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LA DUCHESSE DU MAINE.

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EPITRE A MADAME délité pleine d'élégance & de force, Me en Tauride d'Euripide. On la repréJans une Fêre qu'il eut l'honneur de donV. A. S. Fêre digne de celle qui la rece& de celui qui en faisoit les honneurs; représenciez Iphigénie. Je fus témoin pectacle; jen’avois alors nulle habitude re Théâtre Français; il ne m'entra pas têre qu'on púc mêler de la galanterie elujec tragique, je me livrai aux mæurs coutumes de la Gréce, d'autant plus ais, qu'à peine j'en connaissois d'autres ; rai l'antique dans toute la noble fimpliCe fur-ce qui me donna la premiere e faire la Tragédie d'@dipe, lans même la celle de Corneille. Je commençai par er, en traduilant la fameuse scène de le, qui contiene la double confidence afte & d'@dipe. Je la lus à quelquesnes amis qui fréquentoienc les Spectaquelques Acteurs; ils m'allurérent norceau ne pourroit jamais réuflir en ils m'exhortérent à lire Corneille, qui

V. A. S. se souvient que j'eus l'honneur de lire @dipe devant elle; la scène de Sophocle ne fut assurément pas comdamnée à ce tribunal; mais vous, & M. le Cardinal de Polignac, & M. de Malefieu, & tout ce qui compoloir vocré Cour, vous me blâmates univerTellement, & avec très-grande raison , d'avoir prononcé le mor d'amour dans un ouvrage où Sophocle avoit si bien réussi fans ce malheureux ornement étranger ; & ce qui seul avoir fait recevoir ma Piéce, fut précisément le seul défaut que vous condamnares.

Les Comédiens jouérent à regret l'edipe, dont ils n'espéroient rien. Le Public fut entiés: rement de votre avis; tout ce qui étoit dans le godt de Sophocle fur applaudi généralement, & ce qui reffentoir un peu la passion de l'amour, fut condamné de tous les critiques éclairés. En.effer MADAME , quelle place pour la galanterie que le parricide & linceste qui désolenc une famille , & la contagion qui ravage un pays ! Et quel exemple plus frappant du ridicule de notre Théâtre & du pouvoir de l'habitude, que Corneille d'un côcé, qui fait dire à Thésée: Quelque ravage affreux qu'érale ici la peste, L'absence aux vrais amans est encor plus fua

neste. Et moi, qui soixante ans après lui, viens faire parler une vieille Jocaste d'un vieil amour ; & tour cela pour complaire au goût le plus fade & le plus faux qui ait jamais corrompu la Littérature.

Qu'une Phédre, dont le caractère est le plus théâtral qu'on ait jamais va, & qui est presque

FV

vigneusement évitée, & medirent tous
je mestois, à lon exemple, une intri-
ureuse dans @dipe, les Comédiens
pourroient pas le charger de mon
Je lus donc l'@dipe de Corneille,
erre mis au rang de Einna & de Poa
avoit pourtant beaucoup de répura-
voue que je fus révolté d'un bour à
nais il fallut céder à l'exemple & à la
coutume. J'introduifis au milieu de

de ce chef:dæuvre de l'antiquité,
ne intrigue d'amour, l'idée m'en pa-
op choquante, mais au moins le rel-
une paffion éreinte. Je ne répéterai

dir ailleurs sur ce lujer.

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la seule que l'antiquité ait représentée amoureuse ; qu'une Phédre, dis-je , étale les fureurs de cette passion funefte ; qu'une Roxane, dans l'oisiveté du Serrail, s'abandonne à l'amour & à la jalousie; qu'Ariane se plaigne au Ciel & à la terre d'une infidélité cruelle ; qu'Orosmane tue ce qu'il adore; tout cela est vraiment tragique. L'amour furieux, criminel, malheureux,

suivi de remords , arrache de nobles larmes. Point de milieu : il faut , ou que l'amour domine, en tyran, ou qu'il ne paraisse pas; il n'est point fait pour la seconde place. Mais que Néron se cache derriere une tapisserie pour entendre les discours de sa maîtresse & de fon rival; mais que le vieux Mithridate se ferve d'une ruse comique , pour sçavoir le secrer d'une jeune personne aimée par ses deux enfans; mais que Maxime, même dans la piéce de Cinna , si remplie de beautés mâles & vraies, ne découvre en lâche une conspiration fi importante, que parce qu'il est imbécilement amoureux d'une femme, dont il devoic connaître la passion pour Cinna, & qu'on dise pour raison:

L'amour rend tout permis, Un véritable amant ne connaît point d'amis. mais qu'un vieux Sertorius aime je ne sçai quelle Viriate, & qu'il soit assassiné par Perpenna, amoureux de cette Espagnole : touc cela est petic & puérile , il le faut dire hardiment; & ces petitesTes nous mettroient prodigieusement au dessous des Athéniens, fi nog grands Maîtres n'avoient racheté ces défauts qui sont de notre nation, par les sublimes beaucés , qui font uniquement de leur génie.

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ÉPITRE A MADAME cule que l'antiquité ait représentée amoue; qu'une Phédre, dis-je, étale les fureurs erte pallion funeste ; qu'une Roxane, dans weré du Serrail, s'abandonne à l'amour & aloulie; qu'Ariane se plaigne au Ciel & Terre d'une infidélité cruelle ; qu'Orosmae ce qu'il adore; tout cela est vraiment que. L'amour furieux, criminel, malheuluivi de remords, arrache de nobles lar. Point de milieu : il faut , ou que l'amour ne en tyran, ou qu'il ne paraille pas; it point fait pour la feconde place. Mais Néron se cache derriere une capisserie entendre les discours de la maîtresse & n rival; mais que le vieux Mithridare se d'une rule comique , pour sçavoir le leune jeune personne aimée par ses deux ; mais que Maxime, même dans la é Cinna, fi remplie de beautés mâles & , ne découvre en läche une conspiration ortante, que parce qu'il est imbécileimoureux d'une femme, dont il devoit re la passion pour Cinna, & qu'on dile

Une chose à mon lens assez étrange, c'est que les grands Poëtes tragiques d'Athènes aient li souvent traité des sujets où la nature érale tout ce qu'elle a de rouchanr, une Electre, une Iphigénie, une Mérope, un Alcméon, & que nos grands modernes négligeant de tels sujets, n'aient presque traité que l'amour , qui est souvent plus propre à la Comédie qu'à la Tragédie. Ils ont cru quelquefois annoblir cer amour par la politique; mais un amour qui n'est pas furieux est froid, & une politique qui n'est pas une ambition forcenée, est plus froide encore. Des raisonnemens politiques sont bons dans Polibe, dans Machiavel; la galanrerie est à sa place dans la Comédie & dans des Contes ; mais rien de tout cela n'est digne du pathérique & de la grandeur de la Tragédie.

Le goût de la galanterie avoit dans la Tra.cz gédie prévalu au point, qu'une grande Princelle, qui par son esprit & par son rang sembloir en quelque force excusable de croire que tour le monde devoit penser comme elle , imagina qu'un adieu de Titus & de Bérénice eroic un sujer tragique: elle le donna à traiter aux deux Maîtres de la scène. Aucun des deux n'avoit jamais faiç de Piéce, dans laquelle l'amour n'eût joué un principal ou un second rôle : mais l'un n'avoir jamais parlé au cour que dans les seules scènes du Cid, qu'il avoir imitées de l'Espagnol ; l'autre, toujours élégant & tendre, étoit éloquent dans tous les genres, & sçavant dans cet art enchanteur de cirer de la plus petite fituation les sentimens les plus délicacs. Aussi le premier fir de Titus & de Bérénice un des plus mauvais ouvrages qu'on connaisse. au Théâtre; l'autre trouva le fecres d'intérellen

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L'amour rend tout permis,
able amant ne connaît point d'amis,
un vieux Serrorius aime je ne
iriate, & qu'il soit assalliné par Per-
amoureux de cerre Elpagnole : tour
perit & puérile, il le faut dire hardi-
ices petitelles nous mettroient pro-
zent au dellous des Athéniens, fi nog
aîtres n'avoient racheté ces défaurs,
de notre nation, par les fublimes
i fopt uniquement de leur génie,

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pendanc cinq Actes, sans autre fonds que ces paroles : Je vous aime , 63 je vous quitte. C'ém toit, à la vérité, une Pastorale entre un Empereur , une Reine &un Roi, & une Pastorale cent fois moins tragique que les scènes intéressantes du Paftor fido. Ce succès avoit persuadé tour le public & tous les Auteurs, que l'amour feul devoit être à jamais l'ame de toutes les Tragédies.

Ce ne fue que dans un âge plus mûr que cec homme éloquent comprit qu'il étoit capable de mieux faire, & qu'il se repentic d'avoir affaibli la scène par tant de déclarations d'amour , par tant de sentimens de jalousie & de coquetterie, plus dignes, comme j'ai déjà osé le dire, de Ménandre, que de Sophocle & d'Euripide. Il compoía son chef-d'æuvre d'Athalie; mais quand il se fur ainsi détrompé luimême, le public ne le fut pas encore. On ne put imaginer qu'une femme, un enfant & un Prêtre, puffent former une Tragédie intéressante. L'ouvrage le plus approchant de la perfection qui loit jamais sorti de la main des hommes, reita long-temps méprisé, & fon illustre Auteur mourut avec le chagrin d'avoir vû son siécle éclairé, mais corrompu, ne pas rendre justice à son chef-d'oeuvre.

Il est certain que si ce grand homme avoir vécu, & s'il avoit cultivé un talent, qui seul avoir fait la fortune & sa gloire, & qu'il ne devoit pas abandonner , il eût rendu au Théâtre son ancienne pureté, il n'eût point avili par des amours de ruelle, les grands sujets de l'antiquité. Il avoit commencé l'Iphigénie en Tauride , & la galanterie n'entroit point dans son plan. Il n'eût jamais rendu amoureux ni Agamemnon, ni Oreste, ni Electre, ni Tés,

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#PITRE A MADAME
ir cing Actes, fans autre fonds que ces
Je vous aime, 8 je vous quitte

. C'é-
la vérité, une Pastorale entre un Ema

une Reine &un Roi, & une Pastorale
s moins tragique que les scènes intéres
du Buffor fido. Ce succès avoit persuadé
gublic & tous les Auteurs, que l'amour
oit être à jamais l'ame de routes les

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fut que dans un age plus mûr que cec éloquent comprit qu'il étoit capable ux faire, & quil fe repentit d'avoir

la scene par tant de déclarations d'a-
par tant de sentimens de jalousie & de
crie, plus dignes, comme j'ai déjà osé

de Ménandre, que de Sophocle &
de. Il composa lon chef-d'auvre d'A-
lais quand il le fur ainsi détrompe lui-
· public ne le fut pas encore. On ne
ver qu'une femme, un enfanc & un
rutiene former une Tragédie intérelm
ouvrage le plus approchant de la
qui loit jamais forti de la main des
resta long-temps méprilé, & fon il-
eur mourur avec le chagrin d'avoir
e éclairé, mais corrompu, ne pas
ce à son chef-d'auvre,

G ce grand homme avoit
il avoit cultivé un talent, qui seul
la fortune & la gloire, & qu'il ne
abandonner , il edc rendu au Théâm
cienne purere, il n'eût point avili
ours de ruelle, les grands sujets de
Il avoit commencé l'Iphigénie en
la galanterie n’entroit point dans
n'eût jamais rendu amoureux ni

Oreste, ni Electre, ni

léphonte, ni Ajax; mais ayant malheureuse..
ment quitté le Théâtre avant de l'épurer, toue
ceux qui le suivirent, imiterent & outrérenc
ses défaus , fans acteindre à aucune de les beau-
tés. La morale des Opéra de Quinaut entra
dans presque qoutes les scènes tragiques : tan-
tôt c'est un Alcibiade, qui avoue que dans ces
tendres momens il a toujours éprouvé, qu'un mor.
tel peut goûter un onbeur achevé. Tantôt c'eft
une Amestris, qui dir que la fille d'un grand
Roi brûle d'un feu secret, fans honte & sans ef-
froi. Ici un Agnonide de la belle Crisis en tous
lieux suit les pas, adorateur constant de ses divins
Appas. Le féroce Arminius, ce défenseur de la
Germanie, proteste qu'il vient lire son sort dans
les y
s yeux d'Isménie, & vient dans le

camp

do Varus pour voir si les beaux yeux de cette isménie daignent lai montrer leur tendrelle ordinaire. Dans Amafis , qui n'est autre chose que la Mérope chargée d'épisodes romanesques, une jeune héroïne, qui depuis trois jours a vû un momenr dans une maison de campagne un jeune inconnu dont elle est éprise, s'écrie avec bienséance: C'est ce même inconnu; pour mon repos hélas ! Autant qu'il le devoit , il ne se cacha pas; Et pour quelques momens qu'il s'offrir à ma vûe, Je le vis, j'en rougis ; mon ame en fut émue. Dans Athénaïs , un Prince de Perse se déguiso pour aller voir la Maitresse à la Cour d'un Empereur Romain. On croit lire enfin les Romans de Mademoiselle Scudéri, qui peignoit des, Bourgeois de Paris sous le nom des héros de l'antiguité.

frain que

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