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pour remplacer les défauts des vôtres. Donc, mes frères, en faisant même tous vos efforts pour satisfaire à la justice de Dieu, les grâces que l'Église vous accorde encore en ce temps vous seront infiniment utiles : vous y trouverez cette égalité de réparation à laquelle vous n'auriez jamais su vous-mêmes atteindre; vous y verrez remplie, par l'abondance des mérites qu'elle vous applique, cette distance infinie que vos crimes avaient mise entre le Seigneur et vous, et que des siècles de pénitence, quand vous les auriez vécu, n'auraient pu remplir euxmêmes.

Aussi, mes frères, rien n'est plus opposé à l'esprit de la foi et de la saine doctrine que cette fausse science qui se persuade que les grâces de l'Église, au fond, servent à peu de chose; qu'elles nous laissent les mêmes obligations devant Dieu; qu'elles ne rendent pas notre condition meilleure, et qu'un pécheur vraiment pénitent, quand même il n'y participerait pas, est tout aussi avancé aux yeux du Seigneur qu'un pécheur pénitent qui y participe: c'est une erreur que l'Église a frappée de ses anathèmes, injurieuse au Sang de JésusChrist, et désespérante pour la faiblesse des fidèles. A la vérité, l'Église ne prétend pas nous dispenser de la pénitence, puisque l'Évangile nous déclare que, sans la pénitence, il n'y a point de salut, et que l'ordre immuable de la

justice divine, que le péché a troublé, ne peut être rétabli que par les peines qui lui sont dues; mais l'Église voyant, ou qu'une faiblesse réelle. nous en interdit presque tous les exercices laborieux qu'elle imposait autrefois aux fidèles, ou que ceux mêmes que notre faiblesse nous permet encore d'accomplir ne sauraient jamais répondre à la multitude et à l'énormité de nos crimes, elle y supplée par l'abondance de ses trésors. Semblable à cet économe prudent et charitable, elle nous remet la moitié de la dette que nous n'étions pas en état d'acquitter, et nous fait écrire cinquante où nous en devions cent; et c'est également s'éloigner de son esprit et blasphémer le don de Dieu, que de regarder ses grâces, ou comme inutiles à la faiblesse, ou comme favorables à l'impénitence.

Deuxième Réflexion.

En effet, j'ai dit, en second lieu, qu'elles sont les secours de la pénitence, et voilà pourquoi, mes frères, ce temps de propitiation doit être un temps de consolation pour les âmes pénitentes; car une des plus grandes amertumes de la piété, dans les âmes fidèles, c'est de voir, en repassant devant Dieu les égarements de leurs mœurs passées, que leurs passions avaient été vives, ferventes, continuelles; qu'elles avaient poussé les plaisirs aussi loin que la corruption

avait pu le souhaiter, et que leur pénitence a été faible, languissante, imparfaite. Ce souvenir les trouble et les alarme; la vue des jugements de Dieu, si inconnus et si terribles; la sévérité de sa justice, si différente de la nôtre, l'exemple même de tant de saints pénitents, qui, après des mœurs bien moins criminelles que les nôtres, se sont crucifiés tout vivants, avec Jésus-Christ, par les austérités les plus étonnantes tout cela les jette dans la consternation et dans le découragement. On doute de la sûreté de son état; on croit que la pénitence passée n'a été qu'une illusion; on perd la paix et la confiance, qui est tout le soutien et toute la consolation de la piété, et souvent de l'abattement on passe à une dangereuse paresse.

Or l'Église, dans les grâces qu'elle accorde en ce temps à ses enfants offre une ressource aux inquiétudes et aux doutes des âmes fidèles et pénitentes, et prétend suppléer aux défauts de leur pénitence: car, quelque sincère qu'elle ait été, il est presque impossible qu'il ne s'y soit pas mêlé mille imperfections.

Premièrement, du côté de la sévérité. Hélas! notre pénitence est toujours mêlée de mille sensualités qui la souillent, qui nous en font perdre presque tout le mérite; et, souvent, loin d'expier les mœurs passées, par les violences et les retranchements de la piété, tout ce que nous y pouvons faire, c'est d'expier les

relâchements et les affaiblissements de la piété même. L'Église vient donc à notre secours : elle remplit le vide de notre pénitence, elle couvre de la charité et du Sang de Jésus-Christ la multitude de nos relâchements et de nos faiblesses; et, sans avoir égard aux défauts de nos satisfactions, elle veut bien en accepter l'imperfection, et fournir du sien ce qu'elle trouve de moins à nos peines, pourvu que, secondant les intentions de cette pieuse mère, nous nous armions, dans ces jours de salut, d'une sainte cruauté contre nous-mêmes.

Secondement, du côté de la ferveur et de la vivacité. Oui, mes frères, nos pénitences sont accompagnées de tant de langueur et de dégoût loin d'entrer avec une sainte fureur dans les intérêts de la justice de Dieu contre nousmêmes; loin de nous armer d'une indignation de pénitence et de sévérité contre une chair qui a été la source et l'occasion de tous nos crimes; loin de venger, avec une sainte complaisance, sur notre corps les dommages qu'il a causés à notre âme; loin de goûter, dans les larmes et dans les gémissements de la pénitence, cette sainte ivresse qu'on avait trouvée autrefois dans les plaisirs injustes, hélas! les plus légers sacrifices que nous faisons à Dieu nous coûtent tant: nous nous les disputons si longtemps à nousmêmes; nous y portons tant de répugnance et d'éloignement; nous payons de si mauvaise

grâce, si j'ose parler ainsi, que la manière languissante dont nous apaisons la justice de Dieu sur nos crimes passés devient souvent un nouveau crime elle-même. Tout ce que nous faisons pour Dieu nous lasse et nous dégoûte: les plus justes même, dans le cours de leur pénitence, sentent si souvent leur cœur prendre les intérêts de la chair contre ceux de l'esprit, leur componction s'affaiblir, l'horreur des crimes passés s'effacer presque, le souvenir des bienfaits de Dieu ne réveiller plus que faiblement leur reconnaissance: rien n'est si commun que les langueurs et les affaiblissements de la foi dans les œuvres laborieuses de la piété. Les commencements de la pénitence sont vifs d'ordinaire; mais, insensiblement, ces mouvements de grâce s'affaiblissent; les objets des sens qui nous environnent émoussent la force de ces impressions de salut; nos misères passées nous trouvent moins sensibles; l'esprit. même, naturellement incapable de fixer longtemps son attention sur ce qui l'attriste et lui déplaît, s'en éloigne comme malgré nous, et, alors, n'étant plus soutenus par une componction vive, par une reconnaissance sensible, par les transports d'un cœur touché, et à qui rien ne coûte, nous nous traînons dans les voies de la pénitence; nous murmurons, comme les Israélites, d'avoir à marcher si longtemps dans les voies arides et désagréables du désert; nous

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