Vous régnez sur un cour qui vaut seul tous les autres.
Ah ! s'il m'eût voulu suivre, il eût tout surmonté;
Tout tremblait, tout cédait à l'ardeur qui l'anime:

C'est vous, Vertu trop magnanime,
C'est vous qui l'avez arrêté.

LA VERTU.

Son grand cour s'est mieux fait connaître ;
Il a fait sur lui-même un effort généreux.

Il veut rendre le monde heureux ;
Il préfère , au bonheur d'en devenir le maître,
La gloire de montrer qu'il mérite de l'étre.

(Ensemble. )
Sans cesse combattons à qui servira mieux

Ce héros glorieux. Dans le prólogue de Phaeton, c'est le retour de l'âge d'or.

SATURNE.

Un héros qui mérite une gloire immortelle,
Au séjour des humains aujourd'hui nous rappelle.
Le siècle qui du monde a fait les plus beaux jours
Doit sous son règne heureux recommencer son cours.
Il calme l'univers, le Ciel le favorise :

Son auguste sang s'éternise;
Il voit combler ses voeux par un héros naissant :
Tout doit être sensible au plaisir qu'il ressent.
L'Envie en vain frémit de voir les biens qu'il cause ;
tlém. de Littér. IV.

Une heureuse paix est la loi

Que ce vainqueur impose :
Son tonnerre inspire l'effroi

Dans le temps même qu'il repose. Dans le prologue dArmide, c'est la Gloire et la Sagesse qui se disputent à qui l'aime le mieux.

LA GLOIRE.
Tout doit céder dans l'univers

A l'auguste héros que j'aime.
L'effort des ennemis, les glaces des hivers,'

Les rochers, les fleuves, les mers,
Rien n'arrête l'ardeur de sa valeur extrême.

LA SAGESSE.

Tout doit céder dans l'univers

A l’auguste héros que j'aime.
Il est maître absolu de cent peuples divers ,
Et plus maître encor de lui-même.

( La même et sa suite. )
Chantons la douceur de ses lois.

LA GLOIRE et sa suite.
Chantons ses glorieux exploits..

(Ensemble. )

D'une égale tendresse
Nous aimons le même vainqueur

LA SAGESSE.
Fière Gloire, c'est vous.....

LA GLOIRE.

* C'est vous, douce Sagesse,
( Ensemble. )
C'est vous qui partagez avec moi son grand coeur.

Qu’un vain désir de préférence
N'altère point l'intelligence

Que ce héros entre nous veut former; Disputons seulement à qui sait mieux l'aimer.

Dans le prologue d'Amadis, le plus ingénieux de tous , l'éloge de Louis XIV semblait plus difficile à amener; et le poète l'y a fait entrer d'une façon plus adroite encore et plus naturelle que dans tous les autres. C'est le réveil d’Urgande et de sa suite après un long enchantement :

URGANDE.
Lorsqu'Amadis périt, une douleur profonde

Nous fit retirer dans ces lieux :
Un charme assoupissant devait fermer nos yeux,
Jusqu'aux temps fortunés que le destin du monde
Dépendrait d'un héros encor plus glorieux. .

. ALQUIF.
Ce héros triomphant veut que tout soit tranquille.
En vain mille envieux s'arment de toutes parts :

D'un mot, d'un seul de ses regards
Il sait rendre à son gré leur fureur inutile.

(Ensemble. )
C'est à lui d'enseigner
Aux maîtres de la terre
Le grand art de la guerre;
C'est à lui d'enseigner
Le grand art de régner.

J'ai recueilli ces traits , parce qu'ils sont mis en oubli, que ces prologues n'ont plus lieu, et ** que personne ne s'avise guère de les lire, persuadé, comme on l'est, qu'ils ne sont pleins que de fades louanges et de petits airs douce

reux. On y peut voir que, de tous les flatteurs de Louis XIV, Quinault a été le moins coupable, puisqu'en le louant à l'excès du côté de la gloire des armes , il n'a cessé de mettre au-dessus de cette gloire même la magnanimité, la clémence, la justice, et l'amour de la paix, et que, les lui attribuer comme ses vertus favorites , c'était du moins les lui recommander. .

Depuis qu'on a inventé l'opéra-ballet , c'està-dire un spectacle composé d'actes détachés quant à l'action, mais réunis sous une idée collective, comme les sens , les éléments, le prologue leur a servi de frontispice commun : c'est ainsi que le débrouillement du chaos fait le prologue du ballet des Éléments; et le début de ce prologue est digne d'être cité pour modèle à côté de ceux de Quinault:

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Les temps sont arrivés : cessez, triste chaos.
Paraissez , éléments. Dieux, allez leur prescrire

Le mouvement et le repos.
Tencz-les enfermés chacun dans son empire.
Coulez, ondes, coulez. Volez, rapides feux.
Voile azuré des airs, embrassez la nature.
Terre , enfante des fruits, couvre-toi de verdure.

Naissez, mortels, pour obéir aux dieux. :

PROSAÏQUE. Vers prosaïque. Style prosaïque.

Dans la très haute poésie, il est aisé de distinguer un vers prosaïque, et d'en indiquer le

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