Obrazy na stronie
PDF
ePub

Crois-cu qu'ils me suivroient encor avec plaisir, Er qu'ils reconnaîtroient la voix de leur Vilir? Ils auroient admiré comme ce conjuré développe ensuite les desseins, & rend compte de ses actions. Ce grand mérite de l'art n'étoit point connu aux inventeurs de l'art. Le choc des passions, ces combats de sentimens opposés, ces discours animés de rivaux & de rivales, ces querelles, ces bravades , ces plaintes réciproques, ces contestations intéressantes, où l'on dit ce que l'on doit dire ; ces situations fi bien ménagées les auroient éconnés; ils eussent trouvé mauvais, peut-être, qu’Hippolyre soit amoureux assez froidement d'Aricie, & que fon Gouverneur lui fasse des leçons de galanterie, qu'il dise :

Vous même où seriez-vous , Si toujours votre mere, à l'amour opposée, D'une pudique ardeur n'eût brûlé

pour

Thésée ? Paroles tirées du Pastor Fido, & bien plus convenables à un Berger qu'au Gouverneur d'un Prince: mais ils eussent été ravis en admiracion en entendant Phédre s'écrier: Enone, qui l'eût cru! j'avois une rivale.

Hippolyte aime, & je n'en peux dous

ter.

Ce farouche ennemi qu'on ne pouvoit dompter, Qu'offensoit le respect, qu'importunoi la

plainte ;

DISSERTATION

ils me suivroient encor avec plaisir, connaîtroient la voix de leur Vikt?

admiré comme ce conjuré deres
te les desseins, & rend compre de
Ce grand mérite de l'art n'érois
aux inventeurs de l'art. Le choc

ces combats de sentimens opo
Icours animés de rivaux & deri-
derelles, ces bravades, ces plair .
nes, ces contestations intéréllar,
dit ce que l'on doit dire; ces firuz-
ménagées les auroient éconnés;
uvé mauvais, peut-être, qu'Hiç
moureux allez froidement d'Ari-
n Gouverneur lui falle des leçoni

qu'il dise;
is même seriez-vous,
re mere,

à l'amour oppolée,
ardeur n'eut brûlé pour Thélée?
a Pastor, Fido, & bien plus con-
Berger qu'au Gouverneur d'un
zuflent été ravis en admirarios
édre s'écrier:

cru! j'avois une rivale.
rte aime, & je n'en peux dous

Ce tigre, que jamais je n'abordai sans crainrea Soumis , apprivoisé ; reconnaît un vainqueur. Ce désespoir de Phédre en découvrane sa rivale, vaut cercainement un peu mieux que la Satyre des Femmes sçavantes, que fait li longuement & fi mal-a-propos l’Hippolyre d'Euripide, qui devient-là un mauvais personnage de Comédie. Les Grecs auroient sur tout été surpris de cetre foule de traits sublimes, qui étincellent de toutes parts dans nos modernes. Quel effet ne feroit point sur eux ce vers? Que vouliez-vous qu'il fit contre trois ?

Qu'il mourut. Et cette réponse peut-être encore plus belle & plus passionnée que fait Hermione à Oreste, lorsqu'après avoir exigé de lui la mort de Pirrhus, qu'elle aime, elle apprend malheureufement qu'elle est obéie; elle s'écrie alors: Pourquoi l'affaffiner? qu'a-t-il fait ? à quel citre! Qui te l'a dit?

ORESTE.

[ocr errors]

O Dieux! quoi ne m'avez-vous pas ;; Vous même ici tantôt, ordonné son trépas ?

HERMIONE. Ah! faloit-il en croire une amante insensée? Je cirerai encore ici ce que dit César, quand on lui présente l'urne qui renferme les cendres de Pompée :

ni qu'on ne pouvoit domprera spect, qu'imporruncit

me,

Restes d'un demi-Dieu , dont à peine je puis
Égaler le grand nom, tour vainqueur que j'en

suis.
Les Grecs ont d'autres beautés ; mais je m'en
rapporte à vous, MoNSEIGNEUR ; ils n'en ont
aucune de ce caractère.

Je vais plus loin : & je dis que ces hommes qui étoient fi paisionnés pour la liberté, &c qui ont dit fi souvent qu'on ne peut penser avec haureur

que

dans les Républiques; apprendroient à parler dignement de la liberté mê

dans quelques-unes de nos Piéces, toutes écrites qu'elles lont dans le sein d'une Monarchie.

Les modernes ont encore, plus fréquemment que les Grecs, imaginé des sujets de pure invention. Nous eumes beaucoup de ces ouvrages du temps du Cardinal de Richelieu ; c'étoit son goût, ainsi que celui des Espagnols : il aimoit qu'on cherchâc d'abord à peindre des meurs & à arranger une intrigue, & qu'enfuite on donnâr des noms aux personnages comme on en use dans la Comédie; c'est ainsi qu'il travailloit lui – même, quand il vouloit se délasser du poids etu Ministere. Le Venceslas de Rotrou est enciérement dans ce goût , & toute cette histoire est fabuleuse. Mais l'Auteur voulur peindre un jeune homme fougueux dans ses paflions, avec un mêm lange de bonnes & de mauvaises qualités; un pere rendre

& faible; & il a réussi dans quelques parties de son ouvrage. Le Cid & Héraclius, tirés des Espagnols, sont encore des sujets feines : il est bien vrai qu'il y a eu un Empe. reur nommé Heraclius, un Capitaipe Espagnol

[ocr errors]

IN

peine je povi queur queiran

mais je mer

ils n'en ont

[ocr errors]

ces hommes

berré, & qui

penler art es; apprli

liberté me iéces, toutes

qui eut le nom de Cid; mais presqu'aucune" des avantures qu'on leur attribue n'est vérita." ble. Dans Zaïre & dans Alzire, li j'ose en parler, (& je n'en parle que pour donner des exemples connus)tour est feint, jusqu'aux noms. Je ne conçois pas après cela, comment le Pere Brumoy a pu dire dans son Théârre des Grecs, que la Tragédie ne peur souffrir de sujets feints, & que jamais on ne prit cette liberté dans Athènes. Il s'épuise à chercher la raison d'une chose qui n'est pas ; » Je crois en trouver une raison, dit-il, dans la « nature de l'esprit humain: il n'y a que la « vraisemblance dont il puisse être touché. Or, co il n'est

pas

vraisemblable que des faits aufli e grands que ceux de la Tragédie soient abso-cs lument inconnus; fi donc le Poëte inyenre « tout le sujet jusqu'aux noms, le spectateur « se révolte, tout lui paraîc incroyable, & la « piéce manque son effet, faute de vraisem-se blance.cc

Premiérement, il est faux que les Grecs se soient interdit cette espéce de Tragédie. Arisa tore dit expressement qu'Agathon s'étoit rendu très-célébre dans ce genre. Secondement, il est faux que ces sujets ne réussissent point; l'expérience du contraire dépose contre le Pete Brumoy. En troisiéme lieu, la raison qu'il donne du peu d'effer que ce genre de Tragédie peut faire, est encore très-fausse : c'est assurém. ment ne pas connaître le cæur humain, que: de penser qu'on ne peut le remuer par des fica cions. En quatrieme lieu, un sujet de pure invencion, & un sujer vrai, mais ignoré, fone absolument la même chose pour les spectateurs: & comme notre Scène embrasfe des: lujets de cous les cemps & de tous les pays as

oup de coe

Une Monara freguen

fujets de
Richelieu,
des Elpose

d'abord 1
intrigue,
Comédie
e, quand
Miniltere
abuleuk

18 perlon

en dank

ne bom un me

ítés, un
quelques
raclius,
s sujets
Empe-

pagiol

il faudroit qu'un spectateur allât consulter tous les livres, avant qu'il lçút fi ce qu'on lui re, présente est fabuleux ou historique : il ne prend pas assurément cetre peine ; il se laisse attendrir quand la Piéce est touchante, & il ne s'avise pas de dire, en voyant Polieučte, je n'ai jamais entendu parler de Sévere & de Pauline; ces gens-là ne doivent pas me toucher.

Le Pere Brumoy devoit seulement remarquer que les Piéces de ce genre sont beaucoup plus difficiles à faire que les autres. Tout le caractère de Phédre étoit déjà dans Euripide; fa déclamation d'amour dans Sénéque le tragique: toute la scène d'Auguste & de Cinna dans Sénéque le philosophe; mais il falloit tirer Sévere & Pauline de son propre fond. Au reste, fi le Pere Brumoy s'est trompé dans cet endroit & dans quelques autres, fon livre est d'ailleurs un des meilleurs & des plus utiles que nous ayons, & je ne combats fon erreur qu'en estimant son travail & son goût.

Je reviens, & je dis que ce feroit manquer d'ame & de jugement, que de ne pas avoues combien la Scene Française est au dessus de la Scène Gréque, par l'art de la conduite, par l'invention, par les beautés de détail qui sont sans nombre.

Mais aussi on seroit bien parcial & bien injuste, de ne pas tomber d’accord que la galanterie a presque par tout affaibli tous les avantages que nous avons d'ailleurs.

Il faur convenir que d'environ quatre cens Tragédies qu'on a données au Théâtre depuis

'il est en possession de quelque gloire en France, il n'y en a pas dix ou douze qui ne soient fondées sur une intrigue d'amour plus propre à la Comédie qu'au genre tragique

« PoprzedniaDalej »