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nous plaignons de l'insipidité du don de Dieu; nous regrettons peut-être en secret les viandes d'Égypte.

Or, tous ces découragements secrets, tous ces affaiblissements invisibles de foi et de grâce, si inévitables à la piété même la plus fidèle, diminuent devant Dieu le prix et le mérite de notre pénitence. Il rabat des satisfactions que nous lui offrons tout ce que nous rabattons nous-mêmes de la ferveur et de l'amour avec lèquel nous les devrions offrir; car il ne regarde pas les dons, il ne regarde que le cœur; il ne nous tient compte qu'à demi des travaux dont nous retranchons le zèle de la pénitence, qui seule les lui rend agréables. Mais, comme ces défauts sont presque inséparables de la nature faible et corrompue, le Seigneur, toujours riche en miséricorde, et qui ne veut pas la perte de sa créature, mais son salut, a laissé à son Église des ressources et des remèdes contre les langueurs de la piété et de la pénitence même; il veut qu'elle accepte l'imperfection de nos sacrifices, qu'elle ferme les yeux aux infidélités que nous y avons mêlées, qu'elle ait plus d'égard à la sincérité de nos intentions qu'à la médiocrité de nos œuvres, à la faiblesse de notre nature qu'à celle de notre foi, et qu'elle nous admette au nombre de ces pénitents heureux qui ont terminé la carrière qu'elle leur avait marquée, qu'elle nous rende

la participation des autels et des mystères saints dont nous nous étions privés par nos crimes, qu'elle nous rétablisse dans tous les droits dont le péché nous avait fait déchoir, et qu'elle répande les mérites et les trésors dont elle est dépositaire, et sur les souillures de nos crimes, et sur les langueurs mêmes de notre pénitence.

Enfin, une troisième sorte d'imperfection, que nous mêlons presque toujours à nos pénitences, se prend du côté de l'intention. Nous ne sommes pas, à la vérité, du nombre de ces hypocrites, qui ne font leurs œuvres que pour s'attirer les regards et les louanges publiques, qui sonnent de la trompette pour ne pas perdre devant les hommes le mérite de leur vertu; qui n'aiment de la piété que la réputation et le spectacle, et qui ne sont que les pénitents du monde et de la vanité.

Cependant, quelque sincères que puissent être d'ailleurs nos intentions, il entre dans nos œuvres laborieuses de pénitence et de miséricorde tant de complaisances humaines! Nous n'agissons pas pour être vus des hommes, mais nous ne sommes pas fâchés que les hommes nous voient agir; nous ne nous proposons pas les applaudissements publics comme la récompense de notre piété, mais nous ne trouvons pas mauvais qu'elle soit applaudie; nous ne voulons plaire qu'à Dieu seul, mais nous ne

laissons pas de compter pour beaucoup de plaire encore au monde; nos premiers regards sont pour le Ciel, mais, hélas! que nous en jetons encore sur la terre! que de retours intéressés sur nous-mêmes! que de préférences secrètes des œuvres qui nous font admirer, å celles qui ne feraient que ncus purifier! que de recherches imperceptibles de notre propre gloire! que d'attentions cachées sur les jugements humains! que de singularités, de vertus, où nous ne trouvons rien de plus agréable que la singularité elle-même qui nous fait remarquer et qui nous distingue! Nous croyons souvent que c'est l'amour du Seigneur qui nous soutient dans la retraite, dans la séparation des plaisirs et des sociétés mondaines, dans le retranchement des parures et des indécences que le monde autorise: hélas! et c'est l'amour de nous-mêmes, et c'est un secret plaisir de n'être plus faits comme les autres, de réveiller l'attention des hommes par des œuvres marquées et singulières; peut-être nous plairaient - elles moins, si tout le monde suivait la même voie que nous; peut-être les trouverions-nous dégoûtantes et insupportables, si l'exemple public nous les rendait nécessaires; si, la multitude choisissant les mêmes mœurs, nous nous trouvions confondus dans la foule; si nous ne pouvions plus nous dire tout bas à nous-mêmes que nous nous interdisons des plaisirs que les

autres se permettent sans scrupule, et si ce parallèle secret ne soutenait notre amour-propre et ne nous dédommageait des amertumes de la piété.

Hélas! mes frères, je le répète, l'orgueil entre si imperceptiblement dans tout ce que nous faisons, et nous nous retrouvons partout les mêmes. Or, ce peu de levain est capable d'aigrir et de corrompre toute la masse; ce fonds d'amour-propre, qui entre dans toutes nos justices, les souille et les flétrit. Le Dieu saint, qui pèse nos œuvres dans notre cœur même, les trouve presque toujours infectées de ce venin secret, qui leur ôte une partie de leur poids et de leur valeur; il sépare rigoureusement ce que sa grâce y a mis de divin d'avec ce que nous y avons mêlé d'humain nous-mêmes, l'ouvrage de l'Esprit-Saint d'avec l'ouvrage de l'homme, le fruit de la charité du fruit de la cupidité; et souvent, après ce discernement sévère, après que la paille est démêlée du bon grain, il ne reste presque point de froment d'un côté, tandis que de l'autre s'élèvent de grands monceaux de paille, c'est-à-dire une multitude d'œuvres destinées à être consumées par le feu; et, sans doute, s'il nous jugeait sans miséricorde, nos justices mêmes fourniraient la matière de notre condamnation.

Voilà, mes frères, les souillures que les grâces de l'Église purifient. Le Sang de Jésus-Christ,

répandu plus abondamment par sa libéralité sur nos œuvres de pénitence, les rend plus pures et plus brillantes; il guérit les restes de plaies que les remèdes même efficaces de la pénitence ordinaire avaient comme laissées à demi-ouvertes : c'est un feu sacré qui dévore et qui consume tout ce qui s'était mêlé d'humain et d'étranger dans notre sacrifice, qui épure l'or de notre charité et de notre pénitence, et qui convertit en un métal précieux la boue même de nos infirmités et de nos misères.

Telle est l'utilité des grâces de l'Église. Si vous êtes pécheur, elles vous soutiendront dans le cours de votre pénitence; si vous êtes pénitent, elles en augmenteront le mérite; si vous êtes faible, elles seront le secours de votre faiblesse; si vous êtes fort, elles seront la sûreté de vos forces; si vous êtes découragé, elles seront le soutien et la consolation de vos peines; enfin, quoi que vous soyez, vons trouverez ici, ou le secours de vos vertus, ou la facilité d'expier vos crimes.

Troisième Réflexion.

Il est vrai qu'une douleur abondante toute seule de vos offenses et la vivacité du repentir obtiennent ces grâces précieuses, et qu'elles sont les récompenses de la seule componction: troisième réflexion, En effet, l'Église autrefois,

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