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C'est par cette même forme de raisonnement que Cicéron presse les juges de Milon, en plaidant sa cause. Si cruentum gladium tenens clamaret Titus Annius (Milo): Adeste, quæso, atque audite, cives. P. Clodium interfeci; ejus furores, quos nullis jam legibus, nullis judiciis frenare poteramus, hoc ferro et hac dextera a cervicibus vestris repuli ; per me unum, ut jus , æquitas , leges, libertas ,, pudor, pudicitia, in civitate manerent : essetne metuendum quonam modo id ferret civitas (1) ? Et plus bas : Fingite... cogitatione imaginem hujus conditionis meæ, si possim efficere ut Milonem adsolvatis , sed ita , si P. Clodius revixerit. Quid ? vultu extimuistis ? Quonam modo ille vos vivus afficeret, qui mortuus inani cogitatione percussit ! Quid? Si ipse Cn. Pompeius... potuisset aut quæstionem de morte Pub, Clodii ferre , aut ipsum ab inferis excitare ; utrum putatis potius facturum fuisse . etiansi, propter anicitiam, vellet illum ab inferis evocare, propter rempublicam , non fecisset. Ejus igitur mortis

(1) «Si Milon, tenant son épée encore sanglante, s'écriait: Venez, citoyens, écoutez-moi. J'ai tué Clodius. Ses fureurs, que les lois et la crainte des jugements n'avaient jamais pu réprimer, ce bras, ce fer, les ont repoussées et en ont préservé vos têtes : par moi, et par moi seul, les lois , la justice, les tribunaux, la liberté, la pudeur, l'innocence, vont être en sûreté dans Rome ; serait-il à craindre que cet aveu n'obtînt pas la faveur du peuple ? »

sedetis ultores , cujus vitam , si putetis per vos restitui posse , nolletis (1)!

Mais toutes ces formes se réduisent à l’induction et au syllogisme.

L'induction est une manière détournée et ar-tificieuse d'amener son adversaire ou son auditeur, de la conviction d'une vérité reconnue ou dont on le fait convenir , à la conviction d'une vérité dont il ne convient pas encore, et cela par l'analogie et la ressemblance de l'une à l'autre ; en sorte qu'après avoir cédé à celle-là, il ne lui soit plus possible de résister raisonnablement à celle-ci.

Il faut, pour donner à l'induction toute sa force , s'assurer d'abord de pouvoir rendre incontestable le premier point de la comparaison , ou, ce qui est mieux encore, le choisir tel que , par l'opinion déjà établie, il n'ait pas besoin de

(1) «Imaginez pour un moment, Romains, qu'il dépende de moi de faire absoudre Milon en ressuscitant Clodius. Mais quoi ! l'idée seule vous en effraie! Quelle impression feraitil donc sur vos esprits, s'il était vivant, puisque tout mort qu'il est, sa vaine image vous épouvante? En quoi ! si Pompée lui-même avait eu à choisir de mettre en jugement la mort de Clodius ou de le rendre à la vie , lequel des deux pensez-vous qu'il eût préféré! Certes , quand même, par amitié pour lui, il eût voulu le rappeler des enfers, il s'en fânt abstenu par amour pour la république. Vous siégez donc pour venger la mort d'un homme à qui vous ne voudriez pas rendre la vie , lorsque vous croiriez le pouvoir ! »

preuve : il faut de plus observer avec soin que la similitude soit parfaite ; car sans cela « nous aurions inutilement obtenu , dit Cicéron , que l'un des points nous fût accordé, s'il n'avait pas as"**sez de ressemblance avec celui qui nous intéresse, pour nous le faire accorder de même ». Et comme il n'arrive presque jamais qu'une première vérité soit d'une évidence irrésistible, il veut que l'orateur , en proposant celle qui n'est pas de la cause, mais qui doit lui servir de preuve , n'en laisse pas apercevoir le rapport et la conséquence, et qu'il amène ainsi l'adversaire à son but par un chemin qui lui soit inconnu: « car s'il est averti qu'en accordant ce qu'on lui propose d'abord, il s'engage inévitablement à convenir ensuite de ce qui nuirait à sa cause, il commencera par éluder la première question, ou par y mal répondre ».

On sent combien cet art de cacher son dessein à un adversaire attentif et clairvoyant , est difficile; combien d'ailleurs une similitude, sans quelque différence , est rare ; et combien par conséquent la méthode de l'induction est périlleuse dans un genre d'éloquence sujet à la discussion. Mais autant elle est peu favorable au barreau, autant elle est propre à la chaire, ou , pour me servir de la métaphore de Zénon , l’éloquence a la main ouverte , au lieu que, dans la plaidoirie , elle est souvent obligée d'avoir le poing fermé comme la dialectiqu le. Ainsi autant l'induction,

er.

par sa latitude et sa fécondité, est favorable à l'éloquence , lorsqu'il ne s'agit que de rendre sensiblement une vérité morale déjà vaguement aperçue; autant elle me semble trop faible pour démontrer une vérité, soit de fait, soit de droit, ou inconnue, ou méconnue, ou formellement contestée. La méthode du syllogisme est plus pressante; et l'on en va juger par l'exemple même que Cicéron nous donne de l'une et de l'autre. Cet exemple est tiré d'une cause fort célèbre parmi les Grecs. Il s'agit de condamner ou d'absoudre Epaminondas d'avoir désobéi à la loi qui, chez les Thébains, ordonnait à un général de céder le commandement à celui que la république envoyail pour le remplacer; d'avoir, disje, retenu son armée, et d'avoir défait celle des Lacédémoniens.

L'accusateur, dit Cicéron, pourra défendre ainsi la lettre de la loi contre l'esprit de la loi même. « Magistrats , si ce qu'Epaminondas prétend que le législateur a sous-entendu dans la loi , il prenait sur lui de l'y ajouter et d'écrire luimême au bas , à moins que, pour le bien de la république, le général destitué ne juge à propos de retenir le commandement de l'armée ; souffririez-vous qu'il l'écrivît ? Je ne le pense point. ' Que si vous-mêmes , par égard pour lui , vous ordonniez (ce qui est bien éloigné de votre religion et de votre justice), vous ordonniez que, sans l'aveu du peuple, cette exception fût ajoutée, le

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peuple le souffrirait-il ? Non, certes, il ne le souffrirait pas. Ce qu'on n'a donc pu ajouter sans crime à la lettre de la loi, on l'aura fait sans l'y avoir ajouté, et vous l'approuverez vous-même! Non, Thébains, non , je connais trop bien votre sagesse. Et en effet, si, dans la volonté écrite du législateur, rien n'a pu être altéré ni par l'accusė ni par vous; combien ne serait-il pas plus honteux qu'un changement, qui dans les mots serait un crime, se fût fait dans la chose même, et qu'il fût approuvé par votre jugement! »

Cicéron nous présente la même accusation sous la forme du syllogisme. «C'est de la loi , dit-il aux juges, que vous avez juré d'être les organes ; vous devez donc obéir à la loi. Or, quel témoignage plus certain le législateur a-t-il pu laisser de sa volonté, que ce qu'il a écrit luimême avec le plus grand soin et l'attention la. plus sérieuse ? Si la loi n'était pas écrite, nous souhaiterions qu'elle l'eût été, pour nous faire connaître plus ponctuellement la volonté du législateur; et cependant nous n'aurions garde de permettre à Epaminondas , quand même il serait hors de cause, d'interpréter à sa fantaisie l’intention et l'esprit de la loi. A plus forte raison, quand la loi est écrite et qu'elle est sous nos yeux, ne permettrons-nous pas qu'il l'interprète, non dans le sens de ce qui en est écrit avec la plus grande clarté, mais comme il convient à sa cause. Pour vous, organes de la loi, si vous avez

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