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Les uns prétendaient «qu'il fallait, sans hésiter, se mettre sous la protection des Carthaginois; qu'elle leur était avantageuse sous plusieurs rapports, et que d'ailleurs elle leur devenait presque nécessaire, depuis qu'ils avaient reçu une garnison carthaginoise. »

XIX. Les autres soutenaient, au contraire, « que les Carthaginois étaient, pour les Mamertins, des ennemis non moins dangereux qu'Hiéron; qu'indubitablement, s'ils avaient entrepris de défendre Messine, ce n'était point par un sentiment de bienveillance, mais par le désir de la soumettre à leur domination. Depuis nombre d'années, ils faisaient tous leurs efforts pour se rendre maîtres de la Sicile, sans que ni la perte de leurs armées et de leurs flottes, ni la crainte de se voir réduits chez eux aux plus fâcheuses extrémités, l'Afrique étant devenue plusieurs fois le théâtre de la guerre, eussent pu les détourner de cette injuste prétention. Si les Mamertins se confiaient à eux, qui avaient une puissante flotte, et qui possédaient déjà une très-grande partie de la Sicile, ils tomberaient dans la servitude la plus complète. Rien n'était donc plus contraire à leurs intérêts que d'appeler à leur secours les Carthaginois, peuple ambitieux, perfide, qui leur imposerait un joug plus pesant que celui qu'ils avaient redouté de la part des Syracusains. Si le corps de troupes carthaginoises était venu dans l'unique dessein d'empêcher la cité des Mamertins de tomber entre les mains d'Hiéron, il pouvait s'en retourner en paix, présentement que la chose était terminée; mais si les Carthaginois avaient été amenés par quelques secrètes vues d'intérêt, il n'y avait point de précautions que les Mamertins ne dussent prendre contre une amitié trompeuse. Il valait donc bien mieux implorer le secours que navalium rerum ullus usus, aut adeo cura esset.

XX. « Hos satis habituros, si Carthaginiensibus et Hieroni Messana urbe tanquam obice quodam et fraeno cupiditatis objecta, securam ab his Italiam retinere possint. Perseverarent igitur Romanorum potius fidem , quam cujusquam alterius gentis, experiri : neque honeste ipsos et parum opportune priora consilia mutaturos esse, missis jam legatis, et auxilii spe impetrata. » Quippe ante postremum cum Hierone prœlium, diffidere jam rebus suis incipientes Mamertini, Romanorum opem, uti consanguineorum , imploraverant; et consulibus belli gerendi cupiditate plebem incitantibus , populus auxilium ferri Mamertinis jusserat, sed senatus auctor fieri pudore cunctabatur. Qui enim modo suos ob Rhegium per scelus captum severo supplicio affecerant, ii, si jam Mamertinis pari perfidia Messana potitis opitularentur, destrui videbant gloriam justitiae ac fidei, quam priore facto late quaesivissent. Ceterum clade Mamertinorum mox audita, quum jam dubium esse non posset, quin, relicti a Romanis, Pœnorum opes respecturi essent, praevaluit sententia juvandos esse cendes Romains, peuple invincible dans la guerre, fidèle à ses engagemens, qui n'avait aucun motif de s'emparer de Messine, et qui ne pourrait même y réussir, puisqu'il ne possédait pas un pouce de terre en Sicile, qu'il n'avait aucune habitude de la marine, et qu'il se mettait peu en peine d'acquérir de l'expérience dans cet art.

XX. « Les Romains s'estimeraient heureux, si, conservant Messine seulement comme une sorte de digue contre l'ambition des Carthaginois et d'Hiéron, ils parvenaient à les empêcher de troubler le repos de l'Italie. Il fallait donc s'en tenir à l'alliance des Romains, plutôt que d'en former une nouvelle avec une autre nation quelconque. Et puis, des ambassadeurs ayant déjà été envoyés à Rome, et des secours ayant été promis par les Romains, il y aurait à la fois manque d'égards et maladresse à changer de résolution. » Car, avant de livrer contre Hiéron le dernier combat dans lequel leur armée fut détruite, les Mamertins, commençant déjà à désespérer de leur situation, avaient imploré le secours des Romains, comme tenant à eux par des liens de consanguinité. Le peuple, chez qui les consuls prenaient soin d'exciter le désir de faire la guerre, avait ordonné deporter secours aux Mamertins; mais le sénat, retenu par des motifs de délicatesse, montrait de l'hésitation. En effet, les sénateurs, après avoir tout récemment puni avec une extrême rigueur leurs propres concitoyens, pour s'être emparés de Rhège par un attentat, ne pouvaient envoyer du secours aux Mamertins, qui s'étaient rendus maîtres de Messine par une semblable perfidie, sans effacer entièrement la haute idée de leur justice et de leur bonne foi, que cet acte de sévérité avait gravée dans l'esprit de tous les peuples. Mais lorssentium; nam et in senatu plures eodem inclinare cœperant, prospicientes, ni fieret, Messanam statim, et paulo post ceteram Siciliam totam Carthaginiensium fore. Quod si evenisset, populum romanum cum Pœno de Italiae possessione certaturum.

XXI. Nam istud periculum inevitabile, tum cupiditas imperii potentibus insita, tum ipse locorum situs efficiebat. Quippe Italiam a Liguribus et Venetis inter duo maria longo tractu procedentem, qua Bruttiorum ager est, a contactu Sicilia e tenue fretum dividit. Neque dubitatur, continentes olim has regiones fuisse : mox intercurrentibus aquis diremtas ; sive humiliora ea parte loca mare acceperunt ; sive major aliqua vis terrae motus aut incumbentium undarum, angustias isthmi perrupit. A quo eventu Rhegium nominatum putant : tali enim aliquo vocabulo quae rupta sunt, a Graecis appellantur. Itaque primos Siciliae cultores ex Italia venisse credibile est; etiam ipso nomine confirmante conje- cturam. Messanam enim ex adverso littoris italici sitam civitatem Opici condidisse traduntur : quam quia qu'ils eurent appris la défaite des Mamertins, dont la nouvelle ne tarda pas à leur parvenir; comme on ne pouvait plus douter qu'abandonnés des Romains ils tourneraient leurs regards vers les Carthaginois et chercheraient un appui dans leurs forces, le sentiment de ceux qui opinaient à secourir ce peuple l'emporta sur toute autre considération. Car, avant la défaite des Mamertins, plusieurs sénateurs avaient déjà incliné pour ce parti, prévoyant bien que, si on ne le prenait pas, les Carthaginois s'empareraient de Messine sur-le-champ, et peu après de toute la Sicile, ce qui mettrait le peuple romain dans la nécessité de combattre contre eux pour la possession de l'Italie elle-même.

XXI. L'ambition naturelle aux grandes puissances, et la situation avantageuse de cette île, rendaient en effet ce danger inévitable. Car l'Italie, qui s'étend en longueur entre deux mers, depuis le pays des Liguriens et celui des Vénètes jusqu'à l'autre extrémité, n'est séparée de la Sicile que par un petit détroit, qui borde le territoire des Bruttiens. Et personne ne doute que ces deux contrées n'aient été autrefois jointes en cet endroit. Mais elles se sont trouvées bientôt séparées par un courant, soit que la mer ait inondé ces parties basses, soit qu'un tremblement de terre ait rompu cet isthme étroit, ou que les eaux de la mer l'aient miné par leur violence jusqu'à le faire disparaître entièrement. Cet évènement, à ce que l'on croit, a fait donner à la ville de Rhège le nom qu'elle porte; car les Grecs se servent d'un mot à peu près semblable pour exprimer une rupture ou séparation. Aussi est-il vraisemblable que les premiers habitans de la Sicile venaient de l'Italie; et le nom même de cette île appuie cette conjecture : car on dit que ce

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