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Vous avez va passer ce fiécle admirable, à la gloire duquel vous avez tant contribué

par yotre goût & par vos exemples ; ce siécle qui fert de modèle au nôtre en tant de choses , & peut-être de reproche, comme il en servira à tous les âges. C'est dans ces temps illustres que les Condés vos aïeux, couverts de tant de lauriers, cultivoient & encourageoient les Arts ; où un Bossuer immortalisoit les héros & instruiLoit les Rois ; où un Fénélon, le second des hommes dans l'éloquence , & le premier dans l'art de rendre la vertu aimable, enseignoir avec rant de charmes la justice & Mhumanité ou les Racines, les Despréaux présidoient

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aux Belles-Lettres , Lully à la Musique, le Brun à la Peinture. Tous ces Arts, MADAME, furenc accueillis sur tour dans votre Palais. Je mie souviendrai toujours que presque au sortir de l'enfance , j'eus le bonheur d'y entendre quelquefois un homme, dans qui l'érudition la plus profonde n'avoit point éteint le génie, & qui cultiva l'esprit de Monseigneur le Duc de Bourgogne, ainsi que le vôtre & celui de M. le Duc du Maine ; travaux heureux, dans lesquels il fut si puissamment fecondé par la nature. Il prenoit quelquefois devant V. A. Ş. un Sophocle, un Euripide; il traduisoit sur le champ en Français une de leurs Tragédies. L'admiracion, l'enthousiasme dont il étoit saisi, lui inspiroir des expressions qui répondoient à la mâle & harmonieuse énergie des vers Grecs, autant qu'il est possible d'en approcher dans la prose d'une langue à peine tirée de la barbarie, & qui , polie par tant de grands Auteurs, manque encore pourtant de précifion, de force & d'abondance. On sçait qu'il est impossible de faire passer dans aucune langue moderne la valeur des expressions Gréques; elles peignent d'un trait ce qui exige trop de paroles chez tous les autres peuples. Un seul terme y fuffit pour représenter ou une montagne toute couverre d'arbres chargés de feuilles , ou un Dieu qui lance au loin ses traits, ou les sommets des rochers frappés souvent de la foudre. Non-feulement cette langue avoit l'avantage de remplir d'un mot l'imagination; mais chaque terme , comme on sçait, avoir une mélodie marquée, & ch

soit l'oreille, tandis qu'il étaloit à l'esprit de grandes peintures. Voilà pourquoi toute traduction d'un Poëre Grec est toujours faible, léche & indigente. C'est du caillou &

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LA DUCHESSE DU MAINE.

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: EPITRE A MADAME
Belles-Lettres, Lully à la Musique, le Brun
Peinture. Tous ces Arts, MADAME, furent
eillis fur cour dans votre Palais. Je me
endrai toujours que presque au sortir de
nce , j'eus le bonheur d'y entendre quel-
is un homme, dans qui l'érudition la plus
nde n'avoir point éteint le génie, & qui
a l'esprit de Monseigneur le Duc de Bour.

, ainha que le vôtre & celui de M. le Duc
aine; travaux heureux, dans lesquels il
puiffammenr fecondé par la nature. Il
vit quelquefois devant V. A. Ş. un Sopho-
un Euripide; il traduisoit sur le champ en
çais une de leurs Tragédies. L'admiration,
housiasme done il étoit faifi, lui inspiroit
xpressions qui répondoient à la mâle & /
nieufe énergie des vers Grecs, autant
It possible d'en approcher dans la prole
langue à peine tirée de la barbarie, &
blie par tant de grands Auteurs, man-
dance. On sçait qu'il est impossible de

de la brique avec quoi on veut imiter des palais de porphyre. Cependant Mr. de Malesieu, par des efforts que produisoit un enthoufiasme subit, & par un récit véhément , sembloir suppléer à la pauvreté de la langue, & mettre dans sa déclamation coute l'ame des grands hommes d'Athènes. Permertez-moi, MADAME, de rappeller ici ce qu'il pensoit de ce peuple invențeur , ingénieux & sensible, qui enseigna tout aux Romains ses vainqueurs, & qui longtemps après sa ruine & celle de l'Empire Romain, a servi encore à tirer l'Europe moderne de la grofliere ignorance.

Il connaisloic Athènes mieux qu'aujourd'hui quelques voyageurs ne connaissent Rome après l'avoir vûe. Ce nombre prodigieux de statues des plus grands maîtres, ces colomnes qui ormoient les marchés publics,

ces monumens do génie & de grandeur, ce Théâtre superbe & immense, bắti dans une grande place, entre la Ville & la Citadelle, ou les ouvrages des Sophocles & des Euripides étoient écoutés par les Péricles & par les Socrates , & où de jeunes gens n'affistoient pas debour & en tumulte; en un mor, tout ce que les Athéniens avoient fait pour les Arts en tous les genres, étoit présent à son esprit. Il étoit bien loin de penser comme ces hommes ridiculeusement auftères & ces faux-politiques, qui blâment encore les Athéniens d'avoir été trop somptueux dans leurs jeux publics, & qui ne sçavent pas que certe magnificence même enrichissoit Athenes, en attirant dans son sein une foule d'étrangers, qui venoient l'admirer & prendre chez elle des leçons de vertu & d'éloquence.

Vous l'engageares, MADAME, cet homme d'un esprit presque universel, à traduire avec

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core pourtant de précision, de force de
aller dans aucune langue moderne la
des expressions Gréques, elles peignent
zic ce qui exige trop de paroles chez
autres peuples. Un seul terme y fuffit,
résenter ou une montagne toute cou-
arbres chargés de feuilles, ou un Dieu
cau loin les traits, ou les formers des
rappés souvent de la foudre. Non-leu-
etre langue avoit l'avantage de rem-

mot l'imagination; mais chaque ter-
me on sçait , avoir une mélodie mar-
charmoit l'oreille, tandis qu'il étalove
de grandes peintures. Voilà pourquoi
duction d'un Poëre Grec eft toujours
Éche & indigente, C'est du caillou &

une fidélité pleine d'élégance & de force, l'I phigénie en Tauride d'Euripide. On la repréTenta dans une Fêre qu'il eut l'honneur de donner à V. A. S. Fêre digne de celle qui la recevoit , & de celui qui en faisoit les honneurs; vous y représentiez Iphigénie. Je fus témoin de ce spectacle; je n'avois alors nulle habitude de notre Théâtre Français ; il ne m'entra pas dans la tête qu'on pût méler de la galanterie dans ce sujet tragique, je me livrai aux mours & aux coutumes de la Gréce, d'autant plus aisément, qu'à peine j'en connaissois d'autres ; j'admirai l'antique dans toute sa noble fimplicité. Ce fur-là ce qui me donna la premiere idée de faire la Tragédie d'edipe , sans même avoir lû celle de Corneille. Je commençai par m'essayer, en traduisant la fameuse scène de Sophocle, qui contient la double confidence de Jocaste & d'@dipe, Je la lus à quelquesuns de mes amis qui fréquenroient les Spectacles, & à quelques Acteurs; ils m'assurérent que ce morceau ne pourroit jamais réussir en France; ils m'exhorrérent à lire Corneille, qui l'avoit soigneusement évitée, & me dirent tous que si je ne mettois, à son exemple, une intrique amoureuse dans @dipe, les Comédiens même ne pourroient pas se charger de mon ouvrage. Je lus donc l'@dipe de Corneille, qui, sans être mis au rang de Einna & de Polieucte, avoit pourtant beaucoup de réputation. J'avoue que je fus révolté d'un bour à l'autre; mais il fallur céder à l'exemple & à la mauvaise coutume. J'introduisis au milieu de la terreur de ce chef-d'ouvre de l'anriquité, non pas une intrigue d'amour, l'idée m'en paraissoit trop choquante, mais au moins le ressouvenir d'une passion éteinte. Je ne répéterai point ce que j'ai dit ailleurs sur ce sujer.

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