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Religion soit vraie; car cette unique proposition renferme toutes les propositions suivantes :

Il est possible qu'il y ait un Dieu rémunérateur et vengeur..

Il est possible que mon ame soit immortelle.

Il est possible que le souverain Être ait révélé aux hommes des vérités qu'ils ne sauroient comprendre ici-bas parfaitement, et leur ait imposé des devoirs dont ils n'aperçoivent pas clairement la raison.

. . Il est possible que je sois rigoureusement obligé de croire ces vérités, et de pratiquer ces devoirs. . Il est possible que si je crois et pratique, je jouisse d'une félicité infinie, éternelle, pour prix de mon obéissance.

Il est possible enfin que si je refuse de pratiquer et de croire, j'en sois éternellement puni par des supplices effroyables. . . .

Non, je ne crains pas de l'affirmer, demeurer volontairement dans ce doute terrible, s'y complaire , repousser l'espérance d'une félicité infinie, et se dévouer de gaieté de cour, si la Religion est vraie , comme on avoue qu'elle peut l’être, à des tourmens dont la seule idée glace d'effroi l'imagination, c'est un délire inexplicable, une démence, une fureur qui n'a point de nom. Car, en supposant même nos intérêts présens opposés à nos intérêts à venir , et la nécessité de sacrifier ou

nos

les uns ou les autres; encore ne devroit-on pas sagement hésiter sur le choix. Qu'on observe qu'il y a ici l'éternité d'un côté, el de l'autre un monient à peine saisissable, une ombre, moins que cela, le rêve d'une ombre , dit Pindare. : Quand donc cette vie fugitive ne seroit, pour l'homme religieux, qu'une souffrance continue, quand elle ne seroit, pour l'indifférent, qu'un plaisir savs mélange; cette souffrance passagère, ce plaisir qui fuit, ne balanceroient pas un instant, aux yenx de la raison, la puissante consideration de l'éternité. Quiconque, plutôt que de perdre une jouissance éphémère, s’expose à être malheureux toujours, mérite de l'étre, et n'a droit qu'au mépris qu'inspire toute passion aveugle et brutale.

Quand on considère d'une certaine hauteur les objets sur lesquels s'exerce d'ordinaire l'activité de l'esprit humain, on est tout étonné de la petitesse du cercle où il se renferme volontairement, et que si peu de chose suffise pour amuser sa curiosité, et donner le change au désir infini de connoître qui le dévore. Je ne sache rien qui marque dayantage la misère de l'homme, que cette facilité surprenante à se contenter de quelques distractions frivoles, avec une capacité immense pour la vérité. I l'aime naturellement; un invincible instinct le porte à la chercher sans cesse; elle est sa fin, son repos, sa félicité; et toutefois il n'est rien qui

ma

ne puisse lui tenir lieu d'elle. Je ne parle ni du pauvre peuple absorbé dans les travaux du corps, ni du riche qui s'agite dans le vide des plaisirs : je parle de ceux qui tiennent du ciel, avec des sené timens élevés, une condition indépendante. Què croyez-vous qui remplisse habituellement leur pensée? l'Être éternel, les lois immuables qu'il a établies? Oh! non ; ils useront leur vie à combiner des mots, à étudier les rapports des nombres, les propriétés de la matière; il n'en faut pas davantage pour satisfaire ces puissantes intelligences. Que parlez-vous de Dieu à ce savant, qui remplit le monde du bruit de son nom? Comment voulez-vous qu'il vous écoute? Ne voyez-vous pas qu'en ce momevt son esprit est tout occupé de la décomposition d’nn sel jusqu'ici rebelle à l'analyse ? Attendez qu'il ait fait connoître à l'univers un nouvel acide : alors peut-être il vous sera permis de l'entretenir de l'Etre infini qui a créé, comme en se jouant, l'univers et tout ce qu'il renferme. Cet autre compose une histoire, un poème, une pièce de théâtre, un roman, dont il s'imagine que dépend sa gloire : ne le troublez pas, il faut qu'il se hâte , car la mort approche; et quelle inconsolable douleur si elle arrivoit avant qu'il eût mis la dernière main à sa renommée! Il est vrai qu'il igpore sa propre nature, la place qu'il occupe dans l'ordre des êtres, ses destinées futures, ce qu'il peut espérer, ce qu'il doit craindre; il ne sait s'il existe un Dieu, une vraie Religion, un ciel, un enfer; mais il a pris depuis long-temps son parti sur toutes ces choses; il ne s'en inquiète point, il n'y pense point; cela n'est pas clair, dit-il; et là-dessus il agit comme s'il éloit clair que ce ne fût que des rêveries.

Si l'on pouvoit éviter l'enfer en n'y pensant pas, je verrois un motif à cette prodigieuse insouciance. Mais n'y point penser est, au contraire, le plus sûr chemin pour y arriver. Détourner son esprit de la vérité, y être indifférent, est le crime même que Dieu punit, et avec bien de la justice; car, si l'on veut y refléchir, on comprendra que cette prétendue indifférence n'est au fond que de la haine.

Ici j'en appelle hardiment à l'expérience générale, j'en appelle à la conscience même de l'indifférent : N'est-il pas vrai qu'il éprouve une répugnance extrême pour tout ce qui lui rappelle la Religion ,.ses menaces et ses promesses ? N'est-il pas vrai qu'intérieurement il souhaiteroit qu'elle fût fausse ? N'est-il pas vrai qu'il a toujours fui l'occasion de s'en instruire, par une secrète appréhension d'être convaincu, ou au moins ébranlé, par les preuves nombreuses sur lesquelles elle s'appuie? N'est-il pas vrai qu'il s'attriste et s'irrite toutes les fois que, dans une de ces discussions qu'on n'est pas maître d'écarter toujours , on présente, en faveur du Christianisme, un argument auquel il ne peut rien répliquer de plausible? N'est-il pas vrai que les objections qu'on y oppose lui causent au contraire de la joie, et une joie d'autant plus vive que ces objections paroissent plus embarrassantes et plus fortes? Or, qu'estce que tout cela, sinon la haine de la vérité, et par conséquent la haine de Dieu , vérité suprême? Y a-t-il lieu de s'étonner qu'il rejette ceux qui le haïssent, et à quel autre sort ces infortunés doiventils s'attendre ? . , Il ne faut pas chercher ailleurs que dans l'ora

gueil et dans la corruption du coeur la cause d'une · disposition si déplorable. L'homme abhorre la

gêne, et la Religion gêne tous ses penchans. Las de son joug austère, il essaie de le briser, ou de s'y dérober. Il s'environne de distractions, il s'étourdit, il s'enivre de plaisirs et de sophismes, pour étouffer avec moins de remords l'importune vérité, comme un assassin, novicé encore, s'enivre avant de commettre un meurtre. Son indifférence pour les dogmes naît de son aversion pour les devoirs; s'il ne craignoit pas ceux-ci, il admettroit volontiers ceux-là; mais sachant qu'on ne peut séparer la règle de la foi de la règle des moeurs, il chers che l'indépendance des actions dans l'indépendance des pensées. Il veut douter, et il doute; il veut, à tout prix, ne pas croire, et sa raison trai vaille saps relâche à s'anéantir elle-même', veri

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