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raisonnement, que l'esprit soit dans l'impuissance d'y refuser son adhésion? voilà sans doute ce qu'un philosophe eût tâché de faire. Mais qui ne voit qu'attendu la foiblesse de notre esprit, ce n'eût été qu'ouvrir un champ plus vaste aux difficultés, et qu'en s'adressant ainsi à la raison de l'homme, et l'autorisant dès-lors à n'admettre que ce qu'il concevroit pleinement, on eût élevé, entre lui et l'Être incompréhensible, une barrière insurmone table? Jésus-Christ, dédaignant tous les vains appuis des opinions humaines , descend au fond de notre nature pour y poser le fondement de la perpétuité de la Religion. Il conserve la vérité dans la pensée de l'homme, comme la pensée même se conserve, par la parole transmise; et, pour assurer sa transmission, il unit par des liens extérieurs et indissolubles ceux qu'il a unis intérieurement par la même foi ; il les constitue en société, sous un gouvernement dont il est le chef; en un mot, il fonde son Eglise. Envoyé par son Père, il envoie à son tour des pasteurs, qu'il révét de son autorité : Allez et enseignez toutes les nations ; voilà , je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (1). Et comme il di

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(1) Euntes docete omnes gentes... et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem seculi, Matth. xxv11, 19, 20..

soit de lui-même : Celui qui m'a envoyé est vrai , et moi je redis au monde ce que j'ai entendu de lui (1); ces pasteurs aussi diront : Celui qui nous a envoyés est vrai; et nous, nous redisons au monde ce que nous avons entendu de lui. Simples témoins, ils déposent de ce qu'ils ont entendu de leur maître, et leur témoignage n'est que celui de Jésus-Christ, qui a promis d'étre avec eux tous les jours, sans aucune interruption; comme le témoignage de Jésus-Christ n'est que celui de Dieu qui l'a envoyé, et qui a dit de lui : Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le (2). C'est pourquoi JésusChrist ajoute : Qui vous écoute m'écoute ; et qui vous méprise , me méprise; qui me méprise, men prise celui qui m'a envoyé (3). Pour entrer en société avec Dieu, ou, suivant l'expression de l'Evangile, pour devenir son Fils , il faut donc recevoir la vérité de l'Eglise enseignante, comme elle l'a reçue de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ l'a reçue de son Père: la recevoir de confiance, fide , parce que c'est pour nous ici-bas le seul moyen de la pos

(1) Qui me misit , verax est : et ego quæ audivi ab eo hæc loquor in mundo. Joan. vii, 26.

(2) Hic est Filius meus carissimus : audite illum, Marc. 1x, 6...

(3) Qui vos audit , me audit : et qui vos spernit, me spernit. Qui autem pos spernit, spernit eum qui misit me. Luc. x, 16.

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séder , et que le plus léger doute feroit injure à l'autorité infinie qui l'atteste. Sortez de là, faites intervenir la raison pour juger si elle doit admettre ou rejeter les dogmes que Dieu nous révèle , aussitôt le magnifique et immense édifice de la Religion, transporté sur cette base fragile, croule de toutes parts , et écrase sous ses ruines la raison présomptueuse, qui s'étoit crue capable de le soutenir.

Obligés d'écouter l'Eglise, et l'ordre de la société spiritųelle reposant sur son témoignage, celui de Jésus-Christ, et celui de Dieu, il existe trois degrés correspondans de désordre, ou ļrois grands crimes contre la vérité : car on peut l'attaquer en piant, soit le témoignage de l'Eglise, soit le lémoignage de Jésus-Christ, soit le témoignage de Dieu même; négations qui constituent les trois systèmes généraux d'erreur, exposés et combattus au commencement de cet ouvrage. .

Le premier, qui est l'hérésie , consiste, selon la force du mot même, à choisir, entre les vérités révélées, celles dont la raison se contente le mieux, rejetant les autres, ou comme inutiles, ou comme douleuses, ou comme des erreurs certaines. Mais, dès qu'on refuse d'écouter l'Eglise sur un point, il n'y a plus de motifs pour l'écouter sur aucun. Son autorité est indivisible comme sou témoignage : qui le récuse en partie, le récuse tout entier. N'importe ce qu'on croie, la foi dès-lors est

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éteinte ; car au lieu de soumettre son jugement å la loi de veritě, on soumet la vérité à son jugement propre. Par-là on renverse tous les rapports de la société spirituelle; on fait de la raison , qui doit obéir, le pouvoir qui doit commander; on s'efforce de substituer la certitude d'évidence à la certitude de témoignage ; et, transformant ainsi la Religion en pure opinion, l'on détruit le fondement des vérités mêmes qu'on retient; ce qui fait dire à l'apôtre : Celui qui viole un seul point de la loi , viole toute la loi (1): principe également vrai, soit qu'on l'applique aux mours ou à la doctrine.

L'hérésie donc bouleverse toute l'économie de la médiation. Refusant de croire sur le témoignage des envoyés de Jésus-Christ, l'hérétique nie leur autorité, leur mission. Il se fait juge du moyen que le Médiateur a dû choisir pour lui parler, et, par une conséquence inévitable, juge de sa parole. En se mettant au-dessus de l'Eglise, il se met audessus de son chef, au-dessus de l'Homme-Dieu. Et comme, en réalité , tout ce qu'il sait de lui, il n'a pu l'apprendre que de l'Église, de ses monumens écrits et de sa tradition; en cessant de croire l'Église, il arrive bientôt, s'il est conséquent, å

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(1). Quicumque autem totam legem servaverit , offendat autem in uno, factus est omnium reus. Ep. B. Jacob. C. 11, 10.

ne plus croire le Médiateur même, à nier son autorité, sa mission, son existence; et c'est le second système général d'erreur, ou le déisme. • De même que l'hérétique, rejetant l'intermédiaire du corps pastoral enseignant, veut s'établir en rapport immédiat avec le Médiateur; le déiste, rejetant l'intermédiaire du Verbe incarné, veut s'établir en rapport immédiat avec Dieu : tel est le caractère essentiel de sa doctrine. Il nie le témoigpage du Médiateur, par qui seul nous connoissons Dieu, comme l'hérétique nie le témoignage de l'Eglise , par qui seule nous connoissons le Médiateur. Ainsi le désordre va croissant daps la pensée de l'homme, et l'infidèle image de la Divinité, cessant de réfléchir ses perfections, se défigure de plus en plus. Car prétendre connoître Dieu autrement que par son Verbe, c'est vouloir le connoître comme lui-même il ne se connoît pas; c'est, en le séparant de sa Sagesse substantielle, mutiler son essence, et transporter en lui notre ténébreuse raison, pour éclairer les débris de son être. Aussi dès lors devient-il pour nous comme un doute immense. D'impénétrables mystères l'environnent, on ne sait ni ce qu'il est, ni s'il est. « Ce n'est » pas, dit Rousseau, une petite affaire, de con» noître enfin qu'il existe; et quand nous sommes » parvenus là, quand nous nous demandons, quel » est-il? où est-il? notre esprit se confond, s'é

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