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VII. Quant au reste de la longueur de l'échelle dans lequel n'entrait pas le poteau, et qui était de deux brasses, il demeurait droit ou s'abattait au moyen des charnières qui lui servaient de jointures, et mettaient à même de le lever et de le baisser aisément. A l'extrémité de l'échelle était adaptée une espèce de pilon de fer, très-pointu, ayant à sa tête un anneau, auquel était attachée une corde qui, passant par la poulie du poteau, tombait jusque sur la proue du navire. Par le moyen de cette corde, on redressait la partie supérieure de l'échelle, ou on l'abattait, à volonté; et, en tombant, elle perçait avec la pointe du pilon tout ce qu'elle rencontrait, et le tenait assujéti. Pendant ce temps-là, le consul C. Duilius, laissant le commandement de l'armée de terre aux tribuns, vint joindre les vaisseaux; et, ayant appris que l'ennemi ravageait le pays de Mylaïte, il partit avec toute la flotte pour se diriger de ce côté. Les Carthaginois en furent bien aises, se promettant une victoire certaine sur des hommes accoutumés à combattre sur terre, et tout-à-fait inhabiles dans la marine. Mais leur exemple est une leçon qui doit apprendre à ne jamais mépriser son ennemi jusqu'au point de négliger les précautions qu'exige la prudence, et de s'écarter des règles de la discipline militaire.

VIII. Annibal, commandant de leur flotte, celui-là même qui s'était échappé d'Agrigente avec ses troupes, montait une'septirème, qui avait appartenu au roi Pyrrhus. Les autres vaisseauxle suivaient, non pas en ordre de bataille, mais selon le caprice de ceux qui les montaient, et qui se hâtaient de courir sur un ennemi méprisable selon eux. Pourtant quand, arrivés très-près, ils aperçurent les corbeaux menaçans suspendus sur les mirati paulisper haesere; tandem ferocissimo quoque imperitorum hominum rude commentum deridente, primae quaeque naves concitato impetu invehuntur. Tum vero demissi repente corvi, ut in quamlibet inciderunt, ita perforato tabulato haerentes invitam retinebant: milites autem romani, siquidem sors tulerat ut ex lateribus naves connecterentur, omni ex parte in hostiles insiliebant : quoties autem prorae tantum commisse essent, per ipsum tignum annexumque pontem armati bini transibant, tanto expeditius, quod utroque a latere scalae lorica genu tenus alta, tutiorem incessum gradumque firmiorem praestabat : primi enim quique projectis ante se scutis frontem adversus hostium tela protegebant; pone sequentes sua scuta loricae utrinque applicabant; sic etiam lateribus defensis, navem adversam collato gradu oppugnabant; fiebatque pugna non rostrorum, sed ensium virorumque cominus, et stataria e similis.

IX. Unde romano, qui robore praestabat, adversum homines leviter armatos, naviumque potius agilitate quam manibus confisos, facilis victoria fuit; celeriterque sunt expugnata e naves punica e triginta : in quibus et praetoria septiremis capta est. Annibal tamen, quum ex navi, quae jam capiebatur, in scapham saltu se demisisproues des vaisseaux romains, étonnés de cette nouveauté, ils hésitèrent un moment. A la fin se rassurant, et les plus arrogans d'entre eux se moquant même d'une invention qui leur semblait grossière, ils fondirent avec impétuosité sur ceux des bâtimens romains qui se trouvaient en avant des autres. Alors les corbeaux, lâchés tout à coup contre les vaisseaux carthaginois, les perçaient à l'endroit où ils tombaient, et les retenaient malgré eux. Et si par hasard le navire carthaginois se trouvait accroché par les flancs, les soldats romains y sautaient par une foule d'endroits en même temps. Toutes les fois que la proue seulement avait été atteinte, ils montaient deux à deux le long du poteau, et passaient par la partie de l'échelle abattue qui leur servait de pont, avec d'autant plus de facilité, qu'aux deux côtés de l'échelle un rebord qui les couvrait jusqu'aux genoux, rendait leur marche plus ferme et plus assurée. Car ceux qui marchaient les premiers protégeaient leur front contre les traits des ennemis en mettant leurs boucliers devant eux, tandis que ceux qui les suivaient joignaient les leurs aux rebords de l'échelle. Ainsi à couvert de front et sur les flancs, ils attaquaient de pied ferme le vaisseau ennemi; et alors l'action s'engageait, non pas entre les navires à coups d'éperons, mais entre les hommes à coups d'épées, comme dans un combat sur terre. IX. De cette sorte les Romains, qui l'emportaient en force, vainquirent sans peine des hommes mal armés, qui comptaient bien plus sur la légèreté de leurs vaisseaux que sur la vigueur de leurs bras. Ils s'emparèrent promptement de trente bâtimens carthaginois, du nombre desquels fut la septirème que montait le commandant de la flotte. Mais Annibal, au moment où elle set, captivitatem evasit; rapideque misso Carthaginem amico, qui famam cladis praeveniret, imminens ob rem male gestam supplicium astu declinavit. Is enim Curiam ingressus , quasi re adhuc integra, consilium a senatu petiit', « congrediendumne cum romana classe videretur? » Omnibus succlamantibus, « ne dubitandum quidem, aut differendum fuisse : Fecit, inquit, et victus est. » Ita non audentibus incusare factum, cujus, antequam fieret, auctores esse pro se quisque voluissent, capitis pœna liberatus est imperator, praefectura navium ademta.

X. Ceterum post fugam ducis e prœlio reliqua e Carthaginiensium naves ( supererat autem pars multo maxima ) impedito consilio, quid faciendum esset, ambigebant : pudebat excedere pugna, nullo tum accepto incommodo, ne hoste quidem urgente: rursum romanas naves aggredi corvorum metu cunctabantur : ad postremum undique circumvecti,et nauticas artes omnes experti, ubi omni ex parte opponi sibi rostra et objici formidabiles illas machinas vident, desperata victoria discessere. Mersae traduntur eo prœlio naves punicae quatuordecim, capta e una et triginta, cum septem hominum millibus, postquam pugnaudo tria millia periissent. Hoc eventu C. Duilio consule adversus Pœnos juxta

tombait au pouvoir de l'ennemi, sauta dans un esquif, et évita ainsi d'être fait prisonnier. Il se hâta d'envoyer à Carthage, avant que la nouvelle de sa défaite pût y parvenir, quelqu'un en qui il avait confiance, et s'avisa de cette ruse pour se soustraire au supplice qui l'attendait à la suite du revers qu'il venait d'essuyer. L'envoyé, introduit dans la salle des délibérations, demanda au sénat, comme s'il ne se fût encore rien passé : « S'il était d'avis qu'Annibal combattît la flotte romaine?» Les sénateurs s'étant écriés tous, « qu'il devait la combattre sans hésiter et sans perdre un moment, » l'envoyé reprit : « Il l'a fait et a été vaincu. » Alors les sénateurs, n'osant blâmer une entreprise qu'ils venaient de conseiller tous avec empressement avant de savoir qu'elle eût été tentée, exemptèrent le général de la peine de mort, et se bornèrent à lui ôter le commandement de la flotte.

X. Cependant, après la fuite d'Annibal durant l'action, le reste des vaisseaux carthaginois (et il en restait beaucoup plus qu'il n'y en avait eu de pris) étaient fort embarrassés sur ce qu'il leur fallait faire. Ils regardaient comme honteux d'abandonner le combat, sans avoir éprouvé le moindre dommage, et sans être même pressés par l'ennemi. D'un'autre côté, la crainte d'être accrochés par les corbeaux des bâtimens romains les faisait hésiter. A la fin ils se décidèrent à investir la flotte romaine, mettant en pratique toutes les ressources que l'expérience leur avait rendues familières. Mais voyant qu'on leur opposait de tous côtés ces formidables machines , ils désespérèrent de la victoire et s'éloignèrent. On rapporte qu'il y eut dans ce combat quatorze vaisseaux carthaginois coulés à fond, et trente-un de pris;

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