Obrazy na stronie
PDF
ePub

Elle ouvre le billet d'une tremblante main Fixé les yeux sur moi, les détourne foudain, Laisse couler des pleurs , interdite , éperdue, Me regarde , soupire, & s'échappe à ma vde. On dit qu'au désespoir son grand cour est réduit, Que la terreur l'accable, & qu'un Dieu la pour

fuit. Je m'atrendris fur elle ; & je ne puis compren

dre, Qu'après plus de quinze ans, soigneux de la

défendre, Le Ciel la persecure & paraisfe outragé. Qu'a-t-elle fait aux Dieux ? D'où vient qu'ils ont changé ?

AZÉMA. On ne parle en effet que d'augures funestes, De mânes en courroux , de vengeances célestese Sémiramis troublée a semblé quelques jours, Des soins de son Empire, abandonner le cours; Et j'ai tremblé qu'Assur en ces jours de tristesse, Du Palais effrayé n'accablât la faiblesse. Mais la Reine a paru; tout s'est calmé soudain, Tour a senti le poids du pouvoir souverain. Si déjà de la Cour mes yeux ont quelque usage , La Reine hair Assur, l'observe, le ménage : Ils se craignent l'un l'autre, & tout prêts d'é

clater, Quelque intérêt secrer semble les arrêter. j'ai vu Sémiramis à son nom courroucée: La rougeur de son front trahisfoit sa pensée ; Son cæur paraiffoir plein d'un long ressentiMais souvent à la Cour tout change en un mo. Retouracz & parlez.

ment:

ment.

[merged small][merged small][merged small][merged small][ocr errors][merged small]

ARZACE.

J'obéis. Mais j'ignore
Si je puis à son thrône être introduit encore.

AZÉMA.
Ma voix secondera mes võux & votre espoir;
Je fais de vous aimer ma gloire & mon devoir.
Que de Sémiramis on adore l'empire,
Que l'Orient vaincu la respecte & l'admire,
Dans mon triomphe heureux j'envirai peu les

fiens.
Le monde eft à ses pieds, mais Arzące est aux

miens. Allez. Assur paraico

ARZACE.

Qui ? ce traître ! à sa vue D'une invincible horreur je sens mon ame émue. 000000000000000000000000

SCENE II.
ASSUR, ARZACE, AZÉMA.

ASSUR À Arzace.
Un accueil que des Rois ont vainemene

brigué,
Quand vous avez paru , vous est donc prodigué;
Vous avez en secret entretenu la Reine ;
Mais vous a-t-elle dit que votre audace vainc
Est un outrage au thrône, à mon honneur , au

fien;
Que le lort d'Azéma ne peut s'unir qu'au mien;

cours

Itelle,

[merged small][merged small][merged small][merged small][ocr errors]

Qu'à Ninias jadis Azéma fur donnée;
Qu'aux seuls enfans des Rois sa main est del-

cinée;
Que du fils de Ninus le droit m'est assuré;
Qu'entre le thrône & moi je ne vois qu'un degré?
La Reine a-t-elle enfin daigné du moins vous

dire,
Dans quel piége en ces lieux votre orgueil vous

attire,
Et que tous vos respects ne pourront effacer
Les téméraires veux qui m'oloient offenser ?

ARZACE.
Instruít å respecter le sang qui vous fir nastre,
Sans redouter en vous l'autorité d'un maître,
Je sçais ce qu'on vous doit , sur tout en ces

climats,
Et je m'en souviendrois si vous n'en parliez pas.
Vos Aïeux, dont Bélus a fondé la noblesse,
Sont votre premier droit au coeur de la Prin-

cesse.
Vos intérêts présens , le soin de l'avenir,
Le besoin de l'Etat tout semble vous unir.
Moi, contre tant de droits qu'il me faut re-

connaître,
J'ose en opposer un qui les vaut tous peut-être :
J'aime; & j'ajouterois, Seigneur, que mon

fecours
A vengé ses malheurs , a défendu ses jours,
A foutenu ce thrône où son destin l'appelle,
Si j'olois comme vous me vanter devant elle,
Je vais remplir fon ordre à mon zéle commis :
Je n'en reçois que d'elle & de Sémiramis.
L'État peur quelque jour être en votre puiffance;
Le Ciel donne souvent des Rois dans la ven-

geance:

[ocr errors][merged small]

Mais il vous trompe, au moins dans l'un de vos

projets, Si vous comptez Arzace au rang de vos sujets.

ASSUR. Tu combles la mesure , & tu cours à ta perte. 000000000000000000000000

SCENE III.

ASSUR, AZÉMA.

ASSUR.

Madame, fon audace est trop long-temps

soufferte. Mais puis-je en liberté m'expliquer avec vous Sur un sujer plus noble & plus digne de nous ?

AZ É MA. En est-il? mais parlez.

ASSUR.

Bien-tôt l'Asie entiére Sous vos pas & les miens ouvre une autre car

riére : Les faibles intérêts doivent peu nous frapper; L'univers nous appelle. & va nous occuper. Sémiramis n'est plus que l'ombre d'elle-même, Le Ciel semble abaisser cette grandeur suprême; Cet aftre fi brillant , fi long-temps respecté, Penche vers son déclin, sans force & sans clarté. On le voit , on murmure , & déjà Babylone Demande à haute voix un héritier du chrône. Ce mot en dit assez ; vous connaissez mes droits;

Су

fible,

Ce n'est point à l'amour à nous donner des Rois.
Non qu'à tant de beautés mon ame inaccel-
Se fasse une vertu de paraître insensible;
Mais pour vous & pour moi, j'aurois trop à

rougir,
Si le fort de l'Etat dépendoit d'un soupir.
Un sentiment plus digne & de l'un & de l'au-

tre,
Doit gouverner mon sort & commander au

vôtre;
Vos Aïeux sont les miens; & nous les trahissons,
Nous perdons l'univers fi nous nous divilons.
Je peux vous étonner; cet austére langage
Effarouche aisément les graces de votre âge;
Mais je parle aux héros, aux Rois dont vous

sortez,
A tous ces demi-Dieux que vous représentez.
Long-temps foulant aux pieds leur grandeur &

Teur cendre,
Usurpant un pouvoir où nous devons prétendre,
Donnant aux Nations, ou des loix ou des fers,
Une femme împosa filence à l'univers.
De sa grandeur qui tombe affermissez l'ouvrage;
Elle eur votre beauté, poffédez son courage :
L'amour à vos genoux ne doit se présenter,
Que pour vous rendre un sceptre, & non pour

vous l'ôter.
C'est ma main qui vous l'offre; & du moins

je me flatre, Que vous n'immolez pas à l'amour d'un Sar

mate,
La Majesté d'un nom qu'il vous faut respecter
Et le thrône du monde où vous devez monter.

AZ É MA.
Reposez-vous sur moi , sans insulter Arzace ,

[ocr errors]
« PoprzedniaDalej »