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OU

MANUEL DES DIVINS OFFICES

DE

GUILLAUME DURAND,

ÉVÊQUE DE MENDE AU TREIZIÈME SIÈCLE.

LIVRE CINQUIÈME.

CHAPITRE PREMIER.

DES DIVINS OFFICES, TANT DE LA NUIT QUE DU JOUR, EN GÉNÉRAL.

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On lit dans l'Exode (xxv c., à la fin ) que le Seigneur dit à

à
Moïse : « Fais toutes choses d'après le modèle qui t'a été indi-
qué sur la montagne. »

I. C'est pourquoi nous devons nous modeler sur cette céleste
Jérusalem qui a reçu l'ordre de louer le Seigneur, et qui,
comme dit l'Apôtre aux Galates (iv c.), se trouve en haut, et
qui est notre mère, surtout en louant Dieu simultanément avec
nous, d'après ces paroles : « Jérusalem , j'ai placé sur tes
murs des gardiens qui, tout le jour et toute la nuit, ne cesse-
ront de louer le nom du Seigneur. » Et dans l’Apocalypse
(iv cap. ) il est dit que les animaux ne cessaient de répéter :
« Saint , saint , saint, etc. » Cependant l'Eglise militante ne
peut complètement imiter l'Eglise triomphante; car, comme
on le lit au livre de la Sagesse (cap. 1x), le corps corruptible

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TOME III.

1

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appesantit l'ame. Ainsi empêchés par avance que nous sommes par notre infirmité, nous ne pouvons à chaque heure du jour

à célébrer continuellement les louanges divines, parce qu'il est nécessaire que l'homme, de temps en temps, pourvoie aux besoins du corps, d'après ces paroles de la Genèse (II c.) : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » (L dist., in capite). Et c'est pourquoi nous faisons ce que nous pouvons, en louant Dieu à certaines heures du jour naturel.

II. De là, le prophèté Esdrás enseigna au peuple d'Israël, de retour de la captivité de Babylone, à louer Dieu quatre fois pendant la nuit et quatre fois pendant le jour, afin que l'homme s'offre et rende ses devoirs au Créateur pendant un nombre d'heures égal au nombre des quatre éléments qui composent son corps, offrant ainsi à Dieu et mettant à sa disposition chacun de ces éléments; c'est-à-dire, pour ce qui concerne la nuit, les vêpres, les complies, les nocturnes; le point du jour, c'est laudes et matines (laudibus matutinis), et pour le jour, les heures de prime, de tierce, de sexte et de none. Or, il est prouvé que l'office du soir, qui est le commencement de tout office, et qui, selon saint Isidore, vient de vespera stella, étoile du soir (Lib. Etymolog.), qui parait à l'approche de la nuit , appartient à la nuit. Mais David dit : « J'ai prononcé tes louanges sept fois pendant le jour; » et ensuite : « Je me levais à minuit pour célébrer ton nom, etc. » Cet ordre est approuvé par le Concile d'Agde (Extra De celeb. miss., c. 1) et conservé par la sainte Eglise, puisque l'office nocturne est chanté au milieu de la nuit. Les sept autres heures canoniques se disent de jour, à savoir : laudes et matines qui jadis se disaient à l'aurore, quoiqu'aujourd'hui prime, tierce, none, vepres et complies soient unies aux nocturnes. Ces sept heures sont appelées canoniques, comme si on disait régulières (Extra De pænit. et remiss. quod in te), parce qu'elles ont été régulièrement observées par les saints Pères. Car le mot grec xarwy signifie règle en latin. Or, le sacrifice de la messe, à cause de l'excellence d'un aussi

par les

grand sacrement qui y est consacré, surpasse toutes les autres louanges et est une louange par elle-même, et n'est pas compris parmi les autres; c'est pourquoi dans cet ouvrage on lui a consacré un traité spécial, quoique plusieurs aient assuré que la messe appartient à l'office de tierce ou de none , par la raison qu'on a coutume de la célébrer régulièrement entre ces deux heures.

III. Or, l'office de nuit représente le temps d'affliction où le diable tenait le genre humain assiégé; et l'office du jour signifie le temps de notre rédemption et de notre délivrance par le Christ, soleil de justice, qui, par la clarté de sa divinité, a éclairé nos ténèbres et nous a arrachés à la servitude du diable. C'est donc avec raison qu'enrichis d'un si grand bien sept dons de la grâce de l'Esprit saint, nous chantons sept fois les louanges du Seigneur.

IV. Secondement, parce que le jour naturel représente l'âge de chaque homme, non pas celui que nous avons actuellement, mais celui que nous aurions si nous n'eussions pas péché. Ce jour naturel a sept degrés : le premier est la première enfance, qui est représentée par matines et laudes ; le second est l'âge de la seconde enfance, désignée par prime ; le troisième, l'adolescence, désignée par tierce ; le quatrième, la jeunesse, représentée par sexte ; le cinquième, la maturité, désignée par none; le sixième, la vieillesse, marquée par vepres ; le septième, la décrépitude ou la fin de la vie, signifiée par complies. Or, dans tous ces âges différents nous devons louer notre Créateur sur les jugements de sa justice. Au sujet de la première enfance, le bienheureux Nicolas nous en donnne un exemple, lui qui, le mercredi et le vendredi, par vertu d'abstinence, ne suçait le lait de sa mère qu'une fois le jour (a). Pour ce qui est des autres âges, la chose est assez évidente. Troisièmement, parce que, selon Salomon, le juste tombe sept fois par jour par né

(a) Métaphraste, biographe de S. Nicolas, et les anciennes proses de la fête du grand évêque de Myre, ont conservé le souvenir de ce fait.

gligence (De pænitentia, dist. iv, Septies). C'est donc avec raison que l'on doit invoquer sept fois le secours divin, pour pouvoir se relever par la vigilance de la prière. Quatrièmement, parce que le nombre sept forme tous les autres nombres.

V. Au reste, puisque les douze heures de la journée doivent toutes être consacrées à louer le Seigneur, pourquoi ne chante-t-on l'office dans l'Eglise que quatre heures du jour seulement? A cela je réponds que, comme nous ne pouvons continuellement et à chaque heure du jour célébrer les louanges de Dieu, nous suppléons par les heures de prime, de tierce, de sexte et de none à ce qui manque aux autres heures. Car, à chacune de ces heures on dit trois psaumes; ainsi, en quatre heures le nombre des psaumes répond au nombre des heures. Chaque psaume contient huit versets, qui signifient l'octave de la résurrection (6), dont nous parlerons au chapitre des Complies. Or, nous chantons aux heures les psaumes de huit versets, parce que nous nous réjouissons de la gloire de la résurrection; on dit encore à chaque heure trois fois Gloria Patri après les psaumes, afin que nous rendions gloire au Père, pendant les heures qui nous sont accordées pour nous occuper des soins du corps, un nombre de fois proportionné à celui de ces heures, afin que par là nous montrions que nous vaquons à toute heure au service de Dieu. Or, les trois glorifications (c) renfermées dans la première heure indiquent que nous sommes occupés au service de Dieu pendant la première, la seconde et la troisième heures; les trois qui se trouvent à tierce nous protègent pendant la quatrième, la cinquième et la sixième heures; les trois qui se trouvent à sexte nous défendent des embûches du diable pendant la septième, la huitième et la neuvième heures; et none, avec ses glorifications, nous protège pendant la dixième, la onzième et la dou

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(6) C'est-à-dire l'éternel repos dont jouiront dans le ciel les justes après leur résurrection (Du Cange, voce Octava, 1).

(c) Ou doxologies; c'est ainsi qu'on appelle le Gloria Patri, et Filio, etc.

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